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CHAPITRE VI ÉUologie et Pathogénie

La fréquence de la confusion, dit Wille, se rapproche de celle de la mélancolie et de la manie, si elle ne la surpasse pas. Il me semble bien que cette fréquence doit être assez grande, plus que les auteurs ne peuvent le dire, parce que la confusion a été souvent prise pour d'autres formes, même en Allemagne; et d'autre part, parce que si on écarte la mélancolie et si on ne considère comme manie que les cas véritables, cette dernière forme, à tout prendre, est assez rare, ce qui par conséquent augmente, par comparaison, les cas de confu- . sion. Pour notre pays, il nous manque des renseignements, puisque jusqu'à ces derniers temps personne ne posait plus le diagnostic de confusion mentale primitive, sauf quelques médecins isolés, qui écrivent peu, mais qui, élevés dans les idées d'Esquirol, et avant tout

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cliniciens, continuent encore à reconnaître, quand il le faut, la démence aiguë.

La fréquence serait plus grande chez les femmes.

h'dge de prédilection serait de vingt à quarante ans ; Meynert admet surtout l'espace de temps de vingt à trente, et presque jamais après cinquante ans; cependant l'affection peut certainement atteindre des personnes d'un âge avancé.

Pour ce qui touche à ce qu'on appelle les causes prédisposantes, l'école de Meynert attache une grande importance au rachitisme congénital ou infantile, aux maladies graves, externes ou internes, qui étant survenues dans l'enfance ont troublé le développement normal somatique et intellectuel. La plupart des auteurs allemands pensent que l'alîection se développe chez des personnes dont la constitution est devenue névropathique ou psychopathique, sous l'influence de toutes les causes déprimantes, telles que des maladies fébriles longues ou répétées, des accouchements trop rapprochés, des troubles comme les maladies utérines chroniques qui affaibUssent beaucoup les malades. Toutes

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les causes d'ailleurs de misère physiologique peuvent jouer un rôle dans la détérioration de l'organisme, et il me paraît oiseux d'insister sur elles, comme les chagrins, les privations, etc. (1).

Meynert insiste sur les émotions fortes, le surmenage intellectuel, etc.. Krafft-Ehing note encore une cause de plus, à savoir : le trouble apporté dans l'existence par l'emprisonnement surtout cellulaire ; Wille, comme on le fait toujours en Allemagne et en Angleterre, rappelle l'influence de la masturbation.

prédisposition heréditaii'e peut aussi jouer son rôle dans l'apparition de la maladie. Ainsi Ziehen, sur ses vingt-cinq cas de paranoïa dissociative, compte treize cas où il y avait de l'hérédité, six oii l'hérédité était très chargée ; mais il y en avait six oii, malgré ses recherches, il ne put découvrir de prédisposition héréditaire. Quant aux stigmates physiques dits de dégénérescence, il en a noté six fois, accumulés en quantité suffisante pour avoir, comme il le dit, une signification ; mais l'empreinte

(I) C'est ce quePagliano appelle prédisposition accidentelle (Revue de môd., 1894, n» 8, p. 671)-

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psychique dite dégénérative était absente. Les auteurs d'ailleurs n'attachent pas une grande importance à ces anomalies de développement; j'en ai pourtant noté chez le malade dont j'ai communiqué l'observation au congrès de Blois on 1892.

Il reste à passer en revue les causes dont l'action précède immédiatement l'éclosion de l'affection; ce sont d'une façon générale toutes celles qui ébranlent profondément le système nerveux : les émotions brusques, bouleversantes, la surprise, la frayeur, la colère, l'effroi et au point de vue physique toutes les causes que nous avons déjà énumérées comme pouvant préparer une constitution psychopathique. Ce sont avant tout l'état puerpéral et les maladies infectieuses (1). Wille veut y joindre les accès d'épilepsie et les intoxications. Mais il faut, suivant moi, avoir soin de distinguer les formes d'aliénation liées directement au mal comitial et aux intoxications de la confusion mentale idiopathique,

(1) Ilanot pense que dans certaines épidémies de fièvre typhoïde les troubles cérébraux sont plus fréquents que dans d'autres; il y aurait donc dans le poison typhique quelques variations d'action suivant les cas.

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conséquence de l'épuisement organique qui peut être amené par ces troubles pathologique. Wille met à part, comme confusions atypiques, celles qui se présentent dans les maladies du cœur et des vaisseaux avec embolie ou thrombose. Ces formes aphasiques et pseudo-aphasiques rentrent dans ce que j'ai appelé les confusions symptomatiques. Enfin la manie ou d'autres psychoses peuvent amener la confusion comme toute autre cause déprimante.

Chaque forme de la confusion a-t-elle une ctiologie particulière? Kraepelin semble l'admettre, et pour lui les formes où l'excitation prédomine se montreraient surtout chez des individus au « cerveau valide », tandis que celles oii l'arrC^t du fonctionnement intellectuel l'emporte frapperaient surtout les constitutions déjà minées par avance. Cela est possible, mais il est difficile d'apprécier la « force de résistance » d'un individu.

Comment ces difl'érentes causes agissentelles ? Dans l'historique nous avons vu que, pour les auteurs, c'est toujours le résultat d'un épuisement qui porte principalement sur l'é-

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corce cérébrale et qui ferait le fond du trouble organique. Meynert partant de ce point de vue a exposé, ainsi que je l'ai dit, la façon suivant laquelle cet épuisement de l'écorce donnerait naissance aux symptômes de raffection. Le mécanisme de cet épuisement a donné lieu à de nombreuses considérations, surtout pour les cas de folie qui apparaissent consécutivement aux maladies infectieuses (1). Mais actuellement on rapporte à l'action des ptomaïnes la perturbation organique qui produit la confusion mentale. Je rappellerai que Lallier rapporte également à l'infection les folies consécutives à l'accouchement ; il en serait de môme pour celles qui surviennent après une opération chirurgicale (2). Je n'ai pas à entrer ici dans l'exposé de toutes les recherches touchant l'infection ou l'auto-intoxication ou les troubles do

(1) Voyez le résumé des diflérentes théories dans Pagliano (/oc. cit., p. 672). Lire aussi les excellents mémoires de Christian, De la folie consécutive aux maladies aiguës, Arch. gén. de médecine, 1873; Marandon de Montyel, De la fi&vre typhoïde dans sesrapports avec la folie, Ann. médico-psj'chol., t. IX, 1883, p. 387.

(2) Pénon, Coniribulion à l'étude du délire posl -opératoire {Du râle de l'auto-intoxication) , Th. de Bordeaux, 1893. (Je n'ai pu la consulter.) Dent, Insanily follovi?ic/ surifwat affections, Tlic Ain. J. of. m. science, vol. XXXV, 1889-90, p. l ; etc.

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la nutrition (1) dans les maladies mentales. On trouvera les renseignements les plus complets sur ce sujet dans le rapport si remarquable de MM. Régis et Chevalier-Lavaure et dans la Revue de Toulouse (2). Mais s'il est très vraisemblable d'admettre que ce soit le poison microbien ou fabriqué par l'économie ou retenu par suite de l'insuffisance d'un organe éliminateur (3) qui produit cet état anormal du système nerveux, on doit se demander si ce poison n'agit qu'au début pour produire l'affection ou s'il agit encore durant son évolution. D'après la comparaison constante que font MM. Régis et Chevalier-Lavaure avec les folies toxiques et avec les folies anciennement dites symptomatiques, en réalité toxiques, et les folies diathésiques, il semble que ceux-ci ad-

(1) Mairet et Bosc, Aliénation mentale par troubles de la nutrition, Ann. méd.-psych., Janvier-février 1892, p. 17. Ch. Mills, The relations of infections pj'ocesses to mental disease, Ara. J. of . m. science, nov. 1894. (Je n'ai pu le consulter.)

(2) Voyez aussi A. CuUerre, La folie blennorrhagique, Annales médico-psychologiques, Septembre-octobre 1894, p. 291.

Jacobson, Uetjer Auto-intoxications psychosen. Allg. Z. f. Psychiatrie, t. Ll, 2, 1894, p. 379.

(3) Voyez l'intéressant article de Klippel, De l'origine hépatique de certains délires des alcooliques, Ann. méd.-psychol., septembre-octobre 1894, p. 2C2.

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mettraient que durant tout le temps de la maladie le poison continuerait à agir, et on pourrait d'autant plus croire à cette interprétation de leur part et des autres auteurs, qu'on a cherché si dans les urines du malade on ne trouverait pas des traces de poison (1). Il faut d'ailleurs remarquer que, quand môme on trouverait des produits toxiques dans les urines, cela ne démontrerait nullement que c'est à ces produits toxiques qu'il faut rapporter l'affection, car celle-ci qui, comme toutes les maladies, est un trouble de la nutrition, peut parfaitement et secondairement produire elle-même des poisons. M. Séglas a bien montré aussi, par ses expériences, que les recherches entreprises sur les urines ne peuvent donner des résultats précis sur l'existence des poisons dans celles-ci, étant donné d'une part l'incertitude des procédés expérimentaux auxquels on est obligé d'avoir recours, et de l'autre le caractère absolument superficiel et incomplet

(1) Voyez Ballet, Su?- un cas de délire Irmisitoire à caractère de délire vésanigue, accomparpid d'un accroissemenl notable de la toxicité winaire, et de la présence de ptomatnes dans les urines, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1893, n" ïl, p. 4C7.

PATHOGÉNIE. 203 des observations faites jusqu'ici à ce sujet chez les aliénés. Jusqu'cà présent, rien de moins prouvé donc que la nature « maladie infectieuse ou toxique ». Il est prudent d'admettre provisoirement qu'à la suite des maladies infectieuses ou des auto-intoxications le trouble organique doit être plutôt considéré comme la suite éloignée de l'action du poison qui a cessé d'agir (1). (Voir plus bas.)

Si cette hypothèse parait séduisante dans les cas où la confusion mentale est consécutive à des maladies ou à des opérations chirurgicales (comme pour ces dernières cela paraît bien ctre le mécanisme à invoquer), il y a des cas de confusion qui sont consécutifs à la manie, à des traumatismes (2) sans lésion extérieure,

(1) Les néphrites ont donné lieu aux mêmes discussions.

(2) Skae, On bisanily caused by injuries to Lhe head and by sunslroke, Edinb. med. J., Février 18GG. (Je ne l'ai pas consulte.)

Wilie, Ueber tranmat. Irresein, Arch. f. Psychiatrie, t. Ylll, p. 219.

Hartmann, Ueber Geislesslorungen nach Kopfverletzungcn, Arch. f. Psychiatrie, t. XV, 188'i, p. 98.

GaCier, Die Geislesslorungen nach Kopfverletzungen, 188G. (Ne se trouve pas à la bibliothèque de la Faculté.)

R.Thomsen, Zur Casuislik, etc., Charité-Annalen, Xlll, 1888, p. 429 (Pas consulté).

Landerer, Ueber Iraumafisches /■)*)'e5eHi,WLirtt. Corresp. Bl.,

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et à des perturbations morales vives, par exemple les chagrins oula terreur dans lesquels on ne voit pas apparence d'infection. Peut-être pourrait-on invoquer encore l'intoxication malgré cette apparence ; car, comme le disent Régis et Chevalier-Lavaure : « Il suffit de rappeler à cet égard les importantes recherches de Gharrin et Roger, exposées par Bouchard au congrès de Berlin(1890), dans lesquelles en maintenant un lapin pendant quatre heures sur une roue douée d'un mouvement continu, et faisant l'examen bactériologique du sang, on a trouvé ce dernier si riche en microbes qu'une seule goutte donnait lieu au développement de huit cents colonies : la peur et les secousses avaient provoqué un véritable arrêt des centres nutritifs. On peut également invoquer les travaux de Bouchard, démontrant que les influences nerveuses inhibitoires sont un obstacle au phagocytisme normal qu'accomplissent les cellules

n" 7, 1889. (Document n'existant pas à la bibliothèque.)

Mickle, The traumatic factorin mental Diseases, Brain, 1892, vol. XV, p. 76.

D. E. Jacobson, Tranmatiske Psykoser, Nordiskt mediclnskt Arkiv, 1893, H. 3,n'' 13 (Résumé français dans le n» 17), Travail d'ensemble qui résume tout.

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lymphatiques en lutte avec les microbes, et que la culture du sang des animaux soumis à un refroidissement graduel ou à l'inanition donne naissance à des colonies de bactéries. »

Quant aux confusions symptomatiques, elles semblent liées directement à la maladie générale dont elles dépendent, disparaissant ou reparaissant avec elle. Elles sont certainement bien liées à des modifications humorales dans les maladies infectieuses, dans la tuberculose, dans les auto-intoxications, comme l'urémie, et elles sont liées probablement encore à la môme cause dans les maladies du cœur. Dans ces confusions passagères qui sont dues au froid ou à l'inanition, il est encore possible de supposer une perturbation nutritive amenant la formation de poisons. Mais nous n'en avons pas encore la démonstration. Quant à la genèse de la confusion symptomatique des tumeurs onde l'apoplexie ou du ramollissement cérébral ou de certaines méningites, le mécanisme intimé nous échappe. A plus forte raison nous échappe-t-il dans l'épilepsie, l'hystérie ou la neurasthénie.

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