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CHAPITRE II

Confusions mentales primitives symptomatiques,

On rencontre dans une série de cas, dont je ne citerai que quelques-uns, des états de confusion mentale primitive liés à une maladie organique oii à une modification pathologique dont ils suivent les manifestations. Par exemple, les infections^ surtout la fièvre typhoïde (1), Vérysipèle (2), le rhumatisme cérébral (3), peuvent amener des symptômes psychiques caractérisés par une confusion mentale profonde,

(1) Voyez le travail récent de Pagliano, Troubles de Vinlel- /igence dans la fièvre hjphoïdc, Rev. de médecine, 1894, n"^ 7 et 8; \scha.ïïenhuvg, Ueber Inilialdelirieîi bel Typhus, Versaml. des sLidw.-d. psych. Vereins. Neurologisches Centralblatt, 1894, n" 2, p. 93.

La fièvre lyplioïde peut même s'accompagner de troubles mentauxqui simulentà s'y méprendre une paralysie générale.

(2) Voyez l'observation de R. Sommer dans son Diagiiostlkder Geileskrunklieilen, p. 98.

(.3) Voyez Bail, Leçons sur les maladies mentales , 2° éd., 1890, p. C75.

Besnier, art. Riiuaiatis.me, Dict. encyclopédique.

de la stupeur avec ou sans hallucinations. C'est surtout dans ce qu'on appelle les délires du début delà fièvre typhoïde que l'on rencontre 'cette apparence. On peut la rencontrer aussi dans certaines maladies produites par des autointoxications, comme nous en trouvons un bel exemple cité par Ewald et J, Jacobson (d).

La rage (2), dans certaines de ses formes, peut présenter aussi parallèlement à des symptômes d'excitation tels que des hallucinations très vives, et avec les troubles somatiques que l'on connaît, un état de confusion très intense.

Comme il est probable ou possible, certains délires aigus constituent une maladie infec-

(0 C.-A. Ewald et J. Jacobson, Sur les ptomaïnes que contient Ihirine dans les maladies chroniques. Médecine scientifique, ISQ^, n» 14.

Il s'agissait d'un homme de quarante-neuf ans qui, à la suite de constipation, de malaise et d'un excès gastronomique, fut pris d'une affection gastrique vague, avec constipation, renvois putrides, douleurs dans l'épigastre. Puis vinrent des accès passagers où le malade, dans une sorte de rCve, allait et venait automatiquement. Pas de fièvre. Enfin il tomba dans un état de confusion extrême continue. Toute maladie infectieuse ou cérébrale éliminée, on pensa à une autointoxication gastro-intestinale. On pratiqua le lavage de l'estomac, qui donna issue à une quantité de matièi-es fétides. Ces lavages répétés amenèrent progressivement la guérison complète.

(2) D'après Serbski, loc. cil.

CONFUSIONS SYMPTOM\TinUES. 12b

tieuse(l). On y rencontre à côté de phe'nomènes d'excitation intellectuelle intense une confusion extrême qui augmente jusqu'à la mort du malade.

Dans psychose polynévritique de Korsakoff il y a souvent des moments de confusion très grande, comme le montrent les observations de cet auteur {loc. cit.).

h' urémie et il semble très rarement le diabète^ ainsi que la goutte (4) peuvent aussi revêtir l'aspect de la confusion.

Les périodes d'asystolie à&?> maladies de cœicr donnent lieu à des troubles délirants oi^i l'on peut aussi rencontrer cette confusion symptomatique.

Dans Valcoolisme, on sait qu'en dehors du délire subaigu, on peut rencontrer une foule de troubles intellectuels depuis les hallucinations isolées, surtout de l'ouïe, jusqu'aux délires systématisés et à la pseudo-paralysie générale;

(1) Voir plus bas.

(2) Voyez Jotfroy cité paï Florant et Celui-ci, Des manifestations clé lir an le s de l'urémie. Th. de Paris, 1891, n» 135.

(3) Voyez Mabille et Lallemant, Des folies dialhésiques . Paris, 1891.

{'i) Voyez Mabille et Lallemant, même indication.

On peut aussi voir des cas de délire qui revotent plus ou moins fidèlement l'aspect de la confusion mentale (1). Il en est de même dans Vergotisme chronique{2).

Les méni/iffites {'S), les tumeurs cérébrales [i), la syphilis du cerveau [n], le ramollissement {^o) , certains cas àliémorrhagie cérébrale Çl) amènent parfois des troubles où la confusion mentale primitive joue un rôle prépondérant. Celleci peut encore apparaître dans certains cas de paralysie générale, de démence, de démence précoce (8) ou de démence sénile, ainsi que

(1) Voir l'observation de R. Sommer, loc. cit., p. 74.

(2) W. Bechterew, Ueber neuro-psynhische Slôningen bei chronisc/ien Err/otismus, Neurol. Centraibl, 1892, n» 24, p. 769.

Voyez aussi M. Reformais iii, Psychoses conséculives à Vinloxicatioh par l'ergot de seigle. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1894, anal, in Médecine scientifique, 1894, n» 23, p. 188.

(3) Angiolella, Delirio sensoriale, méningite cérébro-spinale, VIII Gong, délia Soc. fren. it., Atti p. 73, Riv. sp. d. fren., 1894, f. II.

(i) V. R. Sommer, p. 30.

(5) Ziehen, Psychiatrie, p. 437; Fournier, La syphilis du cerveau, 1879.

(6) Meynert, Wilie.

(7) Ziehen. :

(8) J'ai vu un fait assez curieux de désorientation limitée dans un cas qui m'a paru être de la démence précoce. Celle-ci avait débute par un stade vraisemblablement hallucinatoire (comme ces formes que Kraepelin appelle dementia paranoïdes) ; puis quand il eût été amené à Bicôtre, le pa-

dans des états d'affaiblissements congénilaux.

Dans le ramollissement cérébral elle donne lieu à ces formes que Meynert a de'crites et qui sont souvent liées à des embolies ou des thromboses, conséquences de maladies du cœur ou des vaisseaux et que Wille range dans la Verwirrtheit atypique.

Il y a des cas de folie circulaire où, comme le remarque K raepelin(l ), la période de dépression est caractérisée par une profonde confusion mentale et il est parfois fort difficile de distinguer ces cas de la confusion idiopathique. Je n'en parle que par ouï- dire n'ayant pas eu occasion d'en voir. Aussi me bornerai-je à les

tient se montrait agressif, insolent, répondait aux questions un peu comme un persécuté^persécuteur, mais avec cetté caractéristique qu'il ne se rendait nullement compte de l'en' droit où il sè trouvait ni de quelles personnes il subissait l'interrogatoire. Pas d'hallucinations appréciables, ni d'idées délirantes marquées, sauf que le malade racontait une scène érotico-religieuse évidemment imaginaire qui se serait passée au début de l'afl'ection. En plus des tendances agressives, il y avait des illusions très curieuses sur quelques personnes et en outre tout le temps que j'ai vu ce malade, il n'a pas été possible de lui faire admettre qu'il était dans un asile. Il ne savait pas où il était; les aliénés qui l'entouraient « étaient des hommes » et il se contentait de cette explication. (I) Kraepelin, Psychiatrie, 4» éd., p. 26Gi

classer sous réserves, sans insister davantage, dans les confusions symptomatiques.

Dans le goitre exojihlalmique (1) il y aurait d'après Jacobson des accès passagers de confusion.

Dans Vépiiepsie, il y a des troubles mentaux dits équivalents psychiques, qui sont souvent caractérisés par une sorte d'automatisme cérébral assez analogue au somnambulisme, pendant lequel le patient paraît agir presque en connaissance de cause, et, à la suite de l'accès dont il guérit subitement, il a perdu plus ou moins complètement le souvenir de celui-ci. Il y a aussi d'autres formes ; parmi elles il semble y en avoir où on trouverait un état de confusion ordinairement accompagné d'hallucinations et qui se rapprocherait de l'état du confus idiopathique . Mais c'est sur tout après l 'accès épileptique, dans la période d'épuisement (2) qui le suit, que le patient présente à un haut degré le symptôme qui nous occupe^

(1) Jacobson, Ueher auto-intoxicalions Psychosen, AWg. Z.f. Psychiatrie, t. LI, 2, 1894, p, 379; il renvoie à l'indication suivante : Fr. Muller, Beitruge zitr Kennlniss der Basedow^schen Krankheit, D. Arch. f. klin. Med., 1893, 4 et 5, p. 336.

(2) Féré, Les épilepsies ét les épiléptiques, 1890.

Chez des hystériques, M. Pierre Janet(l) a de'crit des cas de confusion qui semblent liés à la névrose. Mais cela n'est pas encore absolument certain et peut-être sont-ils dus à une complication (2). La neurasthénie dans lequel le trouble cérébral est conscient, s'accompagne parfois d'un certain degré de confusion (3) dont s'aperçoivent les malades; mais il ne va jamais très loin (sauf en cas de complication) et je renvoie à la description si frappante de Delasiauve que j'ai citée si au long. M. Charpentier (4) a étudié des troubles analogues qui rentrent dans les états neurasthéniques, bien qu'il ne reconnaisse pas l'existence de la neurasthénie.

Il y a bien longtemps que l'on a décrit les troubles produits par le froid. Larrey (S), dans ses Mémoires de chirurgie militaire et Campa-

(1) Loc. cil.

(2) Séglas a aussi rapporté un cas un peu spécial sous le titre : Confusion mentale, amnésie continue el aneslhésie généraUsée chez un hystérique (Congrès de Clermont-Ferrand, Semaine médicale, 1894, n" 46, p. 371).

(3) Althaus, Des symptômes bulbaires de Vencéphalasthénie, anal, in Semaine médicale, 14 novembre 1894, p. 523.

(4) Loc. cit.

(5) Larrey, Mémoires, t. IV, 1817, p. 1-27.

gnes^ parlant des effets produits par les basses températures pendant la retraite de Russie, a noté la confusion qui survenait chez les malheureux atteints par le froid : « La mort de ces infortunés était devancée parla pâleur du visage, par une sorte d'idiotisme, par la difficulté de parler, la faiblesse de la vue et môme la perte totale de ce sens... » Bien d'autres auteurs ont depuis décrit les mêmes phénomènes.

h'inanition a donné lieu autrefois à de nombreux travaux (1), et je n'en ai cité qu'un, celui de Becquet, le plus important et le mieux fait. Le môme trouble des idées peut ôtre la conséquence de cette inanition, mais souvent avec une teinte particulière (2). Il semble aussi que cet état d'inanition facilite la production d'hallucinations qu'un peu de nourriture, comme le remarque Becquet, suffit à faire disparaître.

(1) Savigny, Observations sur les effets de la faim et de la soif éprouvées après le naufrage de la frégate du roi la Méduse in Thèse de Paris, 1818, n° 84.

Marotte, Élude sur Vinanition résultant de U abstinence prolongée dans les maladies aiguës, Bulletin général de thérapeutique, t. XLYIl, 1854. V. p. 508 ; etc. V. Lépine, art. Inanition, Die t. Jaccoud, p. 50G.

(2) Hanot, Remarques sur trois cas de délire par inanition, Progrès médical, 3 janvier 1874, p. C.

CONFUSIONS SYMPTOMâTIQUES. 13d

Je dois faire remarquer une fois de plus à propos de ces confusions symptomatiques que je n'ai fait qu'indiquer, puisqu'elles ne rentrent pas directement dans mon sujét, qu'elles dépendent étroitement du trouble organique qui les cause, disparaissant en môme temps que lui, à moins qu'elles ne passent à un état plus fixe, rentrant alors dans la confusion dite idiopathique.

En outre la grande majorité de ces troubles donne souvent lieu à des symptômes d'excitation intellectuelle constituant ordinairement un délire hallucinatoire dont la confusion mentale primitive peut être absente.

Entre ces formes oii la confusion primitive est présente et celles où elle manque il y a probablement tous les intermédiaires. Je n'ai pas à rechercher ici la raison de ces différentes apparences. Je n'ai pas à rechercher non plus en ce moment les rapports qui peuvent exister entre certaines confusions symptomatiques et l'idiopathique. Cela rentre dans la théorie générale de la confusion qui formera un chapitre spécial.

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