CHAPITRE IX Traitement
Les anciens auteurs ont établi un traitement qui, quoique basé sur une interprétation particulière de l'affection, ne laissait pas de donner de bons résultats, que l'on peut expliquer, si l'on veut, par les nouvelles hypothèses sur la genèse par infection. Sauze préconisait aussi à la suite du traitement physique le traitement moral dont il tira d'excellents effets. J'exposerai d'abord en quoi doit consister le traitement physique.
Pour Etoc la seule indication était de faire disparaître la sérosité ; et Ferrus recommandait de provoquer des sécrétions dérivatives. Delasiauve préconisait dans le même but les sangsues aux oreilles, les ventouses
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à la nuque, les pédiluves irritants, les cxutoires, les révulsifs intestinaux, et enfin les préparations diffuses. Tout cela avait pour but de faire résorber la sérosité, en imitant ces crises qui jugent parfois favorablement l'affection. Sauze, dans la première période delà confusion, après avoir combaitu l'état saburral ordinaire par l'administration de quelques purgatifs, s'adressait pour relever la nutrition aux toniques et aux ferrugineux. Lorsque ce régime avait redonné des forces au malade, il employait le séton et le vésicatoire à la nuque ; il aimait peu les saignées et les purgatifs, mais il donnait d'après le procédé de Ferrus la douche froide. Il recommande aussi, d'après Dagonet, des frictions avec une éponge imbibée d'eau froide, après lesquelles on place le malade au lit, recouvert de plusieurs couvertures afin d'amener une diaphorèse abondante. Enfin Sauze s'efforçait de faire réapparaître les règles par les sangsues à la vulve et les bains de pieds sinapisés. Contre certains troubles plus ou moins surajoutés ou passagers, il agissait aussi énergiquement : contre l'embarras gastrique avec ictère, il employait l'émélique ; contre la cons-
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tipation, les purgatifs ; enfin il s'efforçait d'enrayer la diarrhe'e, très dangereuse d'après lui, par l'amaigrissement rapide et le marasme qu'elle entraîne. Mais il recommandait avec justesse de continuer l'alimentation à tout prix. Pendant la convalescence où il y a souvent un peu de céphalalgie, d'anxiété, d'irritabilité et d'insomnie, les bains tièdes calment facilement ces symptômes. Quant à l'hygiène, elle n'offre rien de spécial : il faut avoir soin d'aérer convenablement la chambre, de tenir les malades au lit en les surveillant pour la propreté, vu le gâtisme ; enfin panser les escarres, si elles se produisent.
Il y a bien peu de choses à ajouter à ces indications. Mais on n'emploiera plus guère le séton ou le vésicatoire qui semble bien inutile et qui peut être nuisible. On pourra, si l'on veut, dans certains cas, pour exciter un peu le malade, quand il est très affaissé, employer les bains sinapisés généraux, et lorsqu'il y a une fièvre intense, les bains froids ou le drap mouillé. On se rappellera que les aliments les meilleurs sont les œufs et le lait. Quelquefois on sera obligé d'employer la sonde ou les lavements
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Contre l'insomnie les bains prolongés offrent ne ressource précieuse ; cependant ils ont l'in-
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convénient d'affaiblir le patient ; au besoin on administrera un peu de sulfonal ou de trional ou de valérianate d'ammoniaque, mais on ne devra jamais, comme le remarque M. Séglas, donner les bromures alcalins qui augmentent la dépression intellectuelle et qui ont une mauvaise influence sur l'appareil deladigestion. Contre les accès d'agitation extrême il paraît peu indiqué, sauf exceptionnellement, d'employer l'hyoscine ou la duboisine qui amènent des troubles trop marqués et augmenteraient l'incohérence. Les bains prolongés seront moins dangereux. Dans les cas de collapsus, l'alcool ou le vin vieux paraît exercer une bonne influence, les toniques cardiaques, caféine, spartéine, digitale, peuvent être indiqués. Le massage, surtout dans la convalescence, peut être utile. Enfin dans le casd'anxiélé passagère, l'opium est le médicament par excellence. L'hypothèse de l'auto-intoxication a conduit à employerles antiseptiques intes tinaux. Le lavage de l'estomac pourra être pratiqué. Comme il y a presque toujours un trouble très prononcé des fonctions digestives, cette antisepsie ne peut en tout cas qu'être avantageuse
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en empêchant l'action secondaire de la dyspepsie presque constante. Le benzonaphtol, par exemple, donne de bons résultats ; il est meilleur que le naphtol |3 qui agit quelquefois fâcheusement sur l'estomac. Les diurétiques seront parfois utiles, mais le meilleur est le lart que j'ai déjà indiqué comme devant cMre donné comme aliment.
Pour l'hygiène générale, il faut éviter surtout les refroidissements, maintenir toujours la peau propre, la bouche doit être nettoyée avec soin, etc.
Telles sont les principales lignes du traitement physique (1). Il faut y joindre le traitement des complications et celui de certaines formes de la crise, comme les furoncles surtout,
(I) Al. Robertson {The J. of mental science, janvier 1891, an. in Ann. médico-psychol., mars-avril 1894, p. 323) a employé un traitement particulier dans un cas de stupeur. Il applicfuait sur le crâne un bonnet rempli d'eau chaude tous les jours pendant une heure. Pendant la première demi-heure la température était de 43" à 40°, puis graduellement abaissée; puis l'eau chaude était remplacée par de l'eau glacée pendant vingt minutes. Il y joignait des frictions sur tout le corps, le massage et, à partir du deuxième mois, l'électricité sous forme de courants continus de 2 à 4 milliampères, le pôle positif placé à l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale, l'électrode négative étant promenée lentement autour de la tête.
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que l'on doit empêcher de gêner la convalescence.
Pendant cette convalescence, on devra établir un bon régime, surveiller l'époque des règles qui peuvent être l'occasion d'une rechute, enfin prendre toutes les précautions nécessitées par l'état de faiblesse irritable du système nerveux. Quant aux restes du trouble mental signalés, on pourra les combattre par les moyens ordinaires, mais le fond du traitement sera toujours la restauration de l'état physique.
Mais le traitement physique ne suffit pas, et il faut avoir recours au traitement moral, dont les règles ont été indiquées si clairement par Sauze qu'onn'a rien de mieux à faire que de les suivre à la lettre. Il est bien curieux encore et triste à la fois de constater que ce chapitre de Sauze sur le traitement moral a été complètement oublié pendant si longtemps. Cela tient peut-être à la réaction exagérée qui a suivi le célèbre livre de Leuret (1840). Voici les règles formulées par Sauze : « Si, dit-il, dans la période d'acuitéj
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le traitement moral est impossible, il n'en est plus de même dans la période de déclin. Quand l'intelligence recommence à fonctionner, quand arrivent les rémissions, il faut activer sans relâche les opérations cérébrales ; il faut interroger les malades, fixer leur attention, insister quand leur réponse est ou trop lenlc ou peu précise. On doit s'attacher à leur faire comprendre qu'ils sortent d'une maladie grave; on les voit presque toujours être dans l'étonnement, ne pas se rendre compte des diverses circonstances de leur maladie, ni du changement qui s'est opéré en eux, comme un individu qui pendant son sommeil, transporté dans des lieux inconnus, mettrait un certain temps à reprendre ses sens. Quelques-uns nous ont dit qu'il leur semblait sortir d'un long sommeil. A ces malades qui se réveillent, il faut expliquer tous ces détails, les éclairer sur leur position, rappeler leur mémoire, leur poser de petits problèmes et leur en demander plus tard la solution. Cet exercice intellectuel, répété chaque jour sans interruption, en procédant des choses simples aux questions plus difficiles, ramène peu à peu toutes les facultés à leur
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activité première: c'est comme un enfant dont l'intelligence se développe progressivement.
« En même temps que par la conversation on force le malade à mettre en jeu ses diverses facultés, il faut encore le mettre au travail. Cet exercice salutaire achève de rétablir la santé physique, maintenant l'appétit et le sommeil, et donne également à l'esprit une préoccupation qui produit le meilleur effet. C'est en suivant cette méthode, en ayant recours à ces divers moyens, qu'on verra chaque jour l'mtelligence faire un progrès nouveau. Les réponses, d'abord lentes, deviennent plus faciles; le malade s'occupe avec plus d'intérêt de ce qui l'entoure ; son attention se fixe plus souvent sur les objets qui sont à sa portée. A mesure que l'attention est revenue, cette faculté mère de toutes les autres facultés, comme le professait Laromiguière, les autres facultés de l'entendement ne tardent pas à suivre la môme voie de progrès. Après avoir observé ce qui se , passe autour de lui, le malade compare entre eux ces divers objetsqui ont fixé son attention, il saisit leurs rapports, raisonne, en un mot, comme il le faisait auparavant. La mémoire, d'abord
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Obscure et infidèle, reprend toute sa puissance ; la volonté suit dans sa marche les progrès de l'entendement; cette apathie, cette inertie si complète finit peu à peu par disparaître. Les malades ne se laissent plus pousser ni conduire par le premier venu ; ils ont repris la conscience de leur moi. »
M. Séglas remarque qu'en appliquant ce traitement moral, on ne devra jamais oublier qu'il ne faut pas fatiguer le malade, sinon on s'expose à un arrêt dans la convalescence ou môme à une rechute,
La plupart des cas de confusion mentale se rencontrent ordinairement dans la clientèle de la ville et on en voit peu à l'asile. Cela tient probablement à ce que les malades sont assez dociles et n'offrent pas les difficultés que présentent les aliénés ordinaires. Mais si l'on en était sollicité par la famille, devrait-on placer le patient dans une maison de santé ou un asile? Sauf dans les cas où il y a une grande agitation ou lorsque les parents ne peuvent surveiller suffisamment leur malade, il est beaucoup plus avantageux pour celui-ci de le garder chez lui. Le changement de milieu ne
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• peut agir que défavorablement en augmentant la désorientation, la confusion des idées qui s'accroît tout naturellement lorsque le malade est transporté brusquement loin des choses et des personnes qui lui sont familières. Cela n'empêchera pas de prescrire, comme dans une maladie ordinaire, le repos le plus complet, l'isolement et la suppression des visites, mais il faut maintenir le malade en contact avec sa famille. Cela est important pour les intervalles lucides, plus ou moins marqués ou fréquents suivant la forme, et surtout pour la période où le malade, cherchants pontanément à s'orienter, est remis peu à peu dans la bonne voie par la vue des objets qu'il connaissait. Cela est encore d'autant plus important que le traitement moral consistant surtout à faire revivre les anciennes images mentales, la présence des parents et leur coopération naturelle dans ce travail de reconstitution de la synthèse mentale sont des adjuvants efficaces. Cette présence seule amène la quiétude dans l'esprit du malade, surtout de celui qui, se sentant comme égaré, éprouve le besoin d'avoir sans cesse à côté de lui quelqu'un qui le rassure et le guide.