‹ La conjuration antichrétienneChapitre 39 sur 92 · I. - NEF POLITIQUE · texte numérisé non relu

I. - NEF POLITIQUE

Aux premières pages de ce livre, nous avons vu qu'il y a deux façons d'envisager la vie présente :

Comme ayant sa fin en elle-même.

Comme préparant à la vie éternelle.

Ces deux manières de voir ouvrirent la voie à deux civilisations :

La civilisation chrétienne.

La civilisation humanitaire.

Toujours elles ont été en conflit. Mais ce conflit qui, depuis l'apparition du christianisme n'avait cessé d'exister dans le cœur de l'homme, est devenu public, social, du jour ou les humanistes ont fait porter les regards en arrière, vers le paganisme et se sont proposé de le restaurer.

Une société secrète s'est formée pour pours'uivre la réalisation dans la société chrétienne de l'idéal nouveau, ou plutôt de l'idéal ancien : jouir et mou-

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rir, — en opposition à l'idéal que le Christ et son Eglise nous avaient fait admettre : mériter et vivre éternellement en participation de la nature divine, de sa béatitude et de sa gloire.

Nous avons suivi les développements de cette société depuis le XV^ siècle jusqu'à nos jours, ses transformations et son action incessante pour détruire tout l'état de choses existant : action politique, renversant et élevant les princes et les régimes, selon qu'elle pouvait ,ou non les inspirer, les gouverner, les faire servir à la réalisation de ses desseins; en même temps, action morale sur les peuples par la corruption des idées et des mœurs. Nous avons suivi cette double action incessamment mise en œuvre et courant de succès en succès, grâce à un merveilleux organisme supérieurement manié.

Nous avons à voir maintenant ce que la Franc- Maçonnerie poursui*^, ce à q^uoi elle veut aboutir.

Déjà, par leurs correspondances et par les papiers saisis à Munich et à Rome, nous avons entendu Voltaire et les Encyclopédistes, Weishaupt et les illuminés, Nubius et ses conjurés se confier les Uns aux autres leurs desseins, et nous en avons vu un premier essai de réalisation de 1789 à 1800. Nous assistons, depuis 1830, et ^surtout depuis 1875 à un second essai, plus prudemment conduit, plus astucieux, et par là se tenant plus assuré d'aboutir.

Quel doit être cet aboutissement? C'est la q^uestion qui se pose maintenant et à laquelle nous es:ayerDns de répondre.

Disons d'abord qu'il serait erroné de croire que tous les Francs-Maçons connaissent explicitement l'œuvre à laquelle ils collaborent. Cette connaissance n'est point donnée complètement même aux ini'.iés des Hauts Grades, même à ceux des arrière-loges. Cha-

cun, OU pMtôt chaq;uo équipe fait l'œuvre qui lui est assignée, à la place qui lui a été marquée, auprès des princes et du clergé, auprès des parlementaires et des fonctionnaires, auprès des journalistes et des professeurs, auprès des magistrats et des officiers, et encore au sein de la multitude. Mais en accomplissant la tâche qui leur est imposée l'individu, l'équipe ignorent la place que l'œuvre particulière à laquelle ils coUaLorent, occupe dans le p'an général, car ils n'en ont point le tracé complet sous les yeux.

Ce plan est double : destruction et réédification : destruction de la cité chrétienne, édification de la cité maçonnique. La destruction nous en avons vu les travaux et les ruines dans les pages qui précèdent. Nous devons maintenant assister à l'édificL^tlon du Temple. • .. Les mêmes ouvriers, !es mêmes maçons sont employés à ce second travail, mais ici apparaîtront dans une plus grande lumière les maîtres de l'œuvre, et au-dessus d'eux le Grand Architecte.

« Il est absurde, a dit M. Aulard, professeur d'histoire révolutionnaire à la Sorbonne, de continuer à dire : nous ne voulons pas détruire la religion quand nous sommes obliges d'avouer d'autre part que ce. te destruction est indispensable pour fonder rationnellement la cité nouvelle politique et soci:h. Ne disons donc plus : nous ne voulons pas détruire la religion; disons au contraire : nous voulons détruire la religion, afin de pouvoir établir en son lieu et place la cité nouvelle. »

Ordinairement en effet on ne démolit que pour réédifier : c'est bien la pensée de la secte qu'a traduite M. Aulard. Elle veut élever un nouvel ordre de choses sur les ruines de l'ancien. Elle a son idéal, elle en poursuit la réalisation. Quel ost-il? Elle lui a

donné un nom : le Temple. C'est pour rédification de ce Temple que, depuis des siècles, elle recruté des maçons.

Que doit être ce Temple?

Le divin Sauveur, apportant à la terre la conception chrétienne de la civilisation, n'a pas voulu l'abandonner aux hasards que court nécessairement une idée laissée à elle-même, et par conséquent livrée flottante au souffle des fantaisies et des passions humaines. Il l'a remise aux mains de la société qu'il a élevée sur Pierre, et il a donné à celle-ci la charge de maintenir sa doctrine dans sa pureté, de la défendre contre les idées contraires, de la propager dans le monde et de lui faire porter des fruits de vie. Aussi, le divin Maître s'est-il comparé à un architecte : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Pour mieux marquer son opposition, Satan s'est fait appeler le « Grand Architecte (1) », et en face

1. Le Grand Architecte est une de ces expressions que la franc-maçonnerie excelle à créer, et qui ont pour elle le grand avantage que tous peuvent les accepter, parce que chacun les comprend selon ses propres idées. Pour les juifs et les déistes, le Grand Architecte de l'univers, c'est le Créateur du monde; les chrétiens peuvent y voir, s'ils le veulent, la Très Sainte Trinité; pour les initiés, c'est la Nature; au dernier degré d'initiation, c'est Lucifer, le Porte-lumière.

Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il possède la lumière de la vie : croyez à la lumière, afin que vous soyez les fils de la lumière ». Ici encore apparaît la contrefaçon. La maçonnerie se dit posséder la lumière; ses loges sont le lieu de la lumière, elle appelle à elle les hommes afin de leur communiquer la lumière dans ses initiations, et son maître et son prince est Lucifer, l'astre déchu.

de l'Eglise il construit un « Temple ». Comme TEglise, ce Temple est à la fois esprit et corps : corps, une société, la maçonnerie; esprit, une idée que la société a la mission de propager dans le monde et de réaliser par des institutions.

Cette idée est une conception de l'ordre social opposée à celle que le christianisme a fait prévaloir.

« Il ne s'agit de rieii moins, dit Findel, que d'une réédification de la société sur des bases entièrement nouvelles, d'une réforme du droit, d'un renouvellement complet du principe de l'existence, notamment du principe de la communauté, et des relations réciproques entre l'homme et ses semblables (1) ».

Rabaut-Saint-Etienne avait dit avant lui, à la tribune de la Constituante : « Pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses mœurs, changer les hommes, changer les choses, tout détruire, oui, tout détruire, puisque tout est à recréer. »

Voilà ce que la franc-maçonnerie se propose d'obtenir par la Révolution, qui en est aujourd'hui au second acte en attendant le troisième. Rien ne peut être imaginé de plus radical : faire disparaître le principe sur lequel repose actuellement notre existence et lui en substituer un autre; puis tirer les conséquences de ce changement : c'est-à-dire renverser les relations des hommes entre eux, réformer le droit, et réédifier la société d'après un principe nouveau.

Quelles sont donc les bases entièrement nouvelles sur lesquelles la société doit être réédifiée? Sur quel principe nouveau le droit social doit-il être réformé?

1. Les principes de la Franc-Maçonnerie dans la vie des peuples, p. 163.

Jean-Jacqties Rousseau l'a longuement exposé dans ses divers ouvrages, et tout le monde sait que c'est son Contrat social à la main que les hommes de 89 ont fait la Révolution, ont voulu une première fois faire place nette, pour édifier sur les ruines de la société chrétienne le Temple maçonnique. Les maçons du XX^ siècle reconnaissent le même maître que ceux du XVII^ siècle; leurs chefs ont le même idéal et poursuivent la réalisation du même plan. « Si un jour nous écrasons l'infâme, ce sera sous le Contrat social. » Cette parole fut dite au Congrès des loges du Nord-Ouest, tenu à Amiens en 1901, les 13 et 14 avril, par le F. • . Dutilloy, membre du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient (1). C'est donc à Jean-Jacques Rousseau qu'il faut recourir pour savoir ce que sera l'état social que la maçonnerie nous prépare.

Le principe sur lequel repose rexistence humaine a été, de tout temps et chez tous les peuples, celuici. « L'homme est naturellement un être sociable, et celui q^ui demeurerait à l'état isolé et sauvage serait un être dégradé (2). » C'est sur ce principe, posé de la main de Dieu au fond de la nature humaine, qu'elle vit depuis ses origines; c'est en observant ce qu'il prescrit, que la société s'est constituée et se maintient, que l'homme naît et grandit.

Le christianisme avait mis dans une plus parfaite lumière cette vérité, reconnue par la sagesse des nations, que la société sort spontanément de la nature humaine, qu'elle est le résultat de la consti-

1. Congrès des loges du Nord-Ouest, p. 24. Amiens, imp. Duchâtel.

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