‹ La conjuration antichrétienneChapitre 45 sur 92 · La Révolution, III, p · texte numérisé non relu

La Révolution, III, p

l'état, souverain MAITRE 5G1

Un individu recule devant les conséquences dernières de ses eireurs lorsqu'il voit où elles le conduisent. Un peuple livré à lui-même, comme Test tout peuple soumis au régime républicaiii, ne peut le faire. Ce sont les plus logiques qui se font enteïidre des foules, surtout lorsque cette - logique est d'accord avec les passions et promet à la masse l'entrée en possession des biens qu'elle convoite : ce sont ceux-là que le suffrage universel porte au pouvoir. Et si les premiers arrivés s'épouvantent et n'osent réaliser le programme, ils sont supplantés par d'autres, et par d'autres encore, jusqu'à ce que viennent ceux qui met'ent résolument la main aux hautes œuvres que les princiies commandent. Déjà nous a\tons vu les opportunisles balayés par les radicaux; ceux-ci déménagent dev'ant les socialistes, et du' sein du socialisme s'élèvent les anarchistes, les nihilistes et les patastrophards (1).

M. Winterer, dans son livre Le Socialisme contemporain, fait une observation dont pe: sonne ne peut nier le bien fondé.

« Enlevez Dieu tet la vie future, Tiiomme s::ns Disu se trouve placé, avec S'^s passions, en face de la vie mortelle, avec l'inégalité des conditions et l'inégalité de la jouissance. Cet homme demandera au banquet de la vie la part que réclament ses passions. Il ressentira les barrières qu'oppose à ses passions la société actuelle basée sur la foi en Dieu et en la vie future; il s'irritera contre l'obstacle, et la haine sociale, avec toutes les haines qui l'accompagnent, entrera dans son âme ». Dans combien de cœurs gronde actuellement cette haine ! Elle pousse l.;s mas-

1. Catastrophards, c'est le nom que se sont donné, devant le tribunal de la Seine, ceux qui ont fait l'émeute du 2 mats 1901.

L'Église et H Temple. 3^

ses à se ruer, aussitôt que faire se pourra, sur ce qui reste de, l'ordre social! Et cela par toute l'Europe, et non seulement dans le vieux monde, mais en Amérique et en Oc^anie; et non seulement chez les miséreux, mais chez les intelLecLuels! Qu'il suffise de nommer Elisée Reclus pour la France, Karl Marx pour l'Allemagne, Bakouninc et le pri.ice Krapotkine pour la Russie, Most pour les Etats-Unis, elC; etc. Tons sont d'accord pour dire que le dogme de la souveraineté du peuple exige : 1° une révolution politique, qui amène au pouvoir les masses populaires par le suffrage universel; 2° une révolution économiqi^e, qui introduira la propriété commune; 3° une révolution démocratique, qui supprimera les pa-ento et livrera les enfants à la République (1).

Nous y allons.

Quel est l'homme intelligent qui ne soil effrayé des ruines déjà amoncelées en tout ordre de choses, et, en entendant les clameurs des meutes prêtes à se jeter sur ce qui reste de l'ordre social, ne se pose à l'heure actuelle ces terriblss questions :

1. En octobre 1882, on inaugurait un groupe scolaire à Ivry-sur-Seine. Parmi les assistants officiels, on comptait un grand nombre de représentants des loges maçonnigues. Le F. : . C. Dreyfus prononça l'allocution ; on y trouve ces paroles : < C'est la franc-maçonnerie qui prépare les solutions que la démocratie fait triompher. De même que nos glorieux ancêtres de 1789 ont inventé l'égalité civile des hommes devant la loi (on sait comment elle est pratiquée), de même que nos devanciers de 1848 ont réalisé l'égalité politique des citoyens devant l'urne du suffrage universel, de •même la maçonnerie doit préparer, pour la fin du XIXe siècle, l'égalité sociale, qui rétablira l'équilibre des forces économiques et ramènera l'union et la concorde au sein de notre société si divisée ». (Cité dans le Monde du 4 octobre 1882). Nous en sommes donc à la Révolution économique; la démocratique, qui doit la suivre et qui livrera les enfants corps et âme à la République, est fort avancée.

l'état, souverain MAITRE :>i;:î

Les biens que le Créateur a mis à la disposilion des hommes, mais que le travail, l'ordre, la tempe rance, l'économie ont répartis entre les familles, se ront-ils encore demain la propriété de' c ^ux qui les ont ainsi acquis, ou seront-ils universellement possédés paa* l'Etat, qui en distribuera les fruits selon les lois qu'il lui plaira de faire?

Demain, y aura-t-il encore, entre l'homme et la femme, mariage, c'est-à-dire contrat passé sous le regard de Dieu et sanctionné par lui, engagement sacré et indissoluble ? Y auia-t-il encore la famille avec la possibilité de transmettre à ses enfa;nts, non seulement son sang, mais son âme et ses biens?

Demain, que sera la France? Que deviendra l'Europe? Réduite à l'état de poussière par la démocratie, ne serart-elle point une proie facile à 3a franc-maçon- «erie internationale et ju:laïquo cpii marche à la conquête du monde, et calcule déjà le nombre d'années qu'il lui fajudra encore pour arriver à faire de tous les Etats une Répu])Iique universelle?

Voilà ce que prépare le mouvement des idées et des faits qui hantent les esprits et dont nous sommes témoins.

Si le cours des choses actuelles n'avait point ses sources dans un passé lointain, on pourrait moins s'effrayer, croire qu'il n'y a en tout cela que des faits accidentels. Mais il n'en est point ainsi. L'état actuel, gros de l'avenir que nous venons de dire, est ie produit nà!urel d'une idée, jelée comme une g:aine sur notre sol il y a cinq siècles. Elle y a germé. Nous avons vu ses prcm'è es pousses sortir de terre; elles ont été cultivées secrètement et soigneusement par une société qui, plusieurs fois déjà, a servi au monde leurs fmits trop hâtivement cueillis; aujourd'hui elle les voit arriver à maturité : fruits de mort

qui portent la corruption dans les foudemcnta même de l'ordre social. :

Ce que la Renaissance a conçu, ce q;ae la franc-maçonnerie a élevé, la France révolutionnaire a reçu de la Puissance des ténèbres la mission do le manifester au monde. Il semble qu'on ait voulu le symboliser sur les nouver.eo monnaies. CetLe femme éclievelée, coiffée du bonnet phrygien, qui, sous les. auspices de la République, jette à tous les vents les graines de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, aux rayons d'un soleil levant appelé à éclairer le monde d'un jour nouveau, c'est bien la maçonnerie confiant à tous les s-ouffles de l'opiniony les idées qui préparent les esprits à accepter l'orure nouveau, qu'elle médite depuis si longtemps d'établir dans le monde.

Le Temple maçonnique, dont nous avons vu le plan, doity dans la pensée de &es architectes, étendre ses constructions sur l'univers entier. Lorsque 1' « apprenti » demande à êtie reçu « compagnon », on lui pose entre autres ces questions :

D. — Quelles sont la longueur et la largeur de la loge?

R, — Sa longueur est de l'Orient à l'Occident; sa largeur du Midi au Nord.

D. — Que signifient ces dimensions ?

R. — Que la franc-maçonne: ie est universelle, et qu'elle s'éteuLlra un jour sur to:ite l'humanité (1).

1. En 1907 parut la première année d'un annuaire publié par le « Bureau international des relations maçonniques ».

Le caractère international de la maçonnerie s'affirme dans le titre même de la publication qui présente un assemblage bizarre de français, d'allemand et d'anglais. Nous le reproduisons : « Annr.ai.e, Vrai ndcr, Annual, delà, der. of. Maçonnerie universelle, Wellfraumerei, Universel Masonry, 1907. Première année, Erste Jakr, First Year ». Cet annuaire a paru chez Buchler, l'éditeur des publications maçonniques en Suisse et a pour auteur le F. : . Martier la Tente, président du Bureau international.

D'après cet annuaire, il existe dans le monde 106 puis-

:)G() l'agent pe la civilisation moderne

Ce n'est pas par un vain caprice, dit le F. • . Clavel, que nous nous donnons le titre de « Maçons ». Nous bâtissons le plus vaste édifice qui fût jamais, puisqu'il ne connaît d'autres bornes que celles de la terre (1). » [1 n'en peut être .autrement, puisque la maçonnerie ne se propose rien moins que de changer les bases sur lesquelles repose la société humaine : faire dépendre d'un contrat ce qui est de droit naturel et divin, fixer sur la terre los destinées de l'homme, le doter d'une civilisation e!; d'institutions propres à le tenir asservi à la matière. Aussi bien que l'Eglise catholique, la maçonnerie doit vouloir appliquer sa conception de la vie à l'humanité entière. Il y a toutefois entre elles une différence. L'Eglise aspire sans doute à faire de tous les hommes Une famille de frères, et à ençrlobér le monde dans la

■sancos maçonniques régulières. On appelle « puissance rnaçonnigue » une confédération de Loges ayant à sa tête une grande Loge, un Grand-Orient ou un Suprême Conseil.

Voici, pour les principaux pays d'Europe, le dénombrement des Loges :

Pays Loges Membres

Angleterre

Irlande

Ecosse

France (Gr.-Or.)

France (Gr.-Loge)

Hollande

Suède

Norvège

Suisse

Danemark

Espagne

Allemagne

Hongrie

Resterait à faire le dénombrement des loges de l'Amérique, de l'Asie et de l'Océanie.

1. Tableau philosophique, histoyique et moral de la francmaçonnerie, par le F. : . Bazot, pp. 20-28.

vaste unité chrétienri'e. C'est la mission que lui a donnée son divin Fondateur. Seulement, elle n'a jamais eu la pensée de supprimer la personnalité des divers peuples; loin de là, elle s'est toujoure appliquée à étudier la physionomie spéciale de chacun d'eux, la mission particulière que la Providence lui a dévolue, pour l'encourager et aider à y répondre. Il n*en est point de même de la maçonnerie : son principe cosmopolite es', essentiellement cont a:li:toire avec le princi;:e national.

« Effacer panni les hommes, dit le F. - . Clavel, la distinction de rang, de croyance, d'opinion, de PATRIE;... faire, en un mot, de tout le genre humain une seule et même famille : voilà le grand œuvre qu'a entrepris la franc-maçonnerie, et auquel l'apprenti, le compagnon et le maître sont appelés à associer leurs efforts (1) » : une S2ule et môme famille, non dans l'unité d'une même foi et la communion d'une charité s'étendant de chacun à tous et de tous à chacun, mais sous la domination d'une même s^cte. Pour arriver à cette domination, la maçonnerie emploie tous ses membres à travailler, les uns directement, les autres inconsciemment, à la constitution lente et graduée d'un Etat, d'une république comprenant le monde entier : Etat Humanité, République universelle.

Le Temple de la nature, disent les maçons, a abrité le genre humain aux jours de son bonheur. La cupidité, l'ambition et la superstition — lisez : la propriété, l'autorité civile et la religion — ont renversé l'ancien édifice. Les maçons unissent leurs efforts

1. L'int^m^tionalsme, l'hu nanitarisme son' aclue'lement les deux suggestions q;ue la maçonnerie s'efforce de faire entrer dans toutes les têtes; même dans l'esprit de la jeunesse catholi(iue, par le Sillon.

pour le relever sur les ruiaes de la famillej^ de l'Etat et<4e l'église. •

Le Temple, à réé(iifief estcoavenaclemont appelé la. République, la République humanitaire. La République, c'est le pouvoir,. des biens, les personnes devenues choses communes. La République humanitaire, c'est la République :éunissant l'humanité dans un tout indivisible. C'est, comme l'a dit Billaud- Varennes, la fusion de, toutes les volontés/ de tous les intérêts, de tous les efforts pour que chacun trouve, dans C3t ensemble de ressources communes, une part égale à -sa -mise.

Dès leur entrée dans l'Ordre, la secte présente aux maçons cette idée, mais dans une sorte de nuage, qu'elle dissipera' peu à peu au cours' des initiations successives. L'article 2 cie la Constilution dui G-and- Orient dit : « La franc^maçonnerie à pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les fran es maçons sur toute la surface du globe. » Dès le grade d'apprenti, elle fait dire au réeipiendaire par le Vénérable : « Puissiez-vous, fiièle à jajui.is aux engagôneents que. vous venez de contracter, nous aider à achever l'œuvre sublime à laqueLe: travaillerr:; les maçons de^ uiè tant de siècles, celle surtout de la réunion des' hommes de tous les pays, dé tous/ les caractères, de toutes les opinions civiles et religieuses, ren une seule famille d'amis et de frères (1)! »: Elle ne leur dévoile pas autrement sa pensée, mais s'ils- se montrent dignes de communications plus . explicites, ils sauront bientôt, comme l'observe M. Prache, dans son rappoit sur les pétitions aili'jssées à la Chambre

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