‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 19 sur 85 · Sali., Cat.y 5 : dum sibi regnum pararel · texte numérisé non relu

Sali., Cat.y 5 : dum sibi regnum pararel

provinces au milieu des désordres, des débauches et (les aventures de toute sorte *.

En OS(i, il était préteur, et l'année suivante on l'envoya gouverner l'Afrique. C'était une province ri<he, et qui convenait à merveille à un propréleiu^ qui avait sa fortune à faire ou à réparer. Catilina, comme on le pense bien, ne négligea pas de saisir cette bonne occasion, et même il en profita si bien que ses administrés, qu'il avait effrontément pillés, se décidèrent à porter plainte au Sénat de ses exactions. Il quitta la province en 088, et dut arriver à Home vers le milieu de l'année. A ce moment, le désordre y était à son comble. Les élections consulaires pour l'année suivante avaient donné la majorité à P. Cornélius Sylla et à P. Aulronius, deux personnages tout à fait décriés. Ce dernier ressemblait beaucoup à Catilina, dont il était l'ami, et dont il lut plus tard le complice. H passait pour un orateur, parce qu'il avait une voix puissante, mais c'était surtout un homme d'action, qui ne reculait pas devant un mauvais coup. Sylla, neveu du dictateur, possédait une grande fortune, qu'il avail mise à la disposition de son collègue, pour acheter les voix des électeurs; mais le marché avait été si scandaleux <|»'à peine l'élection faite elle avait été déférée aux tribunaux et cassée. Les deux consuls révoqués lurent remplacés par ceux mômes qui les avaient

1. (Uc, Pro Sulla, 25 : a puerilia non solum inlemperantia t't scelere, scd eiiain consueludine et studio in omni flagitio, '^lupro^ caede versatum.

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traduits en justice, Aurelius Colla et Manlius Torquatus.

C'est dans l'intervalle, si l'on en croit Sallusle, v\ pendant la vacance du consulat', que Catilina, qui venait de débarquer, posa sa candidature. Il pensail sans doute que cette situation troublée pourrait Im donner plus de chances. Malheureusement pour lui. les députés de l'Afrique avaient fait diligence, e(, quand il se présenta pour faire sa déclaration, la plainte était déjà déposée. Le consul en exercice, L. Volcalius Tullus, un peu embarrassé, réunit un conseil de quelques sénateurs importants, pour savoir ce qu'on devait faire. II fut décidé qu'il était impossible de recevoir la déclaration de Catilina tant que le procès qui lui était intenté ne serait pas jugé-. C'était une déception cruelle pour lui, d'autant plus que les procès de ce genre pouvaient durer fort longtemps. Il se trouvait donc indéfiniment ajourné. La longue attente à laquelle il s'était résigné en parcourant successivement toutes les magistratures intermédiaire^ devait l'avoir déjà fort irrité; ce nouveau relard lui fit perdre patience. Du moment qu'il ne pouvait pas arriver par les voies régulières, il n'hésita plus à recourir aux moyens violents. Sa situation ressemblait assez à celle d'Autronius : tandis qu'on empêchait l'un de solliciter le consulat qu'il poursuivait pénible-

i. Sali,, Cal., 18 : post paulo....

2. C'est Asconius qui l'affirme, à propos du discours In tof/a candida. 1! semble qu'à celte raison on en ait ajouté une autiv. Salluste dit qu'on répondit à Catilina qu'il avait déposé trop tard sa déclaration de candidature.

ment depuis dix ans, on l'ôtait à l'autre quand il croyait le tenir. Ils devaient naturellement s'entendre tous les deux pour mettre la main sur ce qu'on ne voulait pas leur laisser prendre. Il leur était facile de trouver des associés dans cette jeunesse besogneuse cl débauchée qui remplissait Rome. Parmi ceux qu'on recruta, il y en avait un surtout qui portait le plus beau nom peut-être de l'aristocratie romaine Cn. Calpurnius Piso, dont Salluste dit « qu'il était d une audace extrême, accoutumé à l'intrigue ruiné et que sa détresse autant que sa perversité l'excitaient à bouleverser la république ». On se mit vite d'accord sur ce qu'il y avait à faire. On convint de tuer les deux consuls désignés. Colla et Torquatus, et de mettre Aulronius et Catilina à leur place K Tout avait *^le minutieusement préparé, et le succès paraissait SI certain qu'on s'était procuré d'avance des licteurs pour Tinstallation des nouveaux magistrats. L'affaire qui avait été d'abord fixée aux nones de décembre! u ébruitée, et Pautorité prit des précautions. Elle lut alors remise aux calendes de janvier; mais cette

c^rr^-" -""'"^ ^^"^"-^ '- faisceauV^tl ënt 'les all.r, T ' ^i'-'/'^'^^-'^l été destitués, Autronius et Sylla Mai na a ' ^'^^''^^f^' remplacent Sylla par Catilina, etc4 tce qi

fois, il ne s'agissait plus seulement de tuer les consuls, on devait y joindre une partie des sénateurs, quelques-uns disent même le Sénat tout entier. Catilina s'était réservé de donner le signal du massacre. A-t il eu le tort, comme on l'a dit, de se trop presser, ou faut-il croire que les conjurés, qui manquaient un peu de zèle, s'étaient mis en retard? ce qui est sûr, c'est que lorsque vint le moment d'agir, ils ne se trouvaient pas à leur place. Après ce second échec, le coup était définitivement manqué.

Voilà ce qu'on a plus tard appelé la première conjuration de Catilina : on voit bien qu'elle différait entièrement de l'autre. D'abord, il n'est pas sûr qu'il y ait joué le premier rôle; il a des complices, Autronius, Pison, qui semblent avoir au moins autant d'importance que lui, tandis que, dans la conjuration véritable, non seulement il est le premier, mais on peut presque dire qu'il est seul, tant les autres sont effacés et paraissent médiocres. Ensuite, le complot ayant échoué avant d'être mis véritablement à exécution ne fut connu que d'une manière très imparfaite. Beaucoup de bruits coururent que, même à cette époque, il ne fut pas possible de vérifier. Asconius laisse entendre, d'après Gicéron, que plusieurs personnages importants en étaient, qui ne voulaient pas être connus. Suétone est plus précis; il affirme que César et Crassus favorisaient l'entreprise, et que, si elle avait réussi, Crassus aurait été nommé dictateur et César maître de la cavalerie. C'étaient évidemment des bruils fort répandus à Rome; mais comme il est

LES PRÉLIMINAIRES DE LA CONJURATION. 5i

impossible aujourd'hui d'en vérifier l'exactitude, je crois inutile de m'y arrêter.

Ce qui résulte de plus sûr des renseignements que nous avons conservés, c'est que les conjurés n'étaient pas nombreux {pauci, dit Salluste); c'est aussi qu'ils ne méditaient pas une révolution, mais un simple guet-apens : ils voulaient tuer quelques personnes pour se mettre à leur place. Ces crimes préparés froidement, accomplis sans scrupule, par des gens du grand monde, au milieu d'une société élégante, lettrée, qui lisait les beaux ouvrages des sages de la Grèce et se piquait de savoir vivre, nous paraissent d'abord incompréhensibles. Mais comme il est impossible de les nier, il faut essayer au moins de s'en rendre compte. Mérimée s'est demandé si la faute n'en doit pas être imputée à ces spectacles de l'arène qui familiarisaient les gens dès l'enfance avec la vue du sang*; et il est bien possible en effet qu'ils aient eu ce triste résultat d'ensauvager la nation qui y prenait un si vif plaisir. Mais je crois qu'on y fut plutôt amené par une sorte d'assimilation qui se fit entre les batailles du Forum et celles qui se livrent contre l'étranger. Des deux côtés c'était la guerre, plus acharnée peut-être, plus violente, quand on avait des conciloyens en face de soi. Or, il est de règle, chez les peuples antiques, qu'à la guerre le vaincu ^loit mourir, et que la victoire confère au vainqueur tous les droits sur lui. C'est une loi que tout le monde

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accepte et contre laquelle celui môme qui va la subir ne réclame pas. La situation des adversaires politiques est môme plus fâcheuse que celle des ennemis du dehors, car enfin, quand on est las de tuer un ennemi qui ne résiste plus, on le conserve pour en faire un esclave (servus^ quasi servatus). Mais comme l'adversaire politique, étant un citoyen, ne peut pas ôtre vendu, il faut bien (ju'il disparaisse, si Ton ne veut pas ôtre exposé à le retrouver plus tard devant soi. Il ne reste, pour s'en débarrasser, que les proscriptions, quand on est le maître, ou l'assassinai, lorsqu'on veut le devenir. Voilà comment les proscriptions, — sous Marins, sous Sylla, sous les Triumvirs, — sont devenues des opérations régulières, presque légales, et pourquoi l'assassinat politique a été pratiqué sans hésitation à Home dans tous les temps et par tous les partis. Au début de la république, les patriciens en donnent l'exemple en faisant tuer dans sa maison le tribun Genucius, qui contrariait leurs desseins*. L'exemple fut fidèlement suivi dans la suite. En 65i (pour ne pas remonter trop haut), Saturninus, qui voulait ôtre tribun du peuple, et redoutait la concurrence de Q. Nunnius, une créature des aristocrates, le lit assassiner par des soldats de Marins, son ami, (jui les mit très volontiers à sa disposition. L'année suivante, (J. Memmius, un fori honnôte homme, qu'on craignait de voir réussir aux élections consulaires, fut tué à coups de bûton par

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