CHAPITRE XXVIII CORRUPTION DES MŒURS
Pour atteindre le but de Voltaire, la secte sait bien qu'il ne suffit point de renverser le pouvoir temporel des Papes, ni même de tenter le possible et l'impossible pour obtenir un Pape à sa dévotion, il faut atteindre les âmes. C'est en elles que l'idée chrétienne doit être étouffée, qu'elle doit mourir. Continuant d'être et de vivre dans les âmes, un jour ou l'autre, nécessairement, elle refera les institutions à son image. Or, les âmes ne peuvent être vraiment frappées de mort que par la corruption, la corruption des mœurs, et surtout la corruption des idées. C'est pourquoi le chef occulte de la Haute- Vente lui avait donné pour mission expresse d'altérer les idées et de dépraver les mœurs; et cela principalement à cette double source de Ix vie chrétienne : la jeunesse laïque et la jeunesse ecclésiastique. Elle s'y employa tout le temps de son existence. Nul doute qu'après elle d'autres furent chargés de continuer son œuvre. Nous la voyons, hélas! .trop florissante pour en douter.
Deux mois après son arrivée à Rome, le 3 avril 1824, Nubius écrit à Volpe : « On a chargé mes épau-
les d'un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l'éducation immorale de l'Eglise. »
Quatorze ans plus tard, le 9 août 1838, dans une lettre écrite de Castellamaie à Nubius, Vindice, par: lant des coups de poignard prodigués par les Carbonari, en montre l'inutilité et rappelle que leur mission à eux est tout autre; ce ne sont point des individus, c'est le vieux monde, c'est la civilisation chrétienne qu'ils doivent tuer : « N'individualisons pas le crime; afin de le grandir jusqu'aux proportions de la haine contre l'Eglise, nous devons h généraliser. Le monde n'a pas le temps de prêter l'oreille aux cris de la victime, il passe et il oublie. C'est nous, mon Nubius, nous seuls qui pouvons suspendre sa marche. Le catholicisme n'a pas plus peur d'un stylet bien acéré que la monarchie; mais ces deux hases de Vordre social peuvent crouler sous la corruption; ne nous lassons donc jamais de corrompre. Tertullien disait avec raison que le san^ç des martyrs enfantait des chrétiens. Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de chrétiens, ne faisons donc pas des martyrs, mais popularisons h vice dans les multitudes. Quelles h respirent par les cinq sens, qu'elles U boivent, qu'elles s'en saturent. Faites des cœUrs vicieux, et vous n'aurez plus de catholiques. »
Le conseil a été entendu. Dès les premiers jours de la Restauration, la secte, pour regagner le terrain qu'elle avait perdu, s'attaclia à dépraver, à corrompre en grand. Sous l'Empire, Voltaire et Rousseau n'avaient trouvé ni acheteurs, ni lecteurs, pour la bonne raison que la réimpression de leurs œuvres était interdite comme un attentat aux bonnes mœurs ou à la raison politique. La secte fit insérer dans
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la charte la liberté de la presse, et aussitôt elle se mit à l'œuvre. Elle réorganisa le colportage, qu'elle avait fait si utilement fonctionner à la fin du XVIII*^ siècle, elle multiplia les éditions de Voltaire et les fractionna pour les mettre à la portée de tous. Depuis, elle n'a cessé d'inventer de nouveaux mojens de populariser le vice sous toutes ses formes; mais jamais elle ne l'a fait avec autant d'audace, avec une volonté si manifeste qu'en ces dernières années. C'est bien maintenant que les populations le respirent par les cinq sens, qu'elles le boivent, qu'elles s'en saturent. Toutes les influences directrices de l'esprit public, l'école et la caserne, les chaires publiques, et le parlement, la presse et les administrations communales, préfectorales et gouvernementales concourent fraternellement à pousser toujours plus loin la dépravation publique (1). « Regardez bien
1. Et la famille, est-elle sans reproche? Pour ne signaler qu'un seul point indiqué un jour par La Libre Parole, comment ne pas s'étonner de l'incroyable liberté laissée aux jeunes gens sur les plages. « Accompagné d'un étranger, je me trouvais l'un de ces jours derniers sur Une plage normande. Devant nous un essaim joyeux de jeunes gens et de jeunes filles faisaient retentir le casino de leurs éclats de rire continuels. Je fis part à mon compagnon des réflexions que me suggérait ce spectacle. « Il faut avouer, me dit alors l'étranger, que vous avez en France une manière d'élever vos filles, à tous les points de vue déplorable. La jeune fille française jouit pendant trois longs mois d'une liberté à peu près complète. Aa milieu des jeunes gens, ses compagnons de tous les instants, elle nage, monte à cheval, joue au tamis, fait de la bicyclette et se repose le soir de toutes les fatigues de la journée en dansant comme une enragée. Pendant ce temps, les mamans sur la plage font de la tapisserie. L'été touche à sa fin. Alors, attention! Au premier signal, vos jeunes filles doivent rentrer dans le rang; elles doivent s'abstenir de faire deux pas dehors autrement qu'accompagnées de la femme de chambre... Félicitez-vous de compter encore des anges avec un régime admirablement fait pour engendrer des démons »
la République et le spectacle qu'elle donne, disait récemment M. Maurice Talmeyr. Elle a surtout subi une domination, la domination maçonnique. Où cette domination l'a-t-elle menée? A une transformation politique et sociale? Non. Nous aurait-elle au moins donné la liberté? Pas davantage. Mais quelle est alors l'œuvre de la république maçonnique? Une œuvre de dépravation pure. Pornographie du livre (1), du théâtre (2), des salons, du journal. » Tout ce monde et toutes ces choses et bien d'autres encore conspirent à qui poussera plus loin la corruption universelle. L'Etat voit, et, loin de réprimer, il favorise. Que de preuves pourraient en être, données! Le 26 novembre 1901, il inaugurait à Montmartre
1. Un romancier a donné pour post-scriptum à sa dernière œuvre ces paroles : « Quelle humiliation est la mienne ! Devant moi, ma sœur dégradée par mon livre ! Faire du vice et appeler cela psychologie, naturalisme, humanisme, voilà toute la carrière littéraire française! Que peut faire et devenir un peuple dont l'ordure hystérique est Ja seule nourriture intellectuelle. Une littérature comme la nôtre est le plus grand élément do corruption et de déchéance sociale qui soit. »
2. Le romancier ou autre écrivain corrupteur s'adresse à vous seul à seul, tête à tête. Le dramaturge met son infamie en paroles qui volent de bouches en bouches et des bouches aux oreilles du public. Et s'il n'y avait là que ce qui se dit! Par les yeux aussi bien fpie par les oreilles, l'esprit s'enivre de choses de plus en plus inavouables. Les théâtres les plus en faveur auprès du public sont aujourd'hui ceux où s'exhibent des femmes nues, ceux où la grossièreté et l'impudicité du spectacle suppléent à l'insuffisance du talent. Dans ces conditions, n'estil pas triste de constater que les théâtres de la capitale ont encaissé, dans ces dernières années, de 45 à 50 millions de francs! Au théâtre est venu s'ajouter le cinématographe et le cinématographe roulant qui se transfert de ville en ville et de villago en village. A Paris, le cinématographe a cinq millions de clients. La compagnie générale des phonographes et cinématographes rapporte cinq millions de bénéfices nets.
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la statue du juif Henri Heine, qui exerça une si funeste fascination sur la société du second Empire et qui disait : « Il faUt, au lieu de continence et de rigorisme, revenir à la joyeuse licence, instituer des saturnales, pratiquer, par l'hymen libre, l'amélioration esthétique de l'animal raisonnable. » En janvier 1902, M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, imposait aux jeunes filles pour préparation au brevet supérieur la lecture de « l'Essai sur les mœurs » de Voltaire. Un mois auparavant, un procès était intenté à un dessinateur qui avait poussé la licence à ses dernières limites. Un des témoins put dire : « Au lycée, fai été élevé dans V amour du paganisme. A l'école des Beaux-Arts, on m'a enseigné le culte du nu. L'Etat seul est donc responsable de m,on inclination aphrodisiaque. » Que d'autres témoignages pourraient être ajoutés à ceux-là!
L'éducation qu'il fait donner aux enfants du peuple est aussi corruptrice que celle qu'il donne aux artistes. Des livres d'une obscénité révoltante sont déposés dans les bibliothèques scolaires, donnés en prix. Les gravures obscènes se voient partout, mais particulièrement à la porte des lycées et des écoles. On cherche à atteindre par surprise les jeunes personnes pieuses aux lieux mêmes où elles vont faire leurs dévotions (1). On a inséré .dans des croix et
1. De temps à autre, le préfet de police adresse aux commissaires de police de Paris une circulaire leur enjoignant de dresser procès-verbal contre ceux qui exposent des images contraires aux bonnes mœurs. On peut dire : pure hypocrisie ; car, le lendemain d'une saisie, on constate la présence des mêmes dessins aux mêmes vitrines; et chaque jour le dessin se fait plus obscène et l'étalage plus cynique.
Un Congrès international pour combattre l'immoralité a été tenu à Cologne le 26 octobre 1904. Outre l'Allemagne
autres objets de piété des vues pholographiques d'une inconvenance révoltante. Ces objets sont vendus à la porte des églises, où se rendent de nombreux pèlerinages, prr des marchands qui montrent comme spécimen d'autres objets semblables contenant des vues de monuments religieux. C'est Le Figaro qui a signalé le fait en janvier 1892. Il ajoutait que des collégiens, des jeunes filles, recevaient, aux abords d'un bureau de tramways, de petites brochures intitulées : Four Dieu! — Four la Fafris f qu*on acceptait sans défiance et qui contenaient un tissu d'inexprimables saletés. Il n'y a dans une pareille propagande aucune spéculation mercantile, aucun profit matériel. C'est l'empoisonnement calculé comme l'ont voulu les Quarante. Les cabarets et les mauvais lieux sont multipliés à plaisir; et l'on déploie en ce moment une activité et une ingéniosité incroyables pour amener les femmes, et les plus comme il faut, à se faire dorénavant habiller de la façon la plus indiscrète. Toutes les occasions sont saisies pour
et l'Autriche étaient représentés l'Angleterre, la Belgique, les Etats-Unis, le Danemark, la Suisse et la France.
Le pasteur Weber, président, a ouvert ce congrès par un discours sur les effrayants progrès que fait l'empoisonnement de la société par la littérature immonde. On a alors entendu les rapports des délégués des différentes nations sur la situation et sur les lois de leurs pays à ce point de vue. C'est M. Déranger, sénateur, qui a présenté le rapport sur la situation en France. Il n'existe aucun pays dans lequel la littérature immorale soit aussi répandue. Une pétition couverte de 210.000 signatures, et demandant une loi contre ce fléau, a été envoyée au président du Conseil. A quand cette loi? Les délégués des autres nations firent presque tous cette remarque, que le flot impur qui se répand sur elles vient principalement de la France.
Est-ce bien certain? Ne serait-il point plus vrai de dire que c'est sur la France que la franc-maçonnerie, qui a son foyer chez les peuples protestants, a porté son plus puissant effort?
répandre par la presse, dans toutes les classes de la société, la connaissance et la convoitise des pires débauches. Pour ne parler que des dernières, « l'affaire Syveton », et « l'affaire Steinheil », les confidences les plus éhontées ont été publiées. Au long de colonnes entières, on a pu lire des turpitudes qui n'auraient pas été tolérées, il y a quelques années, dans le feuilleton le plus licencieux. Que de personnes qui n'auraient pas voulu lire ce feuilleton, lisaient ces nouvelles! Pendant des semaines, jeunes, ouvriers, collégiens, jeunes filles, toute l'adolescence et la jeunesse de France ont pu vautrer leurs mauvais instincts dans cette littérature nauséabonde. Qui est là pour saisir l'occasion et en profiter pour adresser aux journaux qui veulent en régaler leur clientèle tout ce qui peut surexciter la curiosité malsaine et propager le vice?
On peut dire que les pouvoirs publics actuels ne se contentent pas de tolérer l'immoralité sous toutes ses formes, ils l'instituent. Depuis longtemps déjà, au conseil municipal de Paris, une propagande incessante est faite en faveur de tout ce qui est vice et purulence morale. Elle a abouti en 1904 à une véritable révolution dans la police des mœurs, qu'on, pourra appeler la police destructive des mœurs. Tout un nouveau système de réglementation, a été basé sur un rapport présenté au conseil municipal par un conseiller franc-maçon, le F. • . Turot. Ce rapport rappelle tout ce qui peut s'exhumer de chez les païens et de chez les barbares non seulement pour excuser la débauche, mais pour la glorifier; il la met en regard des rigueurs du christianisme pensant le flétrir. L'organisation pratique devait suivre cette théorie. Elle a suivi. La prostitution est de-
venue libre, légitime, officielle, elle a été organisée et protégée. Des maisons de rendez-vous oii toutes les facilités, toutes les occasions de corruption sont offertes aux mères de famille ont été ouvertes à la suite de cet encouragement officiel. Leur nombre a bientôt dépassé cent cinquante. Kt le rapporteur vint dire au conseil municipal : « Nous avons visité beaucoup de ces maisons. Nous y avons rencontré des femmes appartenant à toutes les situations sociales : femmes de niédecins, femmes d'avocats, femmes d'artistes... » Ces maisons sont placées sur le même pied, au regard de la bienveillance et de la protection des autorités, que les entreprises commerciales, industrielles ou intellectuelles les plus véritablement respectables. »
Le Parlement rivalise de zèle avec le conseil municipal. Il a fait la loi du divorce. D'année en année, il l'élargit. Il prête l'oreille à ceux qui lui demandent l'abolition du mariage civil et l'union libre. Elle est envisagée comme le dernier bienfait qui doit découler du principe posé à la Renaissance : le droit au bonheur individuel, cherché par la cpnscience individuelle. « L'union libre, a dit M. Briand^ et pourquoi pas? » En attendant qu'elle soit légitimée et légalisée, l'administration militaire a étendu aux « compagnes » des jeunes soldats les secours qui étaient accordés aux femmes légitimes.
Après le conseil municipal; après les Chambres, voici l'Université.-
Les autorités académiques sont-elles bien rassurées sur les conséquences que pourra avoir pour la moralité publique un enseignement qui vient d'être inauguré? N'ont-elles point, elles aussi, obéi à des suggestions maçonniques ?
En 1901, M. le sénateur Bérenger et M. le professeur
Foarnier constituèrent la Société de prévoyance ou de prophylaxie sanitaire et morale.
M. Fournier a exposé ainsi le but de ces sociétés : S'adresser à la jeunesse, et en particulier aux jeunes gens dans les lycées et collèges de garçons et de filles, dans les patronages et réunions de jeunes ouvriers et ouvrières, pour leur apprendre à connaître les dangereuses maladies qui sont la conséquence de la débauche. Il est des sociétaires qui, comme M. Pinard, veulent que cet enseignement soit donné dès l'école primaire.
La société a, comme moyens d'action, des distributeurs de brochures, des affiches exposées à la vue de tous, des conférences publiques avec projecteurs oxydriques et électriques et figures de cine.
Dans les lycées et collèges de garçons et de filles, il y aurait des cours spéciaux, auxquels les jeunes gens ne seraient admis qu'avec le consentement des parents. Mais, qui empêcherait les exclus d'être instruits par leurs camarades ou leurs compagnes ?
Le Bulletin de la Société dans le compte rend'i de la réunion du il janvier 1904 (page 4), a fait connaître qu'à la réunion plénière du conseil supérieur de l'Université, M. le recetur Liard, questionné par le doyen de la Faculté de médecine, a répondu : « Non seulement on doit mais il faut donner cette éducation aux jeunes gens; et je prends l'engagement de faire tous mes efforts pour que tous les élèves de l'Etat reçoivent cet enseignement sous réserve de l'approbation des parents. » Tous les élèves de l'Etat, ce sera bientôt tous les jeunes gens de France, puisque le monopole de l'enseignement ne doit pas tarder à devenir absolu. « Ainsi, ajoute le professeur Pinard, nous avons pil faire accepter
par l'Université le principe des conférences collectives. » (Ibid., p. 35). Ceci en réponse à ceux qui disaient .qu'un tel enseignement ne pouvait être donné qu'en particulier.
M. l'abbé Fonssagiives, admis à se faire entendre à l'une des réunions de la société à la suite de la publication de son livre L'Education de la pureté, fit cette observation : « Ou bien votre enseign<en:\ent sera incomplet, il aura pour but unique d'effrayer, et il pourra produire de fâcheux effets sur certaines imaginations. Ou bien il sera complet, il comprendra les moyens préservatifs et il pourra justement être taxé d'immoralité. »
L'enseignement complet ne préserve nullement. Dans sa leçon d'ouverture de cours prononcée le 31 janvier 1902, M. le professeur Landouzy a pu faire cette observation : « Est-ce que les élèves en médecine en contact dès l'abord avec les maladies vénériennes, n'ignorant rien des risques qu'ils courent, sont moins meurtris que leurs camarades du droit et des lettres ? »
Cet enseignement est donc : 1° mutile; 2° souverainement immoral. Que penser de ceux qui veulent l'imposer à toute la jeunesse de Franco? Que penser du succès obtenu dans l'œuvre de démoralisation entreprise par la Franc-Maçonnerie pour que des hommes bien intentionnés — car il y en a dans cette société — croient que l'on en soit arrivé à ce point qu'il soit devenu nécessaire de généraliser vm tel enseignement!
Enfin cet enseignement ne répond-il pas au vœu de Vindex, à son affirmation : « C'est la corruption en grand que nous avons entreprise. »
A cet enseignement donné dans les lycées, tes écoles et les patronages laïques, s'en joint un autre en pleine rue, que les pouvoirs publics n'ignorent
point, mais auquel ils n'apportent aucune entrave, bien que de temps à autre ils versent un pleur sur la diminution de la natalité en France.
Dans la séance dti 13 novembre 1908, on discutait à la Chambre des députés le budget du ministre de l'intérieur. M. Gauthier de Clagny demanda la parole :
« Je voudrais, dit-il, signaler l'œuvre détestable poursuivie dans les grands centres ouvriers par la Ligue de la génération consciente, dont fait partie M. Robin, ancien directeur de Cempuis, subventionnée hier encore par le Conseil général de la Seine.
» Cette ligue, par des brochures (jue j'ai entre les mains, par des conférences, prêche dans les ménages ouvriers, le droit à l'amour libre et indique les moyens de ne pas avoir d'enfants. Les brochures contiennent des descriptions infâmes, des images obscènes, des conseils abominables aux femmes et aux jeunes filles. C'est une œuvre d'empoisonnement social.
» Je ne sais pas si le Parquet est désarmé contre cette propagande désastreuse, si les pouvoirs publics peuvent l'empêcher, mais je dis qu'il est impossible que le gouvernement de la République, soucieux de la grandeur du pays et de son avenir, se désintéresse de cette situation. »
M. Gauthier de Clagny tendit à M. Clemenceau qui faisait semblant de tomber des nues, un dossier.
— Je l'étudierai, dit celui-ci. Et ce fut tout (1).
1. En 1902, une commission extraparlementaire fut instituée pour étudier les causes et les remèdes du mal de la dépopulation signalé par les statistiques. M. de Foville, qui en fit partie, en raconte l'histoire. Au bout d'un an, on cessa de la convoquer. « C'est l'argent qui manque », disait-on, et fièrement l'administration refusait celui que lui offrait le docteur Javal. L'une des brochures, dont
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Quatre ans auparavant, avait en lieu à Paris une Exposition internationale d'hygiène et le jury décernait une médaille d'or à un produit dont le prospectus s'intitulait : « Le bonheur pour tous ». Voici les noms et qualités éminentes des membres du comité sous le patronage duquel cette poudre obtenait cette solennelle récompense : Président : Gçrville-Réache, député; vice-président : Chauvet, sénateur; Dubois, député; le président du conseil général de la Seine; le président du conseil municipal de Paris; Mesureur, directeur de l'Assistance publique; Messimy, député; Rivet, sénateur... Et d'autres...
Le 4 décembre 1904, M. Piot, sénateur de la Côled'Or, adressa au Président du Conseil une lettre où il appelait son attention sur ce fait : Aux portes de Paris, des municipalités prêtent les salles des mairies aux réunions qui préconisent les théories malthusiennes.
M. Paul Robin, l'homme de Cempuis, paraît bieo être un personnage officiel. Il jouit d'une copieuse pension. Il . a fondé un journal et un comité, que nos gouvernants ne peuvent ignorer, pour propager dans les familles les immondes doctrines auxquels l'indignation publique ne lui a plus permis d'ini-
vient de parler M. Gauthier de Clagny, rédigée par un ancien instituteur officiel, se plaint de ne point trouver le même accueil à la campagne qu'en ville et cela parce que la population y est plus religieuse; les citadines, dit-il, n'ont pas comme les paysannes « la crainte du péché ». « L'expérience lui a appris, dit-il encore, que le chant est un moyen de propagande autrement fécond que les mémoires et les bouquins. Il cite le titre d'une chanson parue dans la Bibliothèque ouvrière socialiste. A son avis, il faudrait imprimer cette chanson à des milliers d'exemplaires et les faire suivre de conseils et d'indications. « Il faut surtout indiquer les endroits où les préservatifs les moins coûteux peuvent s'obtenir et créer des dépôts un peu partout, chez des personnes dévouées et sincères. »
tier les enfants de l'Assistance publique. Le 20 novembre 1905, sa lig'ue donna -ane conférence publique dans la salle des Sociétés savantes, sous la présidence de M. Eugène' Fournière, chargé d'un cours d'économie sociale à l'Ecole polytechnique.
Quelques jours auparavant, à Charonne, le maire de cet arrondissement mit une des salles de l'hôtel de ville à la disposition de M. Paul Robin et de ses amis. Son journal fait savoir qu'un grand nombre de médecins, de pharmaciens, d'herboristes, de sages-femmes sont à la disposition de ceux qui veulent mettre ses enseignements en pratique.
Il publie leurs noms. Les conférenciers assurent que la propagande enrôle chaque jour de nombreux prosélytes parmi les ouvriers, et que les campagnes sont gagnées par les doctrines malthusiennes.
C'est maintenant partout que ces missionnaires de la corruption prêchent et opèrent. Ils semblent obéir à une direction commune. M. Pierret a fourni des renseignements tristement curieux sur M^ sujet, 9^u dernier Congrès de la Société d'écouOTnie sociale. Les fascicules des 1^^ et 16 avril 1908 de la Réforme sociale ont publié son mémoire, qui a pour titre VŒuvre maçonn'que de la dépopulation en France (1). Ils établissent d'une manière péremptoire qae le mou-
1. Voici la conclusion de la monographie publiée par la Réforme sociale :
Il y a lieu de noter : 1» que c'est avec le gouvernement de la Restauration, si dévoué à l'Eglise, que finissent les natalités normales et que commence avec l'ère voltairienne de Juillet, le dépassement du chiffre des naissances par c€luL des décès; 2» qu'un relàvement de la natalité accompagne le second Empire, favorable à la religion, et la République conservatrice, c'est-à-dire de 1863 à 1882; 3° qu'au contraire, une chute profonde de la natalité date de la République anticléricale, donnant, au lieu des 130 naissances de 1813 à 1822, deux tiers en moins, de 1893 à 1902, c'est-à-dire 43 seulement.
rement néo-malthtisien est voulu par la Franc-Maçonnerie. Elle fournit les théoriciens, les propagandistes et aussi les exécutants, c'est-à-dire les ministres, les administrateurs, les directeurs d'école. Elle prête ses temples- pour qu'on y fasse des conférences sur la « libre maternité ». Elle publie ces conférences.
Un des membres les plus dévoués de la Ligue Française Antimaçonnique, M. Emile Pierret, auteur de divers ouvrages d'économie sociale très remarqués, vient de publier une brochure abondamment documentée sur les causes de la dépopulation en France; et cette brochure, qui est le résumé d'un rapport fait l'année dernière, au Groupe d'Etudes de Paris de la Ligue Française Antimaçonnique, démontre jusqu'à l'évidence que le fléau dont nous souffrons n'est pas seulement engendré par les conditions sociales et morales de la vie française, mais qu'il est aussi et surtout le résultat d'un véritable complot organisé par la Maçonnerie.
M. Pierret prouve que, sous le haut patronage de celle-ci, avec le concours avoué des personnages les plus éminents du parti maçonnique, des associations se sont fondées, qui tendent à ce but criminel : encourager le dépeuplement de la France. Le F. • . Robin y est encadré par tout un groupe de politiciens dont les noms sont tristement connus du public : Aulard, Henry Bérenger, Séailles, Lucipia, Merlou, Fernand Gregh, Trouillot, Jaurès, le président Magnaud, etc. Et M. Emile Pierret explique comment il prit contact avec ce mouvement dans une réunion de « jeunesse laïque » présidée par M. Havet, de l'Institut, et dont les principaux orateurs n'étaient rien moins que M. Anatole France, de l'Académie Française, M. le député Sembat, et le non moins député Ferdinand Buisson, qui présida longtemps aiix destinées de notre enseignement officiel.
Voilà les FF. • . et les maçonnisés de haut parage dont se réclame le F.-. Robin (1).
Maintenant il est sérieusement question d'abolir le mariage civil et de déclarer la liberté de l'amour. On connaît la théorie, de M. Briand, garde des sceaux, successeur de d'Aguesseau. M. Briand considère que le mariage moderne doit être envisagé comme un vulgaire contrat de louage, par exemple : bail de trois, six ou neuf ans, ou même moins, à la volonté des parties.
Le Play a dit que les hommes sont corrompus par les mstitutions. « Ce mot, écrit M. Lacointa, est, au regard de notre pays, d'une vérité d'autant pMs saisissante que c'est réellement en vue de le corrompre qu'une secte satanique l'a doté des ins-
1. Il ne faut point croire que ce soit en France seulement que la secte antichrétienne propage l'immoralité. Dans une des séances du Congrès catholique allemand, le député, M. Rœxen, a eu le courage de dire :
« Les désastres causés par l'immoralité qui s'étale et par la propagation de la littérature obscène parmi la jeunesse sont incaJculables ; le mal a fait de tels ravages que c'est la santé du peuple allemand tout entier qui est en jeu.
» Je ne puis pas, cela va sans dire, vous communiquer tous les dossiers que j'ai sous la main, mais je puis vous assurer qu'elles sont effrayantes les perspectives qu'ils ouvrent sur l'abîme de corruption dont toutes les couches de la population et — ce qui est plus triste encore — tous les âges sont contaminés. La propagation des écrits immoraux est énorme, l'obscénité qu'ils renferment est diabolique ; un seul de ces facteurs suffit, entre les mains de personnes jeunes et faciles à émouvoir, pour les conduire nécessairement au péché et à la perversité sexuelle, qui engendre ensuite les vices l3s plus répugnants.
» Il y a pas longtemps que, dans une petite boutique de l'Allemagne, 500.000 photogTaphies obscènes ont été saisies : 60 maisons allemandes ne vivent que de cette honteuse industrie. En même temps que les écrits ou les images, les représentations obscènes augmentent d'effronterie. »
titutions qu'il possède actuellement (1), car elle sait mieux que personne que le plus sûr moyen de former des générations impies, c'est de favoriser par les pires excitations; les penchants bestiaux et anarchiques de la nature humaine. »
Vindice ne mentait point lorsqu'il disait : « C'est la corruption en grand que nous avons entreprise. »
Pour qu'elle soit profonde et durable, il faut qu'elle descende de haut. La Haute-Vente l'avait bien compris; aussi s'attachait-elle à corrompre l'aristocratie. Et de nos jours quels scandales n'a-t-elle point donnés I Sous l'empire de quelles suggestions?
Dans la lettre à laquelle nous avons déjà lait des emprunts, Piccolo-Tigre n'exhortait point seulement à faire entrer dans les loges le plus possible de princes et de nobles, il voulait qu'on s'attachât à les corrompre.
« Une fois qu'un homme, dit-il, un prince même, un prince surtout, aura commencé à être corrompu, soyez persuadé qu'il ne s'arrêtera guère sur la pente. Il y a peu de mœurs, même chez les plus moraux (il lui plaît de dire ainsi), et l'on va très vite dans cette progression, » (ceci est vrai). Il ne serait peutêtre pas impossible de trouver dans ces lignes l'explication de la chute dans le vice de bien des princes contemporains, et peut-être de ceux de nos rois qui, par leurs mœurs, ont désolé la France et l'Eglise,