‹ La conjuration de CatilinaChapitre 18 sur 89 · Sali,, Cat., 18 : post paulo · texte numérisé non relu

Sali,, Cat., 18 : post paulo

2. C'est Asconius qui l'affirme, à propos du discours In tor/a candida. Il semble qu'à ceUe raison on en ait ajouté une autre. Salluste dit qu'on répondit à Gatilina qu'il avait déposé trop tard sa déclaration de candidature.

ment depuis dix ans, on l'ôtait à l'autre quand il croyait le tenir. Ils devaient naturellement s'entendre tous les deux pour mettre la main sur ce qu'on ne voulait pas leur laisser prendre. Il leur était facile de trouver des associés dans cette jeunesse besogneuse et débauchée qui remplissait Rome. Parmi ceux qu'on recruta, il y en avait un surtout qui portait le plus beau nom peut-être de l'aristocratie romaine, Cn. Calpurnius Piso, dont Salluste dit « qu'il était d'une audace extrême, accoutumé à l'intrigue, ruiné, et que sa détresse autant que sa perversité l'excitaient à bouleverser la république ». On se mit vite d'accord sur ce qu'il y avait à faire. On convint de tuer les deux consuls désignés, Cotta et Torquatus, et de mettre Autronius et Catilina à leur place ^ Tout avait été minutieusement préparé, et le succès paraissait si certain qu'on s'était procuré d'avance des licteurs pour l'installation des nouveaux magistrats. L'affaire, qui avait été d'abord fixée aux nones de décembre, fut ébruitée, et l'autorité prit des précautions. Elle fut alors remise aux calendes de janvier; mais cette

1. Toute cette affaire est assez obscure. Salluste semble dire qu'il est difficile de la débrouiller {Cat., 18 : quam verissiime polpi'i) dicam); par exemple, Suétone {César, 9) prétend que ceu>: auxquels on voulait rendre les faisceaux étaient les deux consuls qui avaient été destitués, Autronius et Sylla. Mais Salluste etAsconius remplacent Sylla par Catilina, et c'est ce qui paraît plus vraisemblable. Cicéron affirme que Sylla, après sa mésaventure, se tint sur la réserve. Il s'était retiré à Naples, qui est un lieu plus fait pour le plaisir que pour les complots (Cic, Pro Sulla, o). 11 est naturel qu'Autronius, que Sylla avait abandonné, l'ait remplacé par Catilina.

fois, il ne s'agissait plus seulement de tuer les consuls, on devait y joindre une partie des sénateurs, quelques-uns disent même le Sénat tout entier. Catilina s'était réservé de donner le signal du massacre. A-t-il eu le tort, comme on l'a dit, de se trop presser, ou faut-il croire que les conjurés, qui manquaient un peu de zèle, s'étaient mis en retard? ce qui est sûr, c'est que lorsque vint le moment d'agir, ils ne se trouvaient pas à leur place. Après ce second échec, le coup était définitivement manqué.

Voilà ce qu'on a plus tard appelé la première conjuration de Catilina : on voit bien qu'elle différait entièrement de l'autre. D'abord, il n'est pas sûr qu'il y ait joué le premier rôle; il a des complices, Autronius, Pison, qui semblent avoir au moins autant d'importance que lui, tandis que, dans la conjuration véritable, non seulement il est le premier, mais on peut presque dire qu'il est seul, tant les autres sont effacés et paraissent médiocres. Ensuite, le complot ayant échoué avant d'être mis véritablement à exécution ne fut connu que d'une manière très imparfaite. Beaucoup de bruits coururent que, même à cette époque, il ne fut pas possible de vérifier. Asconius laisse entendre, d'après Gicéron, que plusieurs personnages importants en étaient, qui ne voulaient pas être connus. Suétone est plus précis; il affirme que César el Crassus favorisaient l'entreprise, et que, si elle avait réussi, Crassus aurait été nommé dictateur et César maître de la cavalerie. C'étaient évidemment des bruils fort répandus à Rome; mais comme il est

impossible aujourd'hui d'en vérifier l'exactitude, je crois inutile de m'y arrêter.

Ce qui résulte de plus sûr des renseignements que nous avons conservés, c'est que les conjurés n'étaient pas nombreux (pawd, dit Salluste) ; c'est aussi qu'ils ne méditaient pas une révolution, mais un simple guet-apens : ils voulaient tuer quelques personnes pour se mettre à leur place. Ces crimes préparés froidement, accomplis sans scrupule, par des gens du grand monde, au milieu d'une société élégante, lettrée, qui lisait les beaux ouvrages des sages de la Grèce et se piquait de savoir vivre, nous paraissent d'abord incompréhensibles. Mais comme il est impossible de les nier, il faut essayer au moins de s'en rendre compte. Mérimée s'est demandé si la faute n'en doit pas être imputée à ces spectacles de l'arène qui familiarisaient les gens dès l'enfance avec la vue du sang * ; et il est bien possible en effet qu'ils aient eu ce triste résultat dC ensauvager la nation qui y prenait un si vif plaisir. Mais je crois qu'on y fut plutôt amené par une sorte d'assimilation qui se fit entre les batailles du Forum et celles qui se hvrent contre l'étranger. Des deux côtés c'était la guerre, plus acharnée peut-être, plus violente, quand on avait des concitoyens en face de soi. Or, il est de règle, chez les peuples antiques, qu'à la guerre le vaincu doit mourir, et que la victoire confère au vainqueur tous les droits sur lui. C'est une loi que tout le monde

i .Mérimée, Conjuration de Catitina, p. lOo.

accepte et contre laquelle celui même qui va la subir ne réclame pas. La situation des adversaires politiques est même plus fâcheuse que celle des ennemis du dehors, car enfin, quand on est las de tuer un ennemi qui ne résiste plus, on le conserve pour en faire un esclave {servus, quasi servatus). Mais comme l'adversaire politique, étant un citoyen, ne peut pas être vendu, il faut bien qu'il disparaisse, si Ton ne veut pas être exposé à le retrouver plus tard devant soi. 11 ne reste, pour s'en débarrasser, que les proscriptions, quand on est le maître, ou l'assassinat, lorsqu'on veut le devenir. Voilà comment les proscriptions, — sous Marins, sous Sylla, sous les Triumvirs, — sont devenues des opérations régulières, presque légales, et pourquoi l'assassinat politique a été pratiqué sans hésitation à Rome dans tous les temps et par tous les partis. Au début de la répubhque, les patriciens en donnent l'exemple en faisant tuer dans sa maison le tribun Genucius, qui contrariait leurs desseins*. L'exemple fut fidèlement suivi dans la suite. En 654 (pour ne pas remonter trop haut), Saturninus, qui voulait être tribun du peuple, et redoutait la concurrence de Q. Nunnius, une créature des aristocrates, le fit assassiner par des soldats de Marins, son ami, qui les mit très volontiers à sa disposition. L'année suivante, O. Memniius, un fort honnête homme, qu'on craignait de voir réussir aux élections consulaires, fut tué à coups de balon par

Page 1