VI AVANT-PROPOS
d'ailleurs pas les imperfections ni les lacunes, pourrait peut être intéresser un cercle médical plus étendu que celui si restreint des aliénistes.
C'est dans les chapitres de la démence et de l'idiotie des anciens auteurs que nous trouvons les premières traces de la confusion mentale primitive. Un trouble mental, dont l'apparence psychologique principale est un affaiblissement des manifestations intellectuelles devait naturellement être confondu avec les autres troubles dont la faiblesse intellectuelle fait le fond. Ce n'est que peu à peu, l'idiotie et ladémence une fois séparées franchement l'une de l'autre, que l'on s'est aperçu de Texistence à part d'un trouble particulier qui leur ressemble, mais en est distinct. A partir de l'idiotisme de Pinel, la confusion mentale a eu des destinées diverses; méconnue ici et reconnue là par erreur, ses limites furent tantôt trop étroites, tantôt trop étendues ; il lui est même arrivé le malheur suprême de disparaître à peu près complètement, et cela dans sa patrie d'origine. Cette disparition a tenu à deux causes principales : d'abord à la classification purement psychologique de
AVANT-PROPOS. VII la folie, dans laquelle un seul symptôme mental suffisait à définir une forme particulière, et ensuite plus tard à la manière dont les imitateurs ou les échos de Morel ont envisagé la dégénérescence. Cette dernière conception constitua un progrès, mais elle fut et est encore funeste non par elle-même, mais par l'application que quelques-uns ont voulu faire de cette théorie. La confusion mentale a donc souffert fortement en France de l'influence des conceptions doctrinales.
Née dans notre pays et bien établie sur des bases très larges, il y a trente ans, elle a été retrouvée depuis à l'étranger, je ne parle que de l'Allemagne, dont les autres pays comme l'Italie et l'Angleterre ne sont, dans ce sujet, que le reflet. En Allemagne, c'est du groupe des délires primitifs qu'elle s'est peu à peu séparée, et encore avec peine, et encore incomplètement.
A part les conceptions doctrinales qui, touchant la paranoïa, ont retenti sur elle, ce qui a gêné le plus son essor est, je crois, la circonstance que le signe clinique confusion, qui prédomine chez elle au point de vue mental, peut