‹ La conjuration antichrétienneChapitre 40 sur 92 · Aristote, Politique · texte numérisé non relu

Aristote, Politique

tution, de la manière d'être q^ue Dieu a donnée à l'homme. L'individu isolé est impaissant à se procurer ce dont il a besoin pour vivre et prenlro son développement; il ne peut le trouver q'ue dans le secours qu'il reçoit de ses scmbliblei et qu'en retour il leur donne, ^n un mot, dans les relations qui naissent de l'association. Et comme ses besoins sont multiples et divers, divers aussi sont les motifs et les fins pour lesquels il s'associe, multiples sont les aspects sous lesqtiels l'association se présente.

L'homme a das besoins physiques, des besoins intellectuels, des besoins religieux. En naissant, il se trouve ati seijn d'une sodété, la famille, qui défend sa fragile existence contre les agents extérieurs, et lui procure la nourriture qui maintient sa vie et peu à peu accroît ses forces ;

Mais la famille ne peut non plus se suffire; elle ne trouve poi^nt en elle les ressources nécessaires pour porter ses membres à la perfection à laquelle chacun peut atteindre au point de vue physiqne, aussi bien q^u'au point de vue intellectuel et religieux. Et c'est pourq'uoi la famille n'es' pas plus isolée qne l'individu : elle aussi naît et vit au sein d'associations plus vastes qtii l'environnent de leur probection, qui président aux intérêts généraux de bien-être matériel, de culture intellectuelle et de perfectionnement moral et religieux, qui sont dans les exigences ou du moins dans les aspirations de la nature humaine. Autant sont nombreuses et diyerses ces exigences ou ces aspirations, autant Tassociation prend de formes différentes pour que tous puissent atteindre les fins communes à l'humanité, et les fins spéciales propres aux aptitudes de chacun.

Les sociétés à fin particulière et contingente pren-

L'Église et le Temple. 3Î

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nent leur origine dans les conventions que font entre eux ceux q'ui poursuivent le même but.

Mais il n'en est point de même de la société appelée à conduire tous les hommes à leur lin dernière. Cellelà a nécessairement pour auteur le Dieu qui a assigné à l'homme ses destinées. De fait, Dieu l'a fondée aux origines, et la seconde Pei-sonne de la Très Sainte Trinité est venue au milieu des temps lui donner sa dernière perfection. Cette société se nomme la sainte Eglise catholique : catholique parce que, virtuellement du moins, elle embrasse tous les temps et tous les lieux et que tous les hommes sont appelés à en faire partie, Dieu voulant le salut de tous; sainte, parce que sa mission est de conduire les hommes à la sainteté : non pas seulement à la perfection morale, mais à un état surnaturel, à une certaine participation à la nature divine, à la vie divine, commencée ici-bas par la grâce sanctifiante, achevée par la gloire dans l'éternité des cieux.

La société civile tient le milieu entre l'Eglise et les associations particulières : elle est plus nécessaire que celles-ci, répondant à des besoins qui ne peuvent trouver en elles leur pleine satisfaction; elle ne peut être aUssi générale que celle-là, parce que les diverses tribus de la famille humaine, ayant des aptitudes et des caractères différents, demandent à n'être point gouvernées de la même manière. Dans la formation des sociétés civiles, il entre donc de la nécessité et de la convention, du divin et de l'humain; divin, ce qui est fondamental, ce qui vient des exigences de la nature; humain, oe qui est d'ordre secondaire ©t variable comme les tempéraments des peuples.

J.-J. Roussea:u s'inscrivit en faux contre ces don-

VERS UN ÉTAT SOCIAL NOUVJlAU 547

nées de la raison et de la foi ; et voici ce qu'il imagina, ce qu'il consigna dans tons ses écrits, et ce que la maçonnerie s'est donné la mission de réaliser. La société, l'état social, ne résulte point de la constitution de l'homme et de l'institution divine; c'est, dans le monde, une excroissance accidentelle et l'on pourrait dire contre nature, q'ui est survienne un beau jour par le fait des volontés humaines.

Les hommes vivaient à l'état de nature, dit J.-J. Rousseau, comme le font les sauvages, les animaux, et c'était l'âge d'or; état de liberté et d'égalité, où les fruits étaient à tous et la terre à personne, où chaque homme était citoyen de l'univers.

Pour passer de l'état de nature à l'état social, les hommes primitifs firent un pacte, un contrat, « le contrat social (1) ». D'une part, chaq;ue individu se remit, sa personne et tous ses droits, entre les mains de tous; d'autre part, tous garantirent à chacun une part égale des biens communs. L'individu donna à la société tout ce q;a'il a et tjut ce qu'il est, et la société admit l'individu à la communion de toute la chose publiqfue, de la république.

1. J.-J. Rousseau n'est point, à proprement parler, l'inventeur du contrat social. C'est un protestant, Hubert Languet, qui, dans le Vindiciœ contra tyrannos, sous le pseudonyme de Junius Brutus, exposa pour la première fois la théorie d'un « contrat », origine de la société.

11 est aussi absurde de supposer un pacte primitif fondamental de la société publique, qu'il serait absurde de supposer un pacte constitutif de la famille entre le père et les enfants. Bonald dénonce le cercle vicieux où tombe Rousseau : « Une loi, ne fût-ce que celle qui réglerait les formes à suivre pour faire la loi; un homme, ne fût-ce que celui qui l'aurait proposée, aurait toujours précédé cette prétendue institution du pouvoir, et le peuple aurait obéi avant de se donner un maître ». Bossuet avait dit avant de Bonald : « Bien loin que le peuple en cet état (sans loi et sans pouvoir) pût faire un souverain, il n'y aurait même pas de peuple ».

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« Les clauses du pacte social, dit J.-J. Rousseau (1), se réduisent toutes à une seule : V aliénation tota'!e de chaque associé avec tous ses droits à toute la communaJuté...- S'il restait qfuelques droits aux particuliers, l'état de nature s'ubsisterait et l'association deviendrait nécessairement vaine... L'aliénation se faisant sans réserye, l'union est aussi parfaite q^u'elle peut l'être, et nul associé n'a plus rien à réclamer. »

Voilà l'idée que la maçonnerie se fait de la société, voilà le plan sur leq;uel elle veut la reconstituer. Si longtemps que cela ne sera point compliètement réalisé, c'est-à-dire si longtemps que les individus prétendront conserver q^uelques droits, l'état social, tel que le contrat l'a fait, tel qu'il doit être, ne sera point jugé parfait; l'éLat de nature, auquel le contrat a voulu mettre fin, subsistera en quelque chose. Le progrès, c'est donc la marche vers l'absorption complète de tous les droits par l'Etat; plus de droits pour l'individu, plus de droits pour la famille, plus de droits à plus forte raison pour uue société quelconque qlii se formerait au sein de l'Etat, ou audessus de lui.

Dans la société démocratique rêvée par la Franc-Maçonnerie il n'y aura plus ou il ne doit plus y avoir que oes deux unités : l'individu et l'Etat. D'un côté l'Etat omnipotent, de l'autre, l'individu impuissant, désarmé, privé de toutes les libertés, puisqu'il ne peut rien sans la permission de l'Etat.

N'est-ce pas vers cela que nous marchons a grands pas? et cette conception de la société n'est-elle point l'explication, et, pour nos maçons, la justification de tout ce qui est actuellement fait ou tenté contre

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