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à penser qu'avant tout il fallait à toute force les empêcher de réussir tous les deux.
Au dernier moment, un mois à peine avant l'élection, quelques bruits commencèrent à se répandre d'une conjuration qui se tramait dans l'ombre. On racontait que Gatilina avait réuni ses partisans et qu'il leur avait révélé ce qu'il comptait faire s'il était nommé. Les gens riches, banquiers, fermiers de l'impôt, grands propriétaires, furent ainsi prévenus que ce n'était pas le gouvernement seul qui était menacé, et qu'on en voulait à leur fortune. Les inquiétudes devinrent aussitôt très vives dans le monde des affaires'. L'aristocratie, plus directement menacée, comprit qu'il ne lui était pas possible, à la veille des comices, d'improviser une candidature nouvelle et qu'elle était bien forcée de se rallier à la seule qui pût réussir. C'est ainsi qu'à la dernière heure Cicéron devint le candidat indispensable de tous ceux qui voulaient le maintien de l'ordre et le salut de la république.
Nous ne savons rien de ce qui s'est passé dans les dernières semaines; mais peut-être est-il possible de le soupçonner d'après ce qui arriva plus tard. L'aristocratie était trop habile pour ne pas faire payer de
i. C'est peut-être à cette occasion qu'eut lieu, h la llourse de Rome, la panique, dont parle Valère Maxinu; (IV, 8, 3), qui se produisit, dit-il, pendant la conjuration de Catilina. Elle aurait amené de nombreuses faillites, si un riche banquier, Q. Considius, qui avait des sommes considérables engagées sur le marclié, n'avait déclaré qu'il ne réclamerait rien à ses débiteurs. Celte générosité rassura le crédit public.
quelque manière à Cicéron son appui, quoiqu'il lui fut impossible de ne pas le lui donner. Elle le savait d'humeur assez indépendante et pensa sans doute qu'il était bon de prendre des précautions avec lui. Il est probable que, sur certaines questions, elle en obtint des engagements que nous pouvons deviner, puisque loyalement il les a tenus. Le zèle avec lequel, étant consul, il a défendu les intérêts du Sénat, même quand, au fond du C(rur, il leur était contraire, semble bien indiquer qu'il s'était engagé d'avance à maintenir ce qui restait des lois de Sylla.
L'habitude que nous avons prise du suiïragc universel chez nous et chez les autres nous permet de comprendre la façon dont se terminèrent les comices de 090. yuand tout le monde vote, c'est souvent par une sorte d'entraînement que les élections importantes se décident*. On s'émeut, on s'excite l'un par l'autre, et, aux dernières heures, il se forme un courant auquel personne ne résiste. La foule accourut au Champ de Mars, quand le scrutin fut ouvert. Les électeurs ne se contentaient pas de mettre dans l'urne leur bulletin de vote, « garant muet de la liberté des suffrages, » ils acclamaient avec enthousiasme le nom de Cicéron, en sorte qu'il a pu dire « que ce n'est pas seulement la voix du héraut, mais celle du peuple romain qui l'a proclamé consuP ». Antoine ne l'emporta que de quelques voix sur Catilina.
1. Cicéron ne l'ignorait pas, lui qui dit que les élections se font impctu non nunquam et quadain etiam lemeritate. {Pro Plancio, 4.)