VIII. — L'ESPRIT MAÇONNIQUE
Des suggestions lancées dans le public par la Franc- Maçonnerie et des mots qu'elle met en circulation, naît l'esprit maçonnique.
Dans une Instruction pastorale adressée à son clergé en 1864, Mgr Meiridux, évêque de Digne, disait : « Telle est la sagesse avec laq'uelle l'esprit du mal a dressé ses embûches, qu'il égare des esprits droits, qfu'il les fascine au point de s'en faire des défenseurs. Il s'opère sous nos yeux ce qu'on verra au dernier jour : un grand mystère de séduction. Il semble, si cela était possible, que les élus mêmes n'y échapperaient pas. »
Un demi-siècle s'est écoulé depuis que ce cri d'alarme s'est fait entendre. Combien, depuis, le mouvement des esprits s'est accéléré et rend l'avertissement plus pressant!
La franc-maçonnerie, au vu et au su de tous, est maintenant arrivée à l'apogée de la puissance. Elle fait ce qu'elle veut, même ce qni, il y a peu d'années encore, eût paru à tout jamais impossible.
Pour expliquer ce succès, il ne suffit point de dire
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que la maçonnerie est une société très savamment organisée, pourvue de moyens puissants pour arriver à ses fins, et ayant souvent compté en son sein des hommes d'une merveilleuse habileté. L'Eglise qu'elle veut détruire ne lui cède en rian. C'est la Sagesse même de Dieu qui l'a constituée et organisée, et les saints ont au moins, pour le bien, le zèle et l'inspiration que les suppôts de Satan ont pour le mal. Sans doute, la maçonnerie jouit du bénéfice que lui donne le mystère dont elle s'enveloppe. Elle ne dévoile point ses desseins, même à ceux qu'elle charge de les exécuter. Mais si le secret a pour le mal ses avantages, la pleine lumière du bien et de la vérité en a de plus grands.
Il faut donc chercher ailleurs l'explication de la puissance à laquelle la franc-maçonnerie est parvenue.
Cette explication se trouve, dans les complicités qu'elle se crée en dehors de ses loges, par ses suggestions. Elle obtient par là que tous ou presque tous, nous la secondions.
Par l'organisme qu'elle s'est donnée, la franc-maçonnerie a trouvé moyen de se procurer, dans toutes les classes de la société, d'innombrables complices qui, alors même qu'ils la détestent, travaillent avec elle et pour elle. Et cela, par la propagande des idées qu'elle a intérêt à répandre.
Elle s'en vante.
« ... La franc-maçonnerie, dit Une circulaire, a été jusqu'ici une vaste école, où des hommes de toutes les classes et de toutes les opinions, athées ou déistes, sont venus s'instruire, se former pour les bons combats de la démocratie. Malgré la diversité de leurs origines et de leur condition, des doctrines communes les incitaient à parler ou à agir, dans le monde
profane, conformément aux enseignements reçus dans les loges. La franc-maç. : . fut leur inspiratrice, et cest grâce à leur coopération qu'elle imprégna la société contemporaine de sa pensée. Si notre Ordre renonçait à son rôle historique, à sa mission de propagande parmi tous les hommes conscients, sans exception de croyance ou d'opinion, elle prononcerait ellemême sa condamnation. » Qui parle ainsi ? Le conseil de l'Ordre du Grand-Orient (1).
La secte viendra à bout de ses entreprises, jelle ruinera tout l'ordre religieux, tout l'ordre civil, tout l'ordre familial, si le public continue à prêter l'oreille à elle et à ses organes. Comme le disait un jour Léon XIII aux pèlerins français, la chose la plus urgente est de nous débarrasser du joug de la francmaçonnerie. Et surtout du joug intellectuel, qui, depuis deux siècles pèse sur nous. Or, pour en débarrasser le pays, il faut d'abord que chacun y soustraie son propre cou. Personne n'y portera les mains avant d'avoir constaté la présence de ce joug sur ses épaules. Il faut donc faire voir à chacun qu'il en est chargé, et lui montrer qu'il a contribué à en charger ses frères, afin de lui donner la volonté de s'en défaire et de les aider à s'en défaire à lour tour.
Qu'est-ce donc que le Maçonnisme? C'est au fond, comme nous l€ verrons dans la seconde partie de cet ouvrage, l'esprit naturaliste.
La franc-maçonnerie poursuit la substitution de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel, dans les idées et dans les mœurs, dans les personnes et dans les
i. Extrait de la circulaire da Conseil de l'Orire du 15 février 1904, au sujet de la modification de l'article 1er de la Constitution. Publié dans La Grand-Orient^ de France ses doclrines et ses actes, par Bidegain, pp. 15-18..
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institutions. Le maçonnisme est cette substitution, à ses divers degrés d'avancement dans les âmes et dans la société.
Du côté du cœur, il trouve les portes ouvertes devant lui. La nature est en chacun de nous avec les concupiscences et les passions que le péché y a perverties. « Ah! fidèles, s'écrie Bossuet, ne craignons pas de confesser ingénument nos infirmités, avouons que notre nature est extrêmement languissante. Quand nous voudrions le dissumelr ou le taire, toute notre vie crierait conti'e nous... D'où vient que tous les sages s'accordent à dire que le chemin du vice est glissant? D'où vient que nous connaissons par expérience que non seulement nous y tombons de nousmêmes, mais encore que nous y sommes entraînés? au lieu que pour monter à cette éminence où la vertu établit son trône, il faut se raidir et bander les nerfs avec une incroyable contention. Après cela, est-il malaisé de connaître où nous porte le poids de notre inclination dominante? et qui ne voit que nous allons au mal naturellement (1) ? » « Cette maudite concupiscence, dit-il ailleurs, corrompt tout ce qu'elle touche (2) ». Et ailleurs encore il signale jusque dans les saints « cet attrait du mal ». (3).
La franc-maçonnerie ne se tiompe pas en plaçant ses espérances sur la perversion du cœur humain. « Le rêve des sociétés secrètes, disent les Instructions de la Haute-Vente, s'accomplira par la plus simple des raisons, c'est qu'il est basé sur les passions- humaines. » Tous les hommes, sans exception,
1. Sermon pour le jour de la Pentecôte. Œuvres oratoires de Bossuet. Edition critiqne complète, par l'abbé Lebarcq, I, 544.
2. Ibid. Sermon sur la Nativité de la Très Sainte Vierge, p. 177.