De lege aç/r., II
titre que les biens patrimoniaux les plus légitimes ; de cette façon, on ratifiait d'un seul coup toutes les libéralités de Sylla, et l'on en garantissait à ceux qui en avaient profité la tranquille possession. La loi de Rullus était donc une transaction entre les partis qui cherchait à les accorder par des concessions réciproques et semblait de nature à établir la paix publique.
Pourquoi donc Gicéron s'est-il déclaré avec tant d'archarnement contre elle? Ici encore, ne faut-il pas soupçonner qu'il s'y était engagé d'avance? Mais outre cette raison générale que la politique du Sénat avait été toujours hostile aux lois agraires, ce qui semblait lui faire une obligation de combattre celle de Rullus, il faut dire qu'il avait, en ce moment, des raisons particulières de s'en méfier. L'expérience lui avait appris que les lois de ce genre ne vont jamais sans quelques troubles, et la république lui semblait si malade qu'il craignait que la moindre agitation ne lui fût fatale. Enfin on doit reconnaître que, si, dans l'ensemble, la loi était habile et sage, elle contenait aussi quelques dispositions dont on pouvait abuser et que Gicéron a signalées avec une verve implacable. Mais, quoi qu'il prétende, ce n'est pas ce qui l'en a rendu l'ennemi; il semble bien qu'avant même de la connaître, il était décidé à Tattaquer. G'est à peine s'il
i. Il faut ajouter que l'opinion qu'il exprime sur les lois agraires dans le De officiis (II, 21) est assez sévère. Cependant il a iini par en présenter une lui-même pour gagner les soldats {Philipp., V, 19).
se donna le temps de Tétudier. Dès qu'il sut que RuUus Tavait fait afficher, il envoya en toute hâte plusieurs copistes pour la transcrire, et le l"'' janvier, à la séance du Sénat où il fut installé, il était prêt à la combattre. L'affaire commença donc devant le Sénat; mais elle devait se vider ailleurs. L'opinion du Sénat est faite; il n'a pas besoin qu'on l'excite contre les lois agraires; Cicéron sait bien que c'est le peuple qu'il lui faut gagner, et que ce sera plus difficile. Cependant, il ne doute pas du succès; le triomphe de son élection l'a convaincu plus que jamais du pouvoir de son éloquence, et il compte sur elle pour réussir. D'un simple citoyen, elle a fait de lui un consul; elle l'aidera à le maintenir à la place où elle l'a mis; « la lumière éclatera tout d'un coup, quand la voix et l'autorité d'un consul se feront entendre * «. Aussi ne veutil pas imiter ses prédécesseurs qui, une fois arrivés à la magistrature suprême, se reposent dans leur haute dignité et fuient les réunions populaires, de peur qu'on ne leur demande des comptes. Lui, veut garder ses communications avec le peuple; il se mettra à la disposition de ceux qui voudraient l'interroger, et, pour commencer sans retard, il annonce que, dès le lendemain, il réunira l'assemblée au Forum; puis, se tournant vers les Tribuns, il les somme de n'y pas manquer. « Je vous provoque, leur dit-il; venez m'entendre; je veux qu'entre nous le peuple romain décide ^ »