Gicéron, De Le;;., I
i-O l.A CONJUHATlOiN DK C.AHI.LNA.
11 mrrilait Mon (ravoir su pari dos (Irponillos el s'était fort conscioncieuscMuonl acquitté do la lAcho quo Sylln lui avait donnéo. Nous savons les noms do plusieurs de ses victimes, qui appartenaient à des l'amillos connues. Parmi ces noms se trouve celui de Marins (Iratidianus, originaire d'Arpinum, parent du grand Marins ot de Cicéron. C'était un personnage si aimé du pou|)l(> ([u'oii lui avait élevé des statues dans certaines places tlo Home et que les gens du cpiartier leur rendaient un culte*. Condamné ù mourir, il Tut traîné devant le tombeau de Catulusau(iuel on voulail olTrir une victime humaine. Lu, on lui brisa les jambes, on lui trancha les mains, on lui arracha les yeux. « On voulait, dit Sénéque, le tuer plusieurs fois de suite V » Puis, quand on lui eut coupé la tête, Catilina la prit dans ses mains et la porta toute dégouttante de sang du Janicule au Palatin, où Sylla l'attendail. On pense bien (pie cette exéculiou lit grand bruit et (ju'on ne l'oublia pas. Aussi se demande-t-on avec surprise comment il s'est fait que ce souvenir, qui était resté dans toutes les mémoires, n'ait pas nui davanlnt^e î\ (^.atilina. Il a conservé jusqu'A la tin dhonorablos amitiés; il a été candidat aux plus hautes fonctions publiques, el les a souvent obtenues. Quand des censeurs un peu plus sévères tjuo les aulros «Miht^pririMd do uollovtM- lo SiMiat o{i
1. 8a poiMilarilo vouait siirloul *lo or «lu'claiit piTU-ur il ttvttlt fait unodit pour dofoiulro d'ôinctlrr (l««s monnaies rourrèes dont les roginios prtkHHlonts avaient fort ahusé.
i, St^nèque, De Ira, III, S.
Li;S l'HKLlMINAlRKS l»K LA CON-IIHA l'IOiX. 41
bcaucou[> (le gons indignes s'cl aient glissés à la fav(^ur(lcs Ironhles civils, el en i'wonl sorlir soixanle- ([ualre sénaleurs à la fois, Calilina n'était pas du nombre. Après la mort du dictateur, sous la pression (le César, quelques proscriptcurs connus, le centurion L. Luscius, L. Hellienus, d'autres encore, qui avaient touché le prix convenu pour chaque tête coupée, et dont on retrouva les cpiitlances sur les registres publics, car toul se faisait régulièrement sous Sylla, furent poursuivis et condamnés; il ne fut pas question de Catilina. C'est seulement un peu plus lard, cpiand il venait d'échouer au consulat, qu'un homme important du parti aristocratique, L. Lucceius, pensa que l'occasion était bonne pour le traduire devant les tribunaux chargés de punir les assassins {quaesiio de sirariis). \^i\l[iu[m) dut élre vive : Lucceius passait pour un excellent orateur. Cependant elle ne réussit pas, et Catilina fut acquitté. Cicéron n'y pouvait rien comprendre, quand il voyait que des accusés qui niaient leurs crimes ou tentaient d'en atténuer la gravité étaient rigoureusement punis, et qu'on épargnait Calilina qui était bien forcé d'avouer les siens, puisqu'ils avaient eu Rome entière pour témoin, et qui sans doute ne prenait pas la peine de s'en excuser. Il faut croire que c'était son audace môme (jui faisait son impunité. Cette sanglante promenade, dont on se souvenait avec elTroi, lui avait créé une sorte de prestige, qui le mettait ù part des autres. Cette fois encore, comme il arrive si souvent, les plus obscurs étaient frappés, et le plus grand coupable échappait.
Faut-il penser aussi que ce prestige est pour quelque chose dans l'attrait qu'éprouvaient pour lui les femmes et les jeunes gens? C'est bien possible. Nous aurons à parler plus tard de l'appui que les femmes donnèrent à sa conjuration; elles ont aussi tenu une grande place dans sa vie privée. Celles qui furent le plus intimement liées avec lui portaient les plus beaux noms de Rome. Il y avait dans le nombre une vestale qui avait été choisie, comme elles Tétaient toutes, parmi les familles les plus illustres; et, ce qui rend l'aventure plus piquante, c'est qu'elle était la propre sœur de Térentia, la femme de Cicérone Le cas était grave : Catilina avait été trouvé dans sa chambre. Mais toute la noblesse de Rome s'intéressa pour elle; Caton lui-même prit sa défense. Pison, qui était un orateur célèbre, prononça en sa faveur un discours qu'on admira beaucoup, et elle fut acquittée. Dans la vie dissipée qu'il mena, et qui était, il faut bien le dire, celle de la plupart des gens de son temps et de son monde, on nous dit qu'il trompa beaucoup de maris et fut quelquefois trompé lui-même*. Il avait été l'amant de la femme d'Aurelius Orestes, dont il épousa plus tard la fdle, ce qui fit dire à Gicéron « que le même amour lui avait fourni à la fois un
1. Dans la suite, Cicéron, qui ne voulait pas perdre un seul de ses arguments contre Catilina, lui rappela ce souvenir si délicat pour lui. Il le fit avec une adresse remarquable : « Ta vie, lui dit-il, a été si pleine de crimes, que ta présence a suffi, quoiqu'aucune faute n'ait été commise, pour souiller un lieu sacré » {In loga catid., Asconius. p. 92).
2. Cum deprehendebare in aduUeriis, cum deprehendebas adulleros ipse. (Cic, /n to()a cand., p. 93.)
enfant et une épouse ». Elle était riche et belle, mais Salluste ajoute, dans une de ces phrases impertinentes comme il sait les faire, que quand on avait parlé de sa beauté il ne restait plus rien à louer chez elle. Gatihna paraît l'avoir beaucoup aimée. Lorsqu'il quitta Rome pour aller prendre le commandement des conjurés de TÉtrurie, il écrivit à Q. Catulus une lettre qui se terminait par ces mots : « Il ne me reste plus qu'à vous recommander Orestilla et à la confier à votre honneur. Protégez-la contre toute injure; je vous en supplie au nom de vos enfants. Adieu K »
Tous les écrivains nous disent Tascendant incroyable qu'il exerçait sur la jeunesse. Cicéron prétend qu'il était pour elle un véritable charmeur : jiiventutis illecebra fuit^. On voit bien par où il devait la séduire; il avait les qualités qui lui plaisent le plus, l'énergie, la résolution, la bravoure, une hardiesse que rien ne déconcertait. Personne ne supportait mieux les fatigues, la soif, les veilles, les privations, que cet ami des plaisirs faciles. Rien n'égalait l'agrément de son commerce et la souplesse de son caractère; il s'accommodait à tout le monde et de toutes les circonstances, grave avec les gens sérieux, plaisantant volontiers avec les enjoués, il était prêt à tenir tête aux plus débauchés. Salluste et Cicéron sont d'accord à dire qu'il était la ressource de tous ceux qui avaient fait quelque mauvais coup ou qui voulaient tenter quelque méchante action. 11 les prenait sous son