‹ La conjuration antichrétienneChapitre 61 sur 92 · Cité par Thiers, Histoire de la Révolution, t. IV, p · texte numérisé non relu

Cité par Thiers, Histoire de la Révolution, t. IV, p

2. Le gouvernement des loges a servi de type, aux hommes de la Révolution, pour réorganiser la France. « Le gouvernement de la franc-maçonnerie, dit le F.:. Ragon {Cours philosophique, pp. 7, 9, 377 et suiv.) était autrefois divisé en départements, en loges provinciales, qui avaient leurs subdivisions. L'Assemblée nationale, considérant la France cojnme une grande loge, décréta que son territoire serait distribué suivant les mêmes divisions. Les municipalités ou communes répondent aux loges ; elles correspondent à un centre commun pour former un canton. Un certain nombre de cantons, correspondant à un centre nouveau, composent un arrondissement ou district, actuellement une sous-préfecture, et plusieurs sous-préfectures forment un département. Les grandes loges de province avaient un centre commun, dans la Constituante. » C'est l'ébauche de la façon dont sera organisée la République universelle.

Le F. : . A. J. Régnier, dans un discours aux Conférences maçonniques de Lyon, prononcé le 22 mai 1882, a dit de même : « Le régime républicain est calqué sur nos institutions. » Et le Bulletin maçonnique, livraison de décembre 1890, pp. 229, 230 : « La préoccupation de la maçonnerie a toujours été d'amener dans Vordre politique l'avènement de la forme républicaine, et dans l'ordre philosophique le triomvhe de la libre-pensée. On peut dire qu'elle n'a jamais failli à sa mission. »

A la fin du XV1II<^ siècle, ce projet de gouverner le genre humain tout entier, par une Convention unique, placée au centre du monde et composée des députés des Conventions établies dans les anciens royaumes réduits à l'état de départements, pouvait paraître fou. Mais aujourd'hui, à l'entrée du XX® siècle, où nous voyons le globe entier sillonné par les fils télégraphiques, les chemins de fer, et les steamers, le messie attendu par les Juifs pourrait facilement tenir le monde entier dans sa main, et le gouverner par une Convention centrale en rapport avec des Conventions locales.

On peut voir dans Deschamps, t. II, p. 150 et suiv., l'aide que la Convention, puis Napoléon, reçurent de la franc-maçonnerie en Allemagne, en Belgique, en Suisse et en Italie, pour essayer de former les Etats- Unis d'Europe, acheminement vers l'Etat-Humanité (1). Le projet n'a jamais été abandonné; l'exécution a subi plus d'une fois des reculs, mais pour être re-

1. La duchesse de Dino, qui vivait dans une intimité de famille avec la Cour de Prusse, a noté — c'est à la date du 25 juin 1860, pendant l'entrevue solennelle de Bade — un entretien entre l'empereur des Français et le prince régent de Prusse, qui sera le futur empereur d'Allemagne, Guillaume Jer^ proclamé à Versailles dans la grande galerie de Louis XIV !

C'est Napoléon III qui parle :

« Que pour en finir avec les révolutions, il fallait faira partout de grands Etats; que l'Italie devait redevenir V Empire romain ; que l'Allemagne devait devenir V Empire prussien; que les petites populations françaises, de langue et de mœurs, qui longent les frontières de la France : la Belgique, le canton de Vaud, ceux de Neuchàtel et de Genève, devaient rentrer dans V Empire français; qu'alors les nationalités seraient satisfaites, les ambitions aussi; que les imaginations auraient de l'espace, que ce qui faisait les révolutions étaient les petits qui voulaient devenir grands; que du jour où il n'y aurait que des grands, en petit nombre, mais unis entre eux. on aurait bon marché des révolutionnaires ; que les grands Empires, c'est la paix ! »

prise aussitôt que les circonstances le permettaient. L'unification de l'Italie, l'unification de l'Allemagne, les ambitions des Etats-Unis, appelés peuL-être à recueillir de l'Angleterre l'empire des mers, le mouvement qui agite l'Extrême-Orient font progresser de jour en jour, sur tous les points du globe, la marche vers l'unité politique. Avant cent ans, cinquante peut-être, deux ou trois empires, grossis par la « consumation » des nationalités de second ordre, pourront se heurter dans un conflit suprême pour laisser le vainqueur libre et maître de disposer à son gré des destinées du monde. N'est-ce point le pressentiment qui s'est élevé dans tous les esprits éclairés, qui a été manifesté partout, dès qu'a éclaté la ^guerre entre la Russie et le Japon?

« Renverser toutes les frontières, dit M. Claudio Janet dans la continuation de l'ouvrage du P. Deschamps, abolir toutes les nationalités, en commençant par les petites, pour ne faire qu'un seul Etat; effacer toute idée de patrie; rendre commune à tous la terre entière, qui appartient à tous; briser, par la ruse, par la force, tous les traités; tout préparer pour une vaste démocratie dont les races diverses, abruties par tous les genres d'immoralités, ne seront que des départements administrés par les hauts grades et par l'Antéchrist, suprême dictateur devenu leur soûl dieu : tel est le but des sociétés secrètes. »

Pour s'en tenir à ce qui se passe sur notre confinent, il n'est point douteux que le plan de la maçonnerie est, à cette heure, de subordonner les nations catholiques aux puissances protestantes.

Dans son numéro du 29 août 1902, le Gaulois a reproduit un article de VOpinion ?iatîonale qui remonte au mois de juillet 1866. On y applaudissait au triomphe do la Prusse à Sadowa et on disait :

« Nous sojiiïnes pour ramoindiissemerit de l'Autriche, parce que l'Autriche est une puissance catholique qui doit être supplantée par la Prusse, boulevard du Protestantisme dans le centre de l'Europe. Or, la mission de la Frusse est de protestaniiseï' V Europe, comme la mission de Vltalie est de détruire le pontificat romain. Voilà les deux raisons pour lesquelles nous sommes tout à la fois pour l'agrandissement de la Prusse et pour l'agrandissement de l'Italie. »

« L'unité de l'Allemagne, disait Le Siècle de son côté, c'est, comme l'unité de l'Italie, le triomphe de la Révolution. » La Liberté appuyait, elle aussi, la « Politique de la prédominance d'une Prusse protestante en Europe. »

Mais comme la pensée du pouvoir occulte est de substituer « une Jérusalem de nouvel ordre » à la double cité des Césars et des Papes, si la haute juiverie travaille maintenant à anéantir les nations catholiques elle est persuadée que celles-ci détruites, le reste tombera de lui-même et Israël pourra établir son universel empire. Dans le monde entier, les sociétés secrètes favorisent l'Angletene, la Prusse, l'Amérique du Nord, au détriment de la France, de l'Autriche et de l'Espaiine. L'Autriche a reçu un coup que l'on a cru mortel à Sadovva; la France une blessure cruelle à Sedan et une plus cruelle encore lorsqu'elle fut livrée à la franc-maçonnerie par l'Assemblée nationale. Mais d'un jour à l'autre elle pouvait se relever. Il fut décidé que le coup de grâce devait lui être porté; mais ce coup devait être préparé. L'affaire Dreyfus a rempli ce rôle de préparation. Elle a désorganisé l'année, elle a déballé sous les yeux des voisins tous nos plans de défense, elle a fomenté la guerre civile, elle a fait de la

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France une proie jugée facile désormais à dépecer par l'Angleterre et l'Allemagne (1).

Dès qu'une nation est ainsi choisie pour « consumer » les autres, selon le mot de Bluntschli, la maçonnerie s applique à lui donner « conscience d'ellemême », « le sentiment de sa vocation politique », autres mots du même, à exalter le sentiment patriotique et à dépraver ce même sentiment chez les peuples qu'elle a condamnés. Le socialisme est patriotique en Allemagne, avec Bebel, internationaliste en France, avec Jaurès. L'un et l'autre obéissent sans doute à l'impulsion d'un seul et même moteur, qui veut déprimer ceux-ci, surexciter ceux-là, pour rendre pins facile et plus certaine la victoire de ceux qu'elle veut, pour le moment, agrandir et élever.

Dans les Questions Historiques, M. Fustel de Coulanges fait la comparaison entre la manière d'écrire l'histoire en Allemagne et en France depuis cinquante ans. Il y oppose la différence des sentiments des historiens allemands et des historiens français vis-à-vis de leur pays : « Le premier devoir d'un grand peuple est de s'aimer et de s'honorer dans ses morts... Le véritable patriotisme n'est pas l'amour du sol, c'est l'amour du passé, c'est le respect de ceux ^qui nous ont précédés. Nos historiens ne nous apprennent qu'à les maudire et ne nous recommandent que de ne pas leur ressembler... Nous nourrissons au fond de notre âme une sorte de haine inconsciente à l'égard de nous-mêmes... C'est une çorte de fureur de nous calomnier et de nous détruire, semblable à cette manie de suicide dont vous voyez certains individus tourmentés. » Mépriser ainsi son

1. On riait à gorge déployée, avant la iiuerre de 1870, des cartes Allemandes qui annexaient par avance nos provinces de l'Est à l'Allemagne. A-t-on raison de rire, à présent, des cartes Anglaises qui octroient à l'Angleterre nos provinces de l'Ouest?

passé n'est assurément point chose naturelle pour un peuple. Et alors une question se pose : D'où cela vient-il?

« Les Allemands, dit le même auteur, ont tous le culte de la patrie, et ils entendent le mot patrie dans son sens vrai : c'est le Vaterland, la terre des ancêtres. C'est le pays tel que les ancêtres l'ont eu et l'ont fait. Ils aiment ce passé et ils n'en parlent que comme on parle d'une chose sainte. »

Ce n'est pas de cet œil, mais « d'un œil haineux », que la France révolutionnaire envisage le sien. Quelle nation, en Europe, eût été pourtant capable de montrer une histoire plus ancienne ou plus glorieuse? Engoué, depuis 1815, de l'Angleterre et de l'Allemagne, notre libéralisme s'est fait l'apologiste de la race germanique aux dépens de la nation française.

Y a-t-il quelque chose de changé? En Allemagne, non certes. En France, « vieille France » est toujours presque une injure. Sur les traces de Michel et et de ses élèves, notre histoire est devenue moins l'histoire d'une nation déterminée que celle du laborieux enfantement de 89. Un jeune Français candidat au baccalauréat était dispensé, il y a quatre ans, de savoir l'histoire de son pays avant 1610. Depuis, la dispense a été étendue jusqu'à 1715, et il y en a qui demandent maintenant que la date soit abaissée jusqu'à 1789.

On sait les beaux résultats, à l'intérieur et à l'extérieur, qu'a donnés l'histoire telle qu'elle fut pratiquée chez les Prussiens. «Au dedans, constate Fustel,- elle faisait taire les partis et fondait une centralisation morale plus vigoureuse que ne Fest notre centralisation administrative. Au dehors, elle ouvrait les routes de la conquête, et elle faisait à l'ennemi une guerre

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implacable en pleine paix. » C'est ainsi que, vingt ans d'avance, elle avait mis la main sur l'Alsace- Lorraine. Fustel ajoutait : avant que l'Allemagne s'empare de la Hollande, « l'histoire démontre déjà que les Hollandais sont des Allemands. » Elle prouvera aussi bien que la Lombardie est une « terre allemande », et que Rome est « la capitale naturelle de l'empire germanique. »

Aujourd'hui, comme avant la guerre, l'histoire est la servante de la grandeur allemande; elle continue à pétrir une âme commune au jeune empire et à se faire sur toutes les frontières la fourrière du pangermanisme. On en sait quelque chose à Prague, à Zurich, à Nancy, à Luxembourg, à Amsterdam.

Les Universités allemandes et d'Autriche sont devenues des foyers de pangermanisme. Les premiers disciples de M. de Schœnerer furent des étudiants de Vienne. Actuellement, deux cris se font entendre. « L'Allemagne une » et « Rompons avec Rome 1 » La Prusse, la Prusse protestante, s'annexera ainsi non seulement toutes les parties de l'Allemagne, mais la France et les autres pays cire on voisins.

La propagande s'exerce sous les formes les plus variées : action politique, action par la presse, par le colportage, action- par la prédication protestante qui se fait l'auxiliaire du « germanisme ». L'Allemagne, en un mot, ne néglige rien pour être prête quand le moment sera venu de compléter l'exécution du plan pangermanique.

Des manifestations constantes, en Allemagne, révèlent les projets ambitieux des pangermanistes, qui se croient maintenant assez forts pour avouer leurs rêves de domination universelle et surtout de conquête prochaine de la France.

Un professeur de Magdebourg a, dans cinq Confé-

RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE EN VOIE DE FORMATION GOl

rences officielles, exposé en novembre 1909 le plan des pangermanistes.

« Avec l'accroissement continu de notre population^ dit le professeur docteur Waetig, il est absolument nécessaire que notre pays cherche à se procurer des contrées où il pourra écouler le trop-plein de sa population.

» Je ne vois actuellement que deux moyens d'arriver à ce résultat, car, à mon avis, notre avenir ne se trouve pas sur mer, mais sur terre.

» Il est possible, presque certain, que les Français en arrivent à ne plus occuper dans le monde qu'une place secondaire. Il nous faut donc profiter de cette reculade fatale.

» Le premier moyen serait l'infiltration : inonder les pays latins d'hommes venant de chez nous. Le résultat est certes lointain, mais certain, et je voistrès bien Paris ou Bruxelles restant capitales de pays non annexés, mais parlant allemand; une telle infiltration ne doit pas être seulement tentée vers l'Est, et je ne considère la politique de germanisation de la Pologne que comme un essai, un moyen de se faire la main.

» L'infiltration devant durer trop longtemps, allons plus loin. Pourquoi ne chercherions-nous pas à acquérir ces territoires dont nous avons besoin, par la force des armes? Pourquoi ne tenterions-nous pas de substituer notre gouvernement aux régimes existants chez nos voisins? Sans chercher à provoquer de conflits, nous devons profiter de toutes les occasions cfui nous sont offertes pour fondre sur l'ennemi héréditaire.

» En un mot, c'est vers l'Ouest, vers la France, que nous devons tourner et c'est là que uous devons coloniser... »

Non contente de vouloir conquérir les pays cir-

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convoisins, l'Allemagne, qpoique protestante, prétend à prendre la place de la France comme protectrice des chrétiens en Orient, et, s'il le faut, de protectrice du Pape à Rome. Les discours et les démarches de son empereur ont clairement manifesté ces intentions.

Pour ne rappeler que l'un de ses discours, ne l'at-on point entendu dire à Brème en mars 1905 :

« Notre-Seigneur Dieu ne se serait jamais donné autant de peine pour notre patrie allemande et son peuple, s'il ne nous avait destinés à de grandes choses : nous sommes le sel de la terre; mais aussi nous devons nous montrer dignes de l'être. Aussi, notre jeunesse doit-elle apprendre le renoncement, se garder de tout ce qui n'est pas bon pour elle, de ce qui est importé de peuples étrangers, et rester fidèle aux moeurs, à la règle et à l'ordre, au respect et à la religion.

» L'Empire universel, tel que je l'ai rêvé, doit consister en ceci, a^^ant tout,- que l'empire allemand, nouvellement fondé, doit jouir de la plus absolue confiance de tous, comme un voisin tranquille, lojal et pacifique; et si un jour peut-être on devait parler dans l'histoire d'un empire universel allemiand ou d'un empire universel des Hobenzollern, il n'aurait pas été fondé sur des conquêtes par l'épée, mais par la confiance mutuelle des nations aspirant aux mêmes buts. En un mot, comme l'a dit un grand poète : « Limité au dehors, infini au dedans! »

Qu'on ne prenne pas cette idée de la domination universelle réservée à la race germanique pour une exagération oratoire : Gruillaume II n'a fait qu'exprimer un sentiment commun à tous les Allemands, et qu'on retrouve au fond des discours de Bebel à Amsterdam, comme dans les harangues impériales.

Quiconque observe rAllemagne voit avec quelle assurance elle prépare sa domination aussi étendue que possible par tous les moyens à la fois, par l'idée comme par la puissance militaire, par le commerce et l'industrie comme aussi par ses émigrations. Dès à présent, l'Allemagne est la seconde des grandes puissances commerciales du monde. La colonie allemande est aux Etats-Unis une puissance politique de premier ordre, et, dans l'Amérique du Sud, elle forme presque la majorité dans les provinces méridionales du Brésil.

La même puissance occulte qui enivre rAllemagne déprime la France. A la distance de quarante ans, l'on voit maintenant comment la Prusse et la France étaient travaillées depuis des années, pour être aptes à jouer le rôle de vainqueur dévolu à l'une et de vaincue dévolu à l'autre. Que la France eût été en 1870 le jouet des sociétés secrètes, nous en avons une preuve dans les révélations faites en 1872 par M. de Giers et publiées deux ans plus tard par un grand nombre de journaux sans aucune réclama^ tion de celui qui était mis en cause.

« Un soir, en 1872, à Stockholm, dans le fumoir de la baronne X..., nous étions quatre ou cinq causant familièrement. Parmi nous se trouvait M. de Giers, ancien ministre des Affaires étrangères en Russie, ambassadeur de Russie à Stockholm. On parlait du sujet qui préoccupait encore tout le monde : des causes de la défaite de la France. M. Y... émit l'opinion que la maçonnerie avait joué un rôle important et peu flatteur. »

M. de Giers prit alors la parole :

« Je ne voulais pas, dit-il, aborder le premier cette » question délic-ate; mais puisqu'elle est soulevée.

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» je puis vous affirmer que je connais bien Le rôle » que joua la F.-. M.-, dans cette guerre.

» J'étais alors accrédité à Berne; il y avait dans » la ville une agence parfaitement organisée et fonc- » tionnant avec une précision toute prussienne, pour » les informations concernant la répartition des trou- » pes françaises, leurs déplacements, la quantité de ;> munitions, de vivres, etc., etc., et mille indications » des plus infimes et détaillées, que des Français » affiliés à la F. . M. ■ . communiquaient aux loges, » et, chose étrange, ces renseignements parvenaient » avec une rapidité prodigieuse, par dépêches chiffrées, » à V agence prusienne maçonnique de Berne.

» J'ai étudié à fond cette colossale organisation )> pour en faire un rapport détaillé à mon gouverne- » ment.

» C'était invraisemblable, n'est-ce pas? Et cepen- » dant, rien de plus vrai et du plus palpitant intérêt » alors. ''

» La nation française avait été, paraît-il, condamnée » par la Haute-Maçonnerie internationale, et ni meil- » leure organisation militaire, ni talents stratégiques, » ni bravoure incontestable des troupes, n'auraient » matériellement jamais pu triompher. C'était une » guerre d'AVEUGLES à voyants! »

Cette accusation formulée si nettement et venant d'un homme qui a occupé les plus hautes fonctions dans la diplomatie, habitué à la discrétion et à la mesure, à ne parler qu'à bon escient, a par ellemême une trop poignante éloquence, pour qu'il soit besoin d'y rien ajouter.

Abattue, la France se releva cependant avec assez de vigueur pour donner à craindre qu'elle ne reprît son rang à la tête de la civilisation. Elle fut alors condamnée à la République, et par la République

à la plus complète énervation de toutes ses forces religieuses, politiques, militaires et civiles, afin que toute résistance lui soit devenue impossible lorsque sera venue l'heure de se jeter de nouveau sur elle. La publication de la correspondance de Bismarck a achevé de montrer, et la part qu'il avait prise à l'établissement de la République (1), et le profit qu'il on attendait, et les complicités qu'il trouvait à l'intérieur pour l'accomplissement de ses desseins. Le 1er novembre 1877, le comte Herbert de Bismarck écrivait au comte Henckel de Donnesmarck, l'ancien gouverneur d'Alsace-Lorraiiie, le mari de la Païva dont on sait le rôle dans les dernières années de l'Empire, et enfin l'agent secret de Bismarck en France dans la lutte entre le parti conservateur et le parti opportuniste : « Les relations que vous entretenez avec Gambetta sont d'un très grand intérêt pour mon père, mais il ne croit pas opportun pour le moment de lui faire parvenir, fût-ce même par votre intermédiaire, des communications ou des ordres. » Deux mois après, les ordres arrivaient, et la guerre au cléricalisme commençait. Elle devait bientôt être suivie de la guerre à la magistrature, puis de la guerre à l'épargne (2), puis de la guerre à l'armée; et tout

1. Le comte d'Arnim s'est expliqué là-dessus avec une clarté (fui ne laisse rien à désirer. Ambassadeur à Paris, il ne voulait pas obéir à Bismarck qui lui ordonnait de travailler au triomphe des partis de gauche. « Bismarck m'a frappé, écrivait-il après sa disgrâce et son procès, parce que je refusais d'accélérer l'arrivée de Gambetta au pouvoir. »

2. M. Paul Dahn, explorant la situation de l'Autriche- Hongrie et faisant le relevé des divers éléments qu'il y trouvée, soit hostiles, soit favorables ta l'Allemagne, a écrit dans le Deutftchhmd nach Osien : « Bontoux inquiétait Bismarck plus qu'une armée de 300.000 hommes. Que n'a-ton dit de l'œuvre granchose de Cecil Rhodes, le Napoléon du Cap? Bontoux nous gagnait, sans tirer un coup de

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cela accompagné de prostrations devant les aiutres puissances et de l'abandon de notre protectorat en Orient.

« Le drame qui se joue depuis trente ans, a dit M. Copin-Albancelli, n'est autre chose que l'assassinat de la France, ourdi par le pouvoir occalte juif, agissant par la franc-maçonnerie. Si nous ne parvenons à faire comprendre cela à temps à la majorité des Français, la France est perdue. »

Mais, hélas! comme le dit M. Bidegain : « Ceux qui dirigent secrètement l'Ordre maçonnique ont si habilement pétri les cerveaux de leurs disciples devenus leurs serviteurs inconscients, qu'ils trouvent dans la maçonnerie un instrument admirable pour le coup d'Etat juif qui consacrera la dénationalisation de notre patrie et la définitive dépossession des Français de France (1). »

Dans une interview qu'il eut avec un rédacteur du Soleil (2), M. de Marcère dit de même, à l'occasion du Congrès antimaçonnique qui tint ses assises aux premiers jours de l'année 1902 : « Il n'y a pas à se le dissimuler, cest en France tout particulièrement que se porte V effort de la désorganisation maçonique, et

CELA POUR UNE BESOGNE QUI ÉVIDl^^MMENT CORRESPOND A LA RÉALISATION D'uN PLAN IMMENSE, OÙ il est clair qUe

nous avons été sacrifiés » .

Ce qui est infiniment douloureux, c'est de voir que la France prête elle-même les mains à la réalisation de ce plan. Nous disons la France. Non. Mais

fusil, r Autriche-Hongrie, et les Balkans, et l'Orient. Il marchait à pas de géant, non pas du rêve, mais de la réalisation de ce plan savamment conçu. C'est Bismarck qui l'a brisé, aux applaudissements de Français ravis de cette défaite du. cléricalisme! »

1. Bidegain. Le Grand-Orient de France. Ses doctrines et ses actes, p. 114.

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