Sermon pour le jour de Pâques, p
se sentent, à certains moments, du moins par les tentations qu'ils éprouvent, de connivence avec le parti qui veut rendre à la nature l'empire que le paganisme lui avait reconnu et que le chris'ianisme travaille à lui ravir. Cette disposition qui prépare la réalisation des desseins de la secte, peut bien être appelée maçonnisme, maçonnisme du cœur, qui fait incliner l'homme vers tout ce qui flatte la nature, et le fait contribuer dans la mesure où il s'y abandonne, au triomphe que la secte veut lui procurer sur le surnaturel. L'homme vertueux ne lui apporte qu'un faible concours, parce qu'il combat plus qu'il ne cède; mais la multitude, affamée de jouissances, a toujours l'oreille tendue vers qui lui promet de lui en donner, et elle est toujours prête à se ruer sur ses pas.
On peut encore appeler maçonnisme du cœur cette pusillanimité qui empêche tant d'honnêtes gens, tant de bons chrétiens de se montrer ce qu'ils sont. Tandis que les méchants s'affichent et affirment avec audace les erreurs politiques, sociales et religieuses qui nous mènent à l'abîme, les bons sont mus par des peurs qui se résument dans celle d'être pris pour ce qu'ils sont. Que de fois on a vu cette crainte amener au point de dire et même de faire ce que l'adversaire veut faire dire et faire faire!
Quand M. Boni de Castellane soulevait contre lui la presque unanimité des conservateu.s de la Chambre en protestant contre la visite du président de la république au roi d'Italie, la grande majorité de ces conservateurs ne pouvait pas, au fond, ne pas penser un peu comme M. de Castellane; mais la terreur de paraître clérical était là, et ce qu'il y a, au monde, de plus irréfluctîblo, c'est la terreur. Que M. de Castellane eût proposé à ses collègues n'importe
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qfuoi, ils l'eussent peat-ètre suivi. Mais il leur proposait de se faire appeler « papalins », quand Je Bloc leur reprochait de l'être? Il allait d'avance, et sûrement, à une défaite retentissante.
Que de gens chez lesquels on trouve ce penchant à suivre l'ennemi, cette terreur de passer pour des imbéciles, s'il leur arrivait de faire acle d'indépendance et de jugement!
Au maçonnisme du cœur, vient se joindre le maçonnisme de l'esprit. 'Il est devenu, de nos jours, presqu'aussi général et il est bien plus dangereux, parce que, n'éveillant point autant que le premier les susceptibilités de la conscience, beaucoup s^y laissent entraîner, souvent sans le savoir, et s'y abandonnent sans remords. Il est aussi plus propice à la secte, il la seconde plus efficacement^ car les idées ont un empire plus étendu et plus durable que les mœurs. Aussi s'y applique-t-elle avec un soin tout particulier. « Il faut, — est-il dit dans les Instructions que la Haute-Vente doit transmettre et faire passer de proche en proche, — il faut glisser adroitement dans les espri's les germes de nos dogmes. »
L'action exercée sur la jeunesse par ceux qui l'instruisent ou qui l'approchent, tant recommandée aux Quarante et par eux à toute la secte, pontribue assurément, pour une grande part, à la corruption des idées dans la société chrétienne. L'empreinte reçue aux premiers jours de la vie s'efface difficilement et l'homme conserve généralement, dans l'àge mûr, les préjugés qui ont d'abord pris possession de son intelligence.
Pour les adultes, c'est par la presse et par les tribunes de tout genre et de tout ordre, que se fait la contagion du maçonnisme.
Ne vous est-il point arrivé de rentrer, après quelque interruption, en relations avec des personnes que vous avez connues parfaitement chrétiennes d'idées et de sentiments. Quelques instants d'entretien vous font demander : Est-ce bien l'ami d'autrefois? Il ne voit plus les choses sous le même aspect, il n'use plus du naême critérium pour les apprécier et les juger; et ses jugements nouveaux lui inspirent d'autres sentiments; il n'aime plus ou il n'aime plus autant ce qu'il aimait autrefois, il ne déteste plus ce qu'il détestait; sa conduite, qui s'inspirait en ce temps des principes de la foi, est guidée aujourd'hui par un rationalisme plus ou moins avoué.
D'où vient ce changement? Le plus souvent de l'effet produit sur son esprit par le journal gu'il a l'habitude de lire. Par les journaux se produisent dans le public des courants d'opinions, des manières de penser et de faire qui gagnent de l'un à l'autre et finissent par constituer l'atmosphère morale où touB se trouvent plongés, l'air ambiant que tout respirent. Les livres, les romans, les ouvrages de vulgarisation scientifique, les conversations et les exemples le vicient de jour en jour et en font un poison dont les tempéraments les plus vigoureux ont peine à se défendre. Que de familles catholiques s'administrent à elles-mêmes le maçonnisme, franc ou raffiné, par les publications auxquelles elles s'abonnent inconsilérément! Aussi sont-ils bien rares aujourd'hui les esprits entièrement vides et purs de naturalisme, de rationaUsme et de libéralisme, autrement dit, d'esprit maçonnique.
La secte se vante de .répandre la lumière dans le monde. Ce mot peut servir à faire bien comprendre ce qu'est le maçonnisme et comment il arrive à
pénétrer plus ou moins dans tous les esprits. La, lumière est directe ou diffuse. Là où le soleii envoie ses rayons sans rencontrer d'obstacle, elle est elLemême dans la plénitude de son être et dans toute sa. puissance. Mais lorsqu'elle rencontre un écran, elle s'infléchit, se répand obliquement dans les lieux circonvoisins et s'atténue de plus en plus à mesure qu'elle s'éloigne du point d'incidence, du foyer que les rayons directs alimentent. Ainsi ia maçonnerie, ce foyer ténébreux d'erreurs et de perversité antichrétiennes, étend son influence bien au delà de ses Joges, répand la nuit dans les intelligences même très distantes de son action, imprègne tellement la société d'idées fausses, que toutes les erreurs se propagent aujourd'hui comme d'elles-mêmes.
Le maçonnisme intellectuel, c'est donc un ensemble d'idées émanées de la franc-maçonnerie, répandues par elle dans l'atmosphère des esprits, respirées et bientôt tenues, professées et pratiquées par une multitude de personnes qui ne peuvent être appelées « maçons », puisqu'elles ne sont pas inscrites sur les registres d*aucune loge, qu'elles ne se sont pas fait initier, • qu'elles n'ont point prêté serment à la secte; mais qui lui appartiennent par les idées qu'elles ont accueillies dans leur intelligence et qu'elles propagent autour d'elles, par leurs écrits, par leurs discours et par leurs actes, par l'influence qu'elles exercent sur l'opinion, sur la vie de famille, sur l'enseignement, sur les divertissements publics et les œuvres sociales, sur la législation et les relations internationales, sur tout, en un mot, et qui contribuent ainsi puissamment au progrès de l'œuvre maçonnique qui est la ruine de la société.
Un Espagnol, Don Sarda y Salvaûy, dans Un livre
intitulé : Le Mal social, ses causes, ses remèdes, a appelé l'attention sur quelques-unes des questions où l'esprit maçonniqfue s'est le plus donné carrière et a fait les ravages les plus pernicieux. Les principaux objets de ses observations sont : la religion, l'Etat, la famille, l'enseignement, etc., etc.
1° La religion. Nous avons entendu la maçonnerie dire dans ses loges qtie le but auquel doivent tendre tcms ses efforts est d'anéantir la religion, et même toute idée religieuse. En public, elle se contente, généralement parlant, de mettre dans les esprits cette persuasion, que la religion est affaire purement individuelle dont chacun décide dans son for intérieur : l'homme est libre de servir et d'adorer Dieu de la manière qui lui paraît la meilleure. Par là elle accrédite, elle propage l'indifférentisme religieux qui devient bientôt l'absence de toute religion; elle proclame la liberté de conscience, la liberté des cultes et le droit de les discréditer. Beaucoup de conservateurs se laissent séduire au point d'appeler ce maçonnisme un progrès.
2° L'Etat. L'erreur relative à l'Etat qu'adopte le maçonnisme est celle-ci : l'Etat çst souverain, d'une souveraineté absolue. C'est en lui-même, et non en Dieu, qu'il trouve la source de son autorité. Il n'a à reconnaître d'auti'e sujétion que celle que lui imposent ses propres lois. Il est l'auteur du droit, non seulement dans son domaine, mais dans celui de la famille, de la propriété, de l'enseignement. Il fait les lois, et ces lois qui disposent ainsi de toutes choses ne peuvent émaner d'une autre autorité que de la sienne. Ce que la majorité des suffrag'^s déclare bon est bon, ce qu'elle déclare vrai est vrai. Devant ses arrêts, il n'y a qu'à courber la tête, alors même qtie les droits de la conscience chrétienne sont outra-
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gés. Cela est maintenant admis par la multitude. Pour elle, dès que le mot « loi » est prononcé, tout est dit.
3° La famille. Le maçonnisme approuve l'institution du mariage civil et tout ce qui en résulte, c'est-àdire qu'il accepte que l'Etat s'attribue le droit de sanctionner, l'union de l'homme et de la femme, d'en déterminer et d'en prescrire les conditions, de dissoudre le lien conjugal comme il l'a formé. Il admet que l'Etat se substitue à Dieu qui a institué le mariage à l'origine des choses, à Notre-Seignetir Jésus- Christ qui l'a élevé à la dignité de sacrement, à l'Eglise le fondé de pouvoirs de Dieu et du Christ, pour le réglementer, le reconnaître et le bénir.
4° La puissance paternelle. Le maçonnisme considère l'exercice de l'autorité paternelle comme n'appartenant aux parents qu'en vertu d'une concession supposée de la loi civile qui peut le restreindre ou l'étendre à son gré. Il reconnaît comme légitimes les droits q;ue l'Etat s'arroge sur l'éducation des enfants et la répartition des héritages.
5° L'éducation. En fait d'éduca'ion et dans la direction qu'il lui donne, le maçonnisme part du principe de la perfection originelle. L'enfant, selon lui, est naturellement porté au bien et n'a qu'à suivre ses inspirations pour être bon et vertueux. Cela est contredit, comme l'observe M. Le Play, par la plus grossière des nourrices, comme par la plus perspicace des mères. Elles constatent à chaque instant que la propension au mal est prédominante chez le jeune enfant. N'importe, le maçonnisme ne s'appuie pas moins sur ce faux dogme pour faire consister toute l'éducation dans l'instruction, pour interdire la correction, pour écarter l'enseignement religieux, pour développer le sentiment de l'orgueil, et stimuler l'ambition.
Dans l'enseignement, le maçonnisme n'admet pas que la science soit subordonnée au dogme, la vérité présumée et hypothétique à la vérité fixe et absolue (1). Il n'admet pas que celle-ci serve de pierre de touche pour vérifier celle-là. Le maçonnisme trouve bon que l'enseignement soit obligatoire et neutro, c'est-à-dire que l'Etat fasse passer toutes les âmes sous le laminoir de son enseignement pour les maçoniser toutes; et s'il proteste contre le monopole absolu de l'enseignement, s'il veut que soit conservée une certaine liberté permettant d'échapper à l'enseignement de l'Etat, il trouve juste qUe celui qui veut en user, non seulement se le procure à ses frais, mais soit tenu de contribuer à renseiççnement neutre; il trouve bon que l'Etat ait le monopole des examens, qu'il ait le contrôle des livres de l'enseignement libre, qu'il ait son Index et que par la il s'ingère très avant dans l'enseignement piétendu libre. Que l'Eglise enseigne ses dogmes à celui qui est baptisé et exige de lui l'adhésion de la Foi, le maçonnisme appelle cela oppression despotique, servitude de la pensée, mais si l'Etat impose l'athéisme, c'est à ses yeux, chose libérale.
6° La propriété. Le maçonnisme reconnaît à TEIat le pouvoir de déclarer nul le droit Je propriété, lorsqu'il a pour objet les biens ecclésiastiques, la plus sacrée de toutes les propriétés. Il lui reconnaît le droit de faire des lois nour la transmission et la jouissance de la propriété privée, et par là il achemine les esprits et les institutions vers le socialisme d'Etat.
7° La bienfaisance. Le maçonnisme détourne l'attention et le cœur de l'homme des besoins principaux
1. On voit à chaque instant les théories scientifiques les plus autorisées, les plus universellement acceptées, être rangées tout à coup parmi les fiaradoxes.
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du pauvre, de ceux de son âme. Il ne voit en lui que le corps, et parmi les œuvres de miséricorde, il n'admet que celles qui ont le corps pour Oibjet. Il veut que le pain donné pour apaiser la faim, le vêtement destiné à couvrir la nudité, la visite faite à l'indigent ou à l'infirme, le remède offert au malade, n'aient d'autre fin que le soulagement corporel;^ il ne veut pas qu'au-dessus de cette fin immédiate, il y en ait une autre : édifier l'âme, la perfectionner, l'aider à obtenir les biens qui lui sont propres, la vérité, la grâce de Dieu, le bx)nheur éternel. Et c'est pourquoi, s'il trouve mauvaise la laïcisation des hôpitaux, des hospices, des orphelinats, c'est uniquement parce qu'il constate expérimentalement que les soins des laïques ne valent pas ceux des religieux. Il ne regrette point l'absence des secours spirituels, il ne les reconnaît point comme bienfaisants.
Le maçonnisme tarit la vraie source de la bienfaisance en dédaignant le vrai, le principal motif qui doit la déterminer : l'amour de Dieu. Il veut que l'on aime l'homme pour l'homme; il appelle cela de la philanthropie, il l'oppose à la charité divine. Pour obtenir le concours à ses œuvres de philanthropie, le maçonnisme, ignorant ou dédaignant les motifs d'ordre supérieur, a recours à divers moyens, tous atJssi misérables les uns que les autres. II s'efforce de stimuler la sensibilité naturelle, mais l'égoïsme lui répond en faits, sinon en paroles, qu'il est moins désagréable de voir souffrir son prochain que de s'imposer à soi-même des sacrifices. Il ouvre des souscriptions publiques, et il se sert du respect humain pour y faire contribuer par la crainte du ridicule et de la censure. Il organise des fêtes de bienfaisance, marchés publics de sensualité, où l'on prend occasion du malheur des autres pour se procurer du plaisir.
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8° L'art n'est pas plus que le reste hors des atteintes du maçonnisme. L'^art qu'il patronne, qu'il exalte est celui qui exprime et qui surexcite les concupiscences qui animalisent l'homme, au détriment de celui qui exprime les sentiments qui ennoblissent l'âme humaine, qui relèvent sa dignité. Le maçonnisme est, à l'heure actuelle, tout à fait dominant dans l'art. La poésie et le chant, la peinture et la sculpture s'attachent de nos jours à flatter les sens, à amener les hommes à chercher leurs joies dans ce qfui les avilit et les souille, au lieu de les élever aux joies de l'intelligence et de l'âme.
Immense est l'influence du maçonnisme artistique et littéraire. Il atteint toutes les classes de la société, même les plus infimes, par le feuilleton, l'affiche^ les statues officielles, et les amusements publics qui ne sont plus autre chose qu'une grande entreprise de corruption générale.
On le voit, le maçonnisme s'étend à tout. A l'heure actuelle, sa contagion est si puissante et si étendue que quiconque voudra rentrer en lui-même, faire l'inspection de ses idées et de ses sentiments, devra reconnaître qu'il en est plus d'un et plus d'une qui sont altérés en lui, qu'il n'a pas conservé entière la pureté de la doctrine et du sens catholique.
C'est par cet affaiblissement graduel, méthodique, que la secte espère arriver peu à peu à. anéantir l'idée chrétienne dans le monde.
Le journal V Opinion nationale écrivait, sous le règne de Napoléon III : « Il existe en certaines parties de l'Afrique et de l'Amérique un insecte d'une activité et d'une fécondité effrayantes : le pou de bois. C'est une bête molle, blanchâtre, sans résistance, organisée qu'elle est pour vivre dans les ténè-
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bres. Cependant, lorsqu'elle s'attaque aux habitations, il faut toujours finir par lui* céder la place. Rien ne peut l'arrêter. Sans bruit, elle ronge solives, poutres, madriers et jusqu'à la rampe de l'escalier. Vous appuyez dessus sans défiance : le bois cède, sous les doigts. Les poux vont ainsi creusant, creusant avec une activité incroyable et se multipliant chaque nuit par milliers. Ils avancent. Au dehors nulle trace; tout conserve l'apparence de la solidité, jusqu'à ce qu'un jour, au premier souffle de la tempête, la maison tombe en poussière sur ses habitants surpris et montre, au grand jour, l'innombrable et immonde fourmilière des poux, grouillant sur les ruines. »
Cette vermine, sous la plume de yOpinion nationale, c'était les Petites Sœurs des Pauvres, les Filles de Saint-Vincent de Paul et autres congréganistes. N*est-il pas plus juste de voir sous cette figure le maçonnisme et son œuvre? Les idées qui le constituent sont bien ces termites. Elles se répandent de proche en proche dans la société, la minent sans que l'on s'en aperçoive. Au jour de la tempête 'révolutionnaire, on la verra tomber; et tous, ceux qui auront propagé ces idées, comme ceux qui n'auront point réagi contre elles périront sous ses ruines.
Combien de personnes, si elles voyaient ce travail obscur de destruction, reculeraient d'effroi! Et c'est pourquoi il est nécessaire et charitable de leur ouvrir les yeux, de leur apprendre à traduire devant leur conscience les idées qui hantent leur intelligence, et à se demander si, de cet examen, il ne résulte pas qu'elles appartiennent, du moins par quelques tendances de leur esprit, à l'âme de la franc-maçonnerie.
Car de même que l'on distingue dans l'Eglise de Dieu le corps et l'âme, et que l'on peut être du
corps sans être complètement de l'âme, et réciproquement de l'âme sans être du corps; ainsi en va-t-il du Temple de Satan. Le corps, ce sont les loges et ceux qui s'y sont inscrits, l'âme, c'est le libéralisme et le rationalisme, en un mot le naturalisme. Tous ceux qui en tiennent appartiennent à l'âme de la secte dans la mesure où ils se sont laissé déchristianiser l'esprit ou le cœur, ou le cœur et l'esprit.