‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 11 sur 85 · Tite-Live, II · texte numérisé non relu

Tite-Live, II

emprisonné pour dettes ». Celle promesse, ils l'ont renouvelée très souvenl, mais ils ne Pont jamais tenue, et il faul bien croire que eetle vieille barbarie, grAce il la complaisance générale pour les usuriers, n'a jamais entièrement disparu, puisque Manlius, le lieutenant de Catilina, disait que ses compagnons et lui ne prenaient les armes que pour échapper à la cruauté de leurs créanciers, (jui, après leur avoir pris leur fortune, voulaient encore leur ôler leur liberté. C'est ainsi que l'aristocratie finit par exproprier la petite propriété et que se formèrent ces grands domaines, qui, au dire de Pline, ont perdu rilalie. 11 dut y avoir à cette ruine d'autres causes économiques, par exemple la cherté de la main-d'œuvre, qui fut la suite de l'émigration des paysans dans les villes, le bas prix du blé, amené par la concurrence des blés étrangers. Mais quelle que soit l'origine de cette détresse, c'est en somme par des dettes qu'elle se trahit, et il est impossible de lire TiteLive sans entendre, dans toutes les émeutes, un cri de misère et de haine contre les créanciers qui se mêle aux revendications politicjues.

Les petites gens une fois ruinés par l'arislocratie, l'aristocratie se ruina elle-môme. Salluste fait très bien remarquer (jue ce fut sa prospérité môme qui causa sa perte. « Des gens qui avaient supporté facilement les misères et les périls, traversé sans faiblir les situations les plus embarrassées et les plus pénibles, plièrent sous le poids du repos et de la fortune. Ce qui fît leur malheur, c'est d'avoir obtenu ce

qu'ordinairement on désire *. » Ils semblent avoir été presque déconcertés par leurs premières conquêtes hors <le l'Italie; ne sachant trop ce qu'ils pourraient faire de ces royaumes dont ils étaient devenus les maîtres, ils jugèrent d'abord plus simple de les laisser à leurs anciens souverains, après les avoir rançonnés impitoyablement. C'est ainsi qu'ils imposèrent une contribution de 1 70 millions au roi de Syrie Antiochus, et qu'ils tirèrent de tous ces princes vaincus plus de 7()0 millions de francs. C'était un fleuve d'or qui coulait tout d'un coup sur l'Italie; toutes les conditions de la vie en furent changées, on se trouva riche sans transition et trop vile. Et remarquons qu'en même temps que l'argent affluait à Rome, l'Asie, qui le lui fournissait, lui donnait les moyens de le dépenser. « Prenez garde, disait Calon, au début des guerres d'Orient; nous mettons le pied dans un pays où abondent toutes les excitations au plaisir ^ » Les Romains n'y résistèrent pas, et quand leurs armées revinrent de ces expéditions fructueuses, soldats et officiers n'étaient plus les mêmes. Tite-Live nous dit que ce changement se fit à la suite de la défaite des Calâtes par Manlius, que c'est alors que pénétrèrent à Rome les lits dorés, avec leurs couvertures de tapis magnifiques, les tables à un pied et les meubles sculptés en bois précieux; que les danseuses et les joueuses de flûte furent introduites dans les festins;

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