‹ La conjuration de CatilinaChapitre 44 sur 89 · In Pis., 21 ; ediclis luis labernas claudi jubebas · texte numérisé non relu

In Pis., 21 ; ediclis luis labernas claudi jubebas

2. Pro SextiOy i'6 : quum vicalim homines conscriberentiir, decuriarentur.

les honnêtes gens, aient souvent réussi; elles ont fait les succès de Clodius et amené l'exil de Ciccron. Mais on dut s'apercevoir assez vite qu'elles ne procuraient que des victoires passagères. A son tour le parti vaincu, s'il était riche, répandait de l'argent dans les tribus, gagnait, en les payant, les habitués des clubs, enrôlait des gladiateurs ou des esclaves; il n'avait qu'à user des mêmes moyens que ses adversaires pour provoquer une émeute en sens inverse qui produisait des elïets contraires, et c'était toujours à recommencer. On ne pouvait espérer obtenir une supériorité durable que si l'on possédait une force disciplinée, obéissante, qu'on fût sûr d'avoir toujours sous la main. Puisque la violence et la corruption disposaient des votes au Forum, et que la foi politique, qui liait les citoyens à un parti, n'existait plus, il était naturel qu'on songeât à la remplacer par le respect et l'affection qui attachent le soldat à son chef et qu'on employât désormais l'armée pour arriver à la conquête du premier rang. Marins d'abord, puis Sylla, le firent avec succès, et ils en donnèrent l'exemple aux autres. Les grands ambitieux, qui, vers l'époque du consulat de Cicéron, se disputaient le pouvoir, étaient bien décidés à faire comme eux, et nous voyons que tous cherchent le moyen d'avoir une armée à leur service. Pompée est pourvu; il commande aux légions d'Orient, qui lui sont entièrement dévouées. S'il veut les amener en Italie, elles le suivront, et c'est ce qui épouvante ses rivaux. Crassus comprend bien que sa fortune ne

suffira pas seule à lui donner la situation qu'il ambitionne. Il se souvient qu'il a fait la guerre avec honneur, et veut s'y remettre. Il dépense de grosses sommes pour susciter une affaire en Egypte, qui pourra lui fournir une occasion d'être mis à la tête d'une armée ^ et, comme il n'y réussit pas, il se jette dans cette folle expédition contre les Parthes, où il trouvera la mort. Il semble que César ait eu d'abord la pensée de ne conquérir le pouvoir que dans les luttes intérieures, et il s'obstine, pendant plusieurs années, à ne pas s'éloigner du Forum. Mais probablement la situation que Pompée s'est faite lui donne à réfléchir; il voit bien qu'il n'aura pas raison des légions d'Orient avec des émeutes ou des bulletins de vote. Il songe un moment, comme Grassus, à tirer parti de l'affaire d'Egypte ; puis, arrivé au consulat, il machine la conquête des Gaules.

Gatilina devait penser comme eux. Il voyait bien de quel intérêt il était pour lui de disposer d'une armée ; mais, comme il était pressé d'agir, il lui fallait l'avoir tout de suite, et les circonstances n'y étaient pas favorables. Rome se trouvait en paix avec le monde entier, ce qui lui était rarement arrivé, de sorte que, même s'il réussissait dans sa candidature, il n'avait guère de prétexte pour obtenir un commandement militaire important. D'ailleurs, était-ce bien à des

1. Cette affaire d'Egypte, que nous connaissons très mal, paraît avoir eu une certaine importance dans la politique de ce temps. M. Ferrero a montré que Rullus, c'est-à-dire probablement César, dans la loi agraire, préparait un moyen de la renouveler.

légions qu'il devait s'adresser pour le genre de révolution qu'il préparait? Quoique fort peu scrupuleuses, elles pouvaient y répugner. Il lui fallait des troupes d'un caractère particulier, prêtes à toutes les besognes. Ces troupes, il savait où les trouver; il y avait partout, dans les provinces italiennes, et spécialement en Etrurie, d'anciens soldats de Sylla, auxquels le dictateur, on vient de le voir, avait libéralement distribué cent vingt mille lots de terre. Mais ces pillards de l'Asie avaient eu grand'peine à devenir d'honnêtes fermiers. Ils s'ennuyaient dans ces domaines qu'on leur avait donnés; comme ils ne s'entendaient guère à les faire valoir, ils étaient criblés de dettes et tracassés par les créanciers. Ils regrettaient leur ancien mélier, qui leur avait été si profitable, et au premier signe qu'on leur ferait, ils étaient prêts à reprendre les armes. On savait bien qu'il ne manquerait pas de gens pour se joindre à eux. Partout ils allaient trouver des mécontents, des révoltés, qui s'associeraient à leur fortune. C'étaient surtout les anciens propriétaires des biens qu'après chaque victoire le vainqueur s'était appropriés, qui, se trouvant sans ressources, s'étaient fait brigands. Depuis la guerre sociale et les guerres civiles, toutes les routes en étaient infestées *. Il y avait aussi les gladiateurs qu'on exerçait pour les jeux publics dans de grandes écoles, et qui étaient toujours disposés à s'échapper

1. Voir Cicéron, Pro Tullio, 2. Les fragments de ce discours, trop courts malheureusement, font bien connaître en quel misérable état se trouvait alors l'Italie.

dès qu'on entr'ouvrait la porte. Milon et beaucoup d'autres s'en formèrent comme une garde, qu'ils amenaient avec eux sur la place publique les jours de vote et d'élection. Il y avait enfin les pâtres qui gardaient les grands troupeaux dans les gorges sauvages de l'Apennin. Ils étaient pour les conspirateurs une très précieuse ressource. On racontait que le consul Antoine, qui passait son temps à s'enrichir par ses pillages et à se ruiner par ses débauches, ayant été réduit à vendre ses domaines et ses troupeaux, avait conservé les pâtres, pour s'en servir quand il voudrait faire quelque mauvais coup ^ Voilà de quels éléments la petite armée de Catilina se composait. Le centre de ce mouvement militaire devait être Fa^sula? (aujourd'hui Fiesole), au cœur de l'Etrurie. C'est là que Catilina réunit le gros de ses troupes, sous la conduite d'un ancien centurion de Sylla, Manlius ou Mallius, dans lequel il avait une pleine confiance. Tout ce qu'on nous dit de ce Manlius, c'est que c'était un brave soldat, et qu'il sut mourir avec courage-.

Nous venons de voir ce qu'on peut savoir — ou soupçonner — de ces troupes que Catilina avait réunies à FîesulcT. Les conjurés de Rome étant plus en

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