‹ La conjuration de CatilinaChapitre 43 sur 89 · Sali · texte numérisé non relu

Sali

y attendait que la noblesse, qui ne pouvait pas vivre dans son isolement, fît des concessions, ce qui ne manquait pas d'arriver. Peu à peu les choses se gâtèrent et l'on en vint à l'émeute. Il faut pourtant remarquer que, jusque dans les scènes les plus tumultueuses des dernières années de la république, on retrouve le caractère du peuple chez qui elles se produisent. Elles affectent un certain respect de la loi, le souci visible de se rattacher de quelque manière à la constitution, même quand on la viole. C'est toujours à la même occasion que la lutte s'engage, et sur le même champ de bataille qu'on en vient aux mains. Il s'agit d'enlever une élection ou de faire approuver une loi. Le moyen qu'on prend pour y réussir est toujours le même : on chasse à coups de pierre ou de bâton, du Champ de Mars ou du Forum, tous les gens du parti contraire, et l'on vote quand on est sûr d'avoir l'unanimité. Le procédé est violent, mais au moins on a voté, et les apparences sont sauves : la plupart n'en demandaient pas davantage. La grande difficulté consistait à prendre possession de la tribune et à s'y maintenir. On s'y installait dès le milieu de la nuit, avec une bonne troupe, et l'on empêchait les adversaires d'en approcher. Un récit fort curieux de Cicéron qu'il a plusieurs fois reproduit ^ peut nous donner quelque idée de ce qui se passait dans ces grandes émeutes. Il y a quelque intérêt à comparer

1. Surtout dans le Pro domo sua, dans les discours pour Sextius et contre Pison. Cette émeute est celle qui força Cicéron à partir pour l'exil.

ce qu'il nous raconte à ce que nous avons vu chez nous. D'abord, celui qui voulait soulever la foule, un tribun d'ordinaire, ordonnait de fermer les boutiques*. C'était sans doute pour enlever à ceux qui com-mençaient à déserter les assemblées politiques tout prétexte à rester chez eux. Jetés ainsi dans la rue, on pensait qu'ils ne trouveraient rien de mieux à faire que de se rendre au I^^orum. De leur côté, les membres des clubs — il y en avait alors dans tous les quartiers [collegia compilalicia) — se rendaient aux lieux ordinaires de leurs réunions; on les enrégimentait, on en formait des compagnies^ on leur indiquait un lieu de rendez-vous ^. Tout cela se passait au grand jour, sans souci de la police, qui n'existait pas, au milieu d'un carrefour, auprès d'un tribunal où le préteur rendait la justice. Des armes étaient préparées dans le temple de Castor, dont on obstruait les degrés, pour qu'on ne pût pas les venir prendre; puis, quand on les avait distribuées aux complices, on les lançait sur la foule désarmée, et ceux qui faisaient mine de résister, on les frappait sans pitié. Le lendemain, on était obligé d'éponger le Forum; on jetait les morts par la bouche de l'égout de Tarquin, qu'on voit encore grande ouverte du côté de la basilique Juha, et le Tibre roulait des cadavres dans ses eaux ensanglantées.

On comprend que ces violences, qui épouvantaient

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