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— il serait aussi grand que le Moïse de Saint- Pierre-aux-Liens. A les voir assis, le Pape et Moïse, on juge de leur taille s'ils étaient debout! Il a COMPRIS que, si son Eglise ne marchait pas avec la société moderne — la société moderne marcherait sans son Eglise. » Ce que le Figaro disait, toule la clientèle des Ignotus, des Wolff, des Grandlieu, des Millaud, etc., en un mot, tout le catholicisme libéral le pensait.
C'est Lamennais qui est le père et le chef de l'école à la fois catholique et révolutionnaire de la pacification, de la conciliation, de l'adaptation, de l'union enfin et de la fusion entre le Christianisme et la Révolution. Selon lui, il n'y a de salut pour l'Eglise dans l'avenir que là. Il faut qu'elle s'harmonise avec la liberté moderne, disons mieux avec le libéralisme qui est l'hérésie des hérésies,
« C'est ici, dit M. Chapot, le point culminant de la séduction libérale. Il ne saurait y avoir rien audelà. Faire croire aux bons, faire croire au clergé que le salut nous viendra du libéralisme, c'est l'apogée et le triomphe de la Révolution.
» Voilà plus de soixante-dix ans que cette nouvelle manière de comprendre les intérêts de l'Eglise a tout envahi. Elle trône au sein des académies, elle siège dans les sanctuaires, elle a toutes les faveurs de l'opinion publique; on la considère comme la garantie certaine, infaillible, de la victoire prochaine de l'Eglise sur la terre,
» Grâce à l'ingénieuse distinction entre la thèse et l'hypothèse du libéralisme, l'évolution des catholiques sur le terrain révolutionnaire du droit commun, des droits de l'homme, de la liberté pour tous, du ralliement aux idées, aux institutions politiques et sociales du monde moderne, s'est accomplie. L'armée
chrétienne est passée tout entière, av^c armes et bagages, sous les étendards du libéralisme et de la Révolution. C'est ainsi que les catholiques de France se sont jetés, tête baissée, dans le piège suprême da Satan. Cet aveuglement est si profond et a une portée si considérable, qu'on peut à bon droit le considérer comme le fait capital de la Révolution, et un des plus malheureux, quant à ses conséquences, de toute l'histoire humaine.
» La confusion envahit tous les esprits, même les meilleurs. On en est venu à ne plus distinguer nettement les caractères du règne de Satan de ceux du règne de Jésus-Christ, les principes du christianisme, des principes de l'hérésie de Satan (1). »
Heureusement Rome est toujours là.
La. lettre du Pape au cardinal Gibbons vint condamner cette proposition : « Pour ramener plus facilement à la vérité catholique les dissidents, il faut que l'Eglise s'adapte davantage à la civilisation d'un monde parvenu à l'âge d'homme et que, se relâchant de son ancienne rigtieur, elle se montre conciliante à l'égard des aspirations et des exigences des peuples modernes. » C'était, sous une nouvelle forme, la dernière des propositions que le Syllahus de Pie IX a condamnées : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »
Au lendemain de la publication de cette Encyclique, le 24 mars 1899, le Temps, l'un des organes du protestantisme, vint dire aux conciliateurs de ne point renoncer cependant à leur projet : « Ceux qui, dans le clergé comme chez les laïques, cherchent un renouveau, une action sociale plus profonde, une en-
1. Revue catholique des Institutions et du Droit, septembre, 1904. N. 9, p. 202.
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tente plus cordiale avec la société moderne, n'ont aucune raison de se décourager. » La Civilta cattolica disait, elle : « Celui qui louvoie, celui qui tâtonne, celui qui s'adapte au siècle et transige, celui-là peut se donner à lui-même le nom qu'il voudra, mais devant Dieu, et devant l'Eglise, il est un rebelle et tm traître. » Rebelle, parce qu'il veut aller à l'encontre des directions séculaires de l'Eglise; traître, parce qu'il fait le jeu des ennemis de l'Eglise.
On ne saurait dire s'il est une seule des possessions de l'Eglise où le recul ne lui soit demandé pour arriver à la conciliation : l'Ecriture Sainte ne devrait point maintenir intacte son inspiration, sa véracité, son authenticité; la théologie devrait diminuai le nombre de ses dogmes et les soumettre au contrôle du scientisme; la philosophie, se kantiser; la politique, consacrer la souveraineté du peuple; l'économique, faire trouver le ciel ici-bas, etc., etc. A toutes et à chacune de ces prétentions, Léon XIII a répondu par ses immortelles encycliques. La première, Inscrutabili, a dit que la civilisation qui répugne aux doctrines de l'Eglise n'est qu'une fausse civilisation; celle commençant par les mots Quod apostolici a repoussé les conclusions pratiques auxquelles cette fausse civilisation doit aboutir : le socialisme, le communisme, le nihilisme, qui veulent établir l'ordre social sur l'égalité de tous les hommes, c'est-à-dire le renversement de toute hiérarchie,^ l'abolition du mariage et de la famille, la négation du droit de propriété. Les Encycliques suivantes sont revenues sur chacune de ces bases de l'ordre social : Arcanum divinœ sapientiœ, sur le mariage et la famille; Diuturnum, sur le pouvoir civil; Immortale Deij sur la constitution chrétienne des Etats; Liber-
tas prœstantissimum, sur la vraie notion de la liberté : Sapientiœ christianœ, sur les devoirs civiques des chrétiens; Rerum Novarum, sur la paix sociale et les moyens de l'obtenir; Aeterni pairiSy sur la philosophie; Frovideyitissimus Deus, sur l'Ecriture Sainte, etc., etc.; et au centre de cette sphère d'où la lumière rayonne sur toutes les questions agitées de nos jours, l'Encyclique sur l'Eglise, dépositaire et docteur de toutes les vérités, et celle sur la franc-maçonnerie, fo^er de toutes les erreurs.
« Nous faisons tous nos efforts, disait Léon XIII aux pèlerins de Malte, le 22 mai 1893, pour ramener sur le droit chemin la société humaine »; et dans une lettre adressée le 6 janvier 1896 au cardinal Langénieux, il exhortait en ces termes tous les catholiques à seconder ses efforts : « Les calholiques doivent s'affirmer comme des fils de lumière, d'autant plus intrépides et plus prudents qu'ils voient une puissance ténébreuse mettre plus de persistance à ruiner autour d'eux tout ce qui est sacré et bienfaisant; ils doivent prendre avec clairvoyance et courage, conformément à la doctrine exposée dans nos Encycliques, l'initiative de tous les vrais progrès sociaux, se tenir au premier rang parmi ceux qui ont l'intention loyale, à quelque degré que ce soit, de concourir à faire régner partout, contre les ennemis de tout ordre, les éternels principes de la justice et de la civilisation chrétienne. »
Le refus de conciliation opposé par l'Eglise aux ennemis de tout ce qui constitue l'ordre, ne porte donc que sur l'erreur et le mal 'qu'elle ne peut consacrer, même au degré le plus infime. A cela, son opposition est à tout jamais irréductible. Mais c'est une perfidie de la secte, qui voudrait la conciliation dans l'erreur et le mal, de faire croire que l'Eglise
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a en horreur les découvertes de la science moderne et leur application aux usages de la vie.
L'apôtre saint Paul a dit : « Nolite conformari huic sœculo (1). Ne vous conformez pas au siècle présent. » Et l'apôtre saint Jacq'ues : « Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » Jamais l'Eglise ne mettra ces paroles en oubli.
Les Instructions donfiées aux Quarante, sur les moyens à employer pour corrompre l'esprit public, furent si bien suivies et eurent tant de succès que, dix ans après leup rédaction, le pape Pie VIII dut déplorer, dans son Encyclique du 24 mai 1829, le mal qu'elles avaient déjà fait.
Le 23 janvier 1844, Gaétan écrivait à Nubius : « Dans l'espace d'un petit nombre d'années, nous avons fait beaucoup de chemin. La désorganisation règne partout, au Nord comme au Midi, dans le cœur des nobles comme dans celui des prêtres. Tous ont fléchi sous le niveau que nous voulons imposer à l'humanité pour l'abaisser. Le monde est lancé sur la voie de la démocratie. »
Gaétan prenait ses désirs pour des réalités. Non, il n'était pas vrai de dire que tous avaient fléchi sous le niveau que la maçonnerie veut imposer à l'humanité pour l'abaisser. Il y en avait pourtant, et il y en avait assez pour que l'année suivante, le 4 août 1845, le cardinal BernetLi, dont la perspicacité avait effrayé Nubius, ait pu écrire à l'un de ses amis :
« Un jour viendra où toutes ces mines chargées de poudre constitutionnelle et progressive éclateront. Fasse le Ciel qu'après avoir vu tant de révolutions et as-