‹ La conjuration antichrétienneChapitre 42 sur 92 · CHAPITRE XXXIX L'ÉTAT, SOUVERAIN MAITRE DE TOUTES CHOSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX L'ÉTAT, SOUVERAIN MAITRE DE TOUTES CHOSES

Le Temple que la maçonnerie veut édifier d'après le plan cfue J.-J. Rousseau en a tracé dans son Contrat social, c'est donc l'Etat souverain maître de toutes choses, absorbint en lui tous les droi's, aussi bien ceux des individus que ceUx de la famille, ceux des associations que ceux de l'Eglise.

C'est là, dira-ton, une utopie et une prétention aussi monstrueuse qu'irréalisable. Non, pour les maçons, pour les révolutionnaires, c'est l'idéal, el un idéal vers lequel on nous fait marcher à grands pas.

J.-J. Rousseau a dit qu'en vertu du contrat social qu'il suppose à la base de la société, contrairement à l'histoire et contrairement à la nature humaine qui n'en a que faire, tous les hommes appartiennent totalement à la collectivité, leur personne et leurs forces, leurs droits et leurs biens. C'est ce que Jes maçons veulent réaliser; c'est bien à cela que la Révolution veut aboutir; c'est cela et cela seul qui peut donner l'explication de la manière d'être et d'agir de l'Etat contemporain à l'égard de tout et de tous. En toutes choses, il s'applique à restreindre

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les droits particuliers : son dessein est de les supprimer entièrement.

D'abord et surtout, le citoyen n'a pas ]e droit d'être chrétien. « Rien, dit Taine, iriterprétajit la pensée fondamenta,le du Contrat social, n'est plus contraire que le christiajiisme à l'esprit social... Une société de chrétiens ne serait plus une société d'hommes, car la patrie du chrétien n'est pas de CE monde. » Il faut le ramener ici-bas, il faut enfermer ses penséçis dans la poursuite des intérêts terrestres, il faut qu'il soit tout entier à la société à laquelle il a été donné tout entier. Aussi, voit-on le catholique traité en emiemi dans l'Etat maçonnique.

Le citoyen n'a pa,s le droit d'être propriétaire. Tout ce qu'il a, aussi bien que tout ce qu'il est, est devenu bien social. Aussi, voit-on \& droit de propriété disparaître peu à peu devant les empiétements du socialisme d'Eta,t. Les impôts croissent et se multiplient sans cesse. L'utilité publique exproprie avec une conscience de jour en jour plus légère. Les lois s'essayent à répartir les gains entre patrons et ouvriers. L'Etat se fait partie prenante dans les ventes et les donations, et surtout dans les successions. Il parle maintenant d'impôts sur le revenu et d'impôts progressifs, destinés à niveler les propriétés, à égaliser les fortunes, ou plutôt à faire que l'Etat devienne seul et tunique propriétaire. Déjà, au XVIIIe siècle, il s'est emparé de toute la propriété ecclésiastique, et aujourd'hui même il met la main sur celle qui s'était reconstituée au siècle dernier. Demain, il s'emparera de la même façon des instruments de travail : mines, usines, champs, tout sera nationalisé (1).

1. Il est à remarquer que la franc-maçonnerie n'hésite plus à se déclarer socialiste et même collectiviste. Le F. : .

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Ce ne sont pas seulement les biens que l'Etat revendique comme appartenant à la collectivité,- mais les forces de chacun : « Chaque membre de la société est à elle, lui et toutes ses forces. » Il faudra bien qu'à un jour prochain le Contrat se réalise aussi sous ce rapport, et que l'Etat en arrive à attribuer à chacun les fonctions qu'il aura à remplir dans la société, sous sa surveillance et à son bénéfice. Les monopoles de l'Etat qui vont de l'instruction publique à la fabrication du tabac et des allumettes, et le fonctionnarisme qui peu à peu s'étend à tout,; sont un acheminement \^rs cet esclavage universel.

Pour y arriver, il importe surtout de se saisir des forces naissantes, des générations qui surgissent. Aussi, le premier souci do l'Etat révolutionnaire est de s'emparer de l'enfance (1). « Les en-

Bonnardot, qui fut nommé, en 1901, Grand-Maître de la Grande Loge de France, proposa au Congrès des loges du Centre, tenu à Gien, en 1894, au nom de la 3^ commission, de proclamer le principe de la propriété collective. Son rapport fut signalé à l'attention du Couvent de la même année. La plupart des loges parisiennes sont devenues socialistes-réformistes. La grande majorité des loges des départements les ont suivies; un certain nombre sont déjà collectivistes. Pour nous en tenir à La Fidélité de Lille, qui compte plus de deux cents membres, le prochain programme d'action de la franc-maçonnerie y était ainsi défini par son orateur, le 8 juillet 1900 : « Nous avons combattu toutes les idées théologiques, il y a encore un dieu à combattre, c'est le dieu capital. » (Voir la pétition contre la franc-maçonnerie à la 11^ commission des pétitions de la Chambre des Députés, pp. 51 et 75.)

1. « Les enfants mâles sont élevés depuis cinq ans jusqu'à seize ans par la patrie. Ils sont vêtus de toile dans toutes les saisons. Ils couchent sur des nattes et dorment huit heures. Ils sont nourris en commun de racines, de fruits, de laitage, de pain et d'eau. Ils ne mangent pas de viande avant seize ans accomplis. Depuis dix ans jusqu'à seize ans, leur éducation est militaire et agricole. Ils sont distribués en compagnies de soixante, etc. Tous les enfants conserveront le même costume jusqu'à seize ans; de seize

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fants, disait Danton, appartiennent à la République avant d'appartenir à leurs parents; l'égoïsme des pères pourrait être dangereux pour la République. Voilà pourquoi la liberté que nous leur laissons ne va pas jusqu'à élever leurs enfants autrement qu'à notre gré »; et Jules Ferry, dans le discours qu'il prononça en 1879 pour obtenir le vote du fameux article VII : « Il existe un père de famille qui les comprend tous : c'est l'Etat. » Nous avons entendu répéter ces paroles à satiété depuis que de nouveaux projets de loi veulent mettre dans une sécurité absolue les instituteurs et les institutrices chargés par l'Etat de

jusqu'à vingt-et-un, ils auront le costume d'ouvrier: de vingt-et-un à vingt-six, le costume de soldat, s'ils ne sont pas magistrats. »

{Projet de loi, d'après les Institutions de Saint-Just).

Le 12 avril 1903, au congrès des loges de l'Afrique du Nord (de l'Algérie), les F. : . CoHin et Marchetti émirent ce vœu :

« Qu'une disposition, ainsi conçue, soit ajoutée au Code civil : Défenses formelles sont faites aux parents ascendants ou ayants droit quelconques, de donner ou d'enseigner à leurs enfants, pupilles ou descendants, une religion quelle qu'elle soit, sous peine de déchéance de puissance PATERNELLE et de puissance légale. Et qu'en cas d'infraction, dûment constatée, les enfants, pupilles ou descendants, seront retirés et confiés à l'Etat, aux frais des parents ou ascendants ».

L'année précédente, au Convent de Paris, une loge de France, la Thémis, avait émis un vœu à peine différent :

« Lorsqu'un enfant, âgé de huit ans révolus et au-dessus, n'aura pas encore fréquenté l'école, les parents et personnes responsables, pourront être déchus de la puissance paternelle ».

CondoTcet offrit le premier, à l'Assemblée législative en 1792, un plan d'éducation nationale. D'autres suivirent en grand nombre sous la Convention. Les plus connus sont ceux de Saint-Just, Lakanal, Michel Lepelletier, celui accueilli et présenté à la Convention par Robespierre. Garçons et filles devaient être élevés en commun jusqu'à l'câge de onze et douze ans, aux frais de la République, sous la sainte loi de l'égalité.

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faire entrer dans les âmes juvéniles les dogmes maçonniques.

C'est bien à ce point de. vue du droit exclusif de l'Etat sur toute la jeunesse que nous voyons l'Etat moderne se placer. Sa législation la mieux étudiée, la plus serrée, ses lois les plus intangibles, sont celles qui tendent à supprimer toute liberté d'enseignement, à réunir sous la férule de l'Eta^ à livrer à son éducation les enfants de toutes les familles, de l'école dite maternelle aux Facultés. D'abord, c'est son intérêt de former les volontés par lesquelles il dure, de, préparier les votes qui le maintiendront, d'implanter dans les âmes des passions qui lui seront favorables, des idées qui seconderont la construction du Temple. N'a-t-il pas le devoir de pétrir les générations de façon à les rendre aptes au plus parfait fonctionnement du pacte social? « L'éducation dans des régies prescrites par le souverain (le peuple souverain) est une des maximes fondamentales du gouvernement populaire », dit J.-J. Rousseau. C'est par elle qu'on forme le citoyen, « c'est elle qui doit donner aux âmes une forme nationale »; « les bonnes institutions nationales sont celles qui savent le mieux dénaturer Vhomme, lui ôter son existence absolue pour lui donner une existence relative et transporter le moi dans l'unité commune (1). »

Dénaturer l'homme! Quel mot pouvait mieux dire ce que veut la secte, ce qu'elle fait dans les écoles de l'Etat?

Pour arriver à réaliser son dessein sans trop d'opposition, elle a commencé par donner à la jeunesse l'instruction gratuite, aujourd'hui, elle y joint la nourriture et le vêtement, dans les lycées aussi bien q'ue

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