‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 28 sur 85 · De lege agr · texte numérisé non relu

De lege agr

li^'îf^i^'^

Celait une grancie victoire pour ('icéron. Il était nommé le premier, aux acclamations de tout le peuple. Il obtenait la plus haute magistrature de la république, deux ans après avoir été préteur, c'est-àdire aussitôt que la loi lui permettait d*y prétendre, tandis que son compatriote Marins, un si grand homme de guerre, avait mis sept ans pour arriver de la préture au consulat. Quand on connaît sa sensibilité délicate et le penchant qu'il avait à se complaire en lui-môme, on comprend qu'il en ait éprouvé une joie débordante. Quoiqu'il ait eu dans sa vie quehjues beaux jours de triomphe, il n'a peut-être jamais été plus heureux que lorsque, au Champ de Mars, dans la villa puhlicn^ où se tenait le candidat pendant l'élection, cette cohorte de jeunes gens, qui s'était mise à son service, vint lui annoncer le résultat de la lutte.

Mais, s'il fut d'abord enivré par son succès, ce qui était bien naturel, on peut être sûr, quand on le connaît, que Tivresse ne dura pas. Il était trop perspicace, il avait trop l'habitude de voir les mauvais côtés des choses pour ne pas distinguer clairement, dès les premiers jours, ce que la situation avait de grave, et les dangers qu'il allait courir. De tous ces dangers, le plus rapproché, le plus menaçant, celui qu'il fallait écarter d'abord, lui venait du collègue que le suffrage de ses concitoyens lui avait donné. Il y avait quelques semaines à peine qu'il l'avait accablé

d'injures devant le Sénat, le traitant de voleur et d'assassin, et l'élection venait d'en faire son associé, l'homme qui allait gouverner Rome avec lui. Ils devaient à tout moment se concerter, s'entendre, prendre des mesures en commun, et l'on savait qu'ils avaient des opinions contraires et ne s'accordaient en rien. Que pouvait-il résulter de cette alliance mal assortie? et comment l'Etat allait-il marcher, avec des conducteurs qui le tireraient en sens inverse?

Les vieux Romains, pour se délivrer à tout jamais des inconvénients de la royauté, avaient imaginé d'en limiter la durée à un an, et d'en investir deux personnes au lieu d'une, c'est-à-dire de la remplacer par le consulat, et il faut bien croire que le moyen était bon, puisque la royauté, pendant des siècles, n'a pas reparu. Mais il présentait aussi des dangers. Le plus grave était celui dont Cicéron allait avoir à souffrir et qui provenait de la diversité d'humeurs et de sentiments entre les deux collègues. Ce danger était d'autant plus à craindre qu'en instituant la magistrature nouvelle, on avait voulu lui conserver la grandeur et le prestige de l'ancienne. Afin de ne pas paraître en diminuer la majesté en la partageant, et pour que chacun eût l'air de la posséder tout entière *, on avait évité de faire des séparations trop précises d'attributions entre les deux collègues, ce qui devait

\. Cum unum maffistratum adminislrenty unius hominis vicem sustineiit. Mommsen a donné une excellente explication de ce passage d'Ulpien et il a fait d'une manière détinitive la théorie de la dualité du consulat dans son Dirait public (I, p. 33, de la traduction française)*

rendre, à ce qu'il semble, les conflits presque inévitables. La merveille, c'est qu'ils aient été si rares, et qu'une machine aussi délicate ait marché sans encombre pendant tant de siècles. Rien ne nous fait plus admirer le patriotisme des magistrats de ces époques primitives que de songer aux concessions réciproques, aux sacrifices d'amour-propre, d'opinions, d'intérêt qu'ils durent se faire l'un à l'autre pour rester d'accord entre eux. Il y eut cependant des inimitiés, des luttes, qu'on accommoda d'abord comme on put, mais qui éclatèrenl avec violence, quand les mœurs publiques commencèrent à s'altérer. Quelques années avant le consulat de Cicéron, la querelle entre Oclavius et Cinna, deux collègues qui avaient promis de vivre en bonne amitié, finit par une guerre civile. Plus tard, César et Bibulus, deux mortels ennemis, furent nommés consuls ensemble. On s'attendait à des luttes passionnées; mais César, qui savait bien qu'il avait afl'aire à un collègue entêté et médiocre dont il n'aurait jamais raison, prit le parti de se passer entièrement de lui. Il le laissa s'enfermer dans sa maison, protester solennellement contre tout ce qui se faisait en son absence, et s'occupa tout seul des affaires publiques. Cette annéelà, il n'y eut vraiment qu'un consul '.

Cicéron arriva au môme résultat par un autre moyen. 11 savait qu'il lui serait possible de s'accom-

\. Pour dater ce consulat, au lieu tle mettre le nom des deux consuls, comme c'était l'ordinaire, les malins disaient ; Caio et Julio Caesare considibus.

moder avec son collègue en y mettant le prix. Antoine était tout à fait ruiné et comptait se refaire dans la province que, selon l'usage, il aurait à gouverner après son consulat. Les deux provinces qu'on avait réservées d'avance pour les consuls, quand ils sortiraient de charge, étaient la Macédoine et la Gaule cisalpine ; ils devaient tirer au sort entre eux celle qui leur serait attribuée. La Macédoine était de beaucoup la plus avantageuse, et Antoine la convoitait; Cicéron la lui céda, avant que le sort eût décidé '. Il n'y avait pas grand mérite, car il était résolu à n'accepter ni l'une ni l'autre des deux provinces et ne voulait quitter Rome sous aucun prétexte. Cependant Antoine lui sut gré de cette complaisance, et c'est à elle qu'on attribue que, tant que dura ce ménage mal assorti, il n'y eut d'éclat public d'aucun côté; mais il n'y eut pas non plus de confiance réciproque. On n'obtint jamais d'Antoine qu'il s'engageât formellement à soutenir la politique de son collègue. Il con-

1. On a dit que la générosité de Cicéron ne fut pas tout à fait désintéressée et qucn cédant à Antoine cette riche province il avait stipulé qu'il partagerait les bénéfices. Antoine le laissait entendre, sans doute dans l'espoir que la province supporterait mieux ses rapines, si elle savait qu'il était obligé de piller pour deux. Cicéron en fut indigné quand il le sut {Ad AU., 1, 12) et déclara qu'il ne chercherait pas à faire maintenir Antoine dans son gouvernement, ce qui aurait été son intérêt, s'il en avait partagé les profits avec lui. il n'y a de sûr qu'une chose, c'est qu'Antoine était son débiteur, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'il empruntait à tout le monde, et que comme à son ordinaire, il ne payait pas ses créanciers. La lettre que lui écrivit plus tard Cicéron, quand il fut un peu radouci {Fam., V, 5) me semble bien prouver qu'il n'y eut jamais entre eux aucune transaction malhonnête.

go LA CONJURATION DE CATILINA.

serva ses rapports intimes avec Catilina, qui ne cessa pas de compter sur son appui, et il est probable qu il tenait au courant son ancien associé de ce qu'il avait intérêt à savoir. Malgré tout, Cicéron, qui ne 1 ignorait pas, continuait à le traiter avec les plus grands égards et cherchait à le désarmer par ses prévenances. Mais en même temps il tenait l'œil ouvert sur toutes ses démarches. Comme il avait la chance d'être en très bons rapports avec P. Sextius, le questeur d'Antoine, il s'en servit fort adroitement pour diriger son collègue, et au besoin pour le surveiller. Ce n'en était pas moins une grande gêne d'avoir auprès de soi, dans les mêmes conseils, quelqu'un devant lequel on n'osait pas parler Hbrement, dont on savait qu'il vous trahissait, et qu'en cas de lutte indécise, il se mettrait sans doute de l'autre côté et autoriserait par sa présence les projets de l'ennemi. Rien ne montre mieux tout ce qu'avait Cicéron de souplesse et d'habileté que de voir comment il a su éviter les périls de ce voisinage incommode. Il est vrai qu'il y fut aidé par la parfaite incapacité de son collègue, qui égalait sa profonde scélératesse. Il parvint si bien à l'annihiler, pendant tout son consulat, qu'on a pu dire, comme pour César, que, cette année-là, il n'y eut qu'un consul.

Ce n'était pas, malheureusement pour Cicéron, la seule raison qu'il eût d'être inquiet, Il dut en décou-

LE CONSULAT DE CICÉRON. gj

vrir ou en soupçonner bien d'autres, pendant ces cinq mois de recueillement, où, consul désigné, et participant aux affaires publiques, sans en avoir encore la responsabilité, il était bien placé pour étudier les événements et observer les hommes. Ce qui l'alarma le plus, dans la situation troublée de la république, ce ne furent pas les menées ouvertes des partis et cette écume de surface contre lesquelles on peut se défendre, parce qu'on les a sous les yeux; c'était plutôt ce qui cherchait à se cacher, et ce qu'on ne surprenait pas du premier coup. Il y a, disait-il, des gens bien plus redoutables que Rnllus', et que tous ces agitateurs bruyants et vulgaires derrière lesquels ils se dérobent. Ces gens, il les désigne clairement quand il ajoute que ce sont des ambitieux, qui nourrissent des espérances inimitées et convoitent des pouvoirs extraordinaires ^ Ce n'est pas de Catilina qu'il veut parler, comme on l'a cru. Au lendemain de l'élection où il venait d'échouer, on pouvait le croire abattu; et, de fait, il n'est question de lui nulle part en ce moment. Les hommes politiques auxquels il fait allusion, dont il n'a pas besoin de prononcer le nom pour qu'on les reconnaisse, qui se tiennent aux aguets, prêts à profiter des occasions, ce sont plutôt ceux qui viennent de porter de si rudes coups à l'aristocratie en formant le premier triumvirat, c'est-àdire Pompée, Crassus et César. De près ou de loin, ils

1. De lerj arjr., I, 7 : ii qiios mullo magis quam Rullum timelis. -. Dp leg. ar/r., Il, 13 : novae dominatioiies, exlraordhiaria non imperia sed régna quaeri putabantur.

— içw^-^

»;TT^r->^w^

g2 LA CONJURATION DE CATILINA.

vont se trouver mêlés à toute l'histoire du consulat de Cicéron, et, avant de Tenlamer, il faut bien dire en quelques mois quelle était alors la situation politique de chacun d'eux.

Pompée commande l'armée d'Asie; cependant il n'est pas si loin de Home qu'on pourrait le croire, car il occupe la pensée de tous les politiques. La conquête de l'Orient étant finie, on sait qu'il est près de revenir, mais on ignore ce qu'il va l'aire. Personne n'imagine que cet ambitieux se conduira comme les conquérants d'autrefois, qui, leur tûche achevée, s'en retournaient à la charrue ou reprenaient tranquillement leur place au Sénat. Les bons citoyens un peu soupçonneux, comme Caton, redoutent qu'il ne veuille s'emparer de l'autorité souveraine par un coup de force et se préparent à résister. Ceux qui le connaissent mieux, et ne le croient pas capable de ces entreprises audacieuses, supposent qu'il profitera de son prestige pour réclamer ces pouvoirs exceptionnels pour lesquels il a tant de goût parce qu'ils flattent sa vanité et le mettent au-dessus des autres. C'est à quoi ne se résignent pas ses anciens associés, qui ont été ses égaux et ne veulent pas devenir ses subordonnés. On a pensé, avec raison, je crois, que Paltente de ce retour qui les inquiète, le besoin de fortifier leur situation, de se faire des alliés et de prendre, grûce à la confusion générale, une position plus forte, sont parmi les principaux motifs qui les ont portés à favoriser toutes les conspirations. On peut donc attribuer à Pompée, quoicju'il fût absent,

une part importante dans les agitations qui ont troublé le consulat de Cicéron.

Des deux autres triumvirs, c'était Crassus qui dissimulait le moins son inquiétude. Quoiqu'il eût fait autrefois bonne figure à la tête des armées, il représentait surlout dans l'alliance le pouvoir de l'argent; il y jouait donc un rôle moins brillant, mais peut^ être en réalité plus efficace. Les origines de son immense fortune étaient assez honteuses : il l'avait commencée sous Sylla en se procurant à bon marché des biens de proscrits; elle s'était accrue plus tard par des spéculations heureuses. Il profitait des incendies, si fréquents à Rome, pour acheter à bas prix les maisons endommagées et les faisait rebâtir par des architectes et des maçons qui étaient à son service. Il était ainsi devenu propriétaire de quartiers tout entiers; il possédait aussi de grands domaines bien cultivés et des mines d'argent. Surtout il s'occupait du commerce des esclaves qui était un de ceux qui donnaient les meilleurs profits; il les faisait instruire chez lui, surveillant leur éducation et y mettant la main lui-môme, pour les revendre ensuite très cher à ceux qui avaient besoin de bons secrétaires, de lecteurs, d'intendants, de maîtres d'hôtel. Il était l'homme le plus riche de la république; mais il ne lui suffisait pas d'avoir obtenu cette considération dont on est assuré quand on possède quarante millions de biens fonds au soleil et de bonnes créances sur les personnages les plus importants de son pays, il voulut avoir aussi la puissance politique, et, pour la con-

g4 LA CONJURATION DE CATILINA.

quérir, il usa de sa fortune avec une libéralité qui n'est pas ordinaire à ceux qui l'ont péniblement acquise. Devenu aussi généreux qu'il avait été avide, il obligeait volontiers ses amis et ses connaissances, il prêtait son argent sans intérêts et il avait ainsi pour débiteurs une grande partie de ses collègues du Sénat. Quant ^^ peuple, il le charmait par sa civilité, et, ce qui lui était plus agréable, il lui avait fourni gratuitement du pain pendant trois mois. On comprend qu'en les payant si cher, il s'était fait beaucoup d'amis; et pourtant, les succès qu'il avait obtenus dans sa vie politique ne le contentaient pas entièrement. Par une sorte de mauvaise chance, il avait toujours trouvé Pompée sur ses pas. Pompée lui avait enlevé la gloire d'achever la défaite de Spartacus, qu'il avait très habilement commencée. H n'avait pu arriver aux plus hautes fonctions qu'en s'alliant avec Pompée, et on les avait nommés consuls ensemble. Ce consulat avait été fort agité; il lui avait fallu supporter, de la part de son vaniteux collègue, beaucoup de ces déboires d'amour-propre qui lui étaient particulièrement cruels, car il était disposé à croire, comme tous les financiers, qu'étant le plus riche, il devait être le plus puissant et le plus honoré. On comprend qu'avec tant de raisons de détester Pompée, il fût mécontent de le voir revenir et qu'il essayât, par toute sorte de mouvements et d'aUiances même suspectes, de se faire un parti qui lui permît de résister au mauvais vouloir d'un rival odieux.

César ne devait pas être beaucoup plus satisfait que Crassus d'un retour qui menaçait de compromettre l'ascendant qu'il avait pris sur le parti populaire. Depuis le départ de Pompée, il en était le chef véritable. Il avait sur ses deux associés l'avantage d'avoir toujours marché dans la même voie. Tandis que les autres, partis du camp de Sylla, étaient arrivés par beaucoup de détours à la démocratie, on l'avait toujours connu fidèle à la même cause. Partisan de Marins dès le premier jour, il ne l'avait pas renié après sa défaite. Il venait de faire relever ses trophées, renversés par Sylla; il poursuivait avec acharnement ses ennemis devant les tribunaux. Le peuple avait pleine confiance en lui, et il le sentait bien, ce qui doublait sa force. Lui aussi, à mesure qu'il avançait dans la vie, prenait confiance en lui-même et s'affermissait dans son ambition. Il avait cette qualité, qui manquait à ses rivaux, de savoir nettement ce qu'il voulait faire. Il sentait bien que le moment était décisif pour établir d'une manière définitive la supériorité qu'il avait acquise dans son parti. Mais il comprenait aussi combien il lui serait difficile de le faire, s'il avait Pompée en face de lui. L'arrivée de ce trouble-fête devait le gêner comme Crassus, et il était naturel que, par toutes sortes de machinations et d'intrigues, il cherchai d'avance à prendre ses précautions contre lui.

En présence de ces trois personnages, quelle est l'attitude de Cicéron? — II est le protégé de Pompée et il tient à continuer à l'être. Comme il connaît ses

ge LA CONJURATION DE CATILINA.

goûts, il le paye en compliments. Ce grand nom revient à satiété dans tous ses discours : c'est celui dont il se pare à tout propos comme d'un ornement et dont il se couvre comme d'une défense. Mais, malgré les services qu'il lui a rendus et les éloges qu il lui prodigue, il a pratiqué assez le personnage pour savoir qu'on ne peut pas se fier tout à fait à lui. Dans l'excès même des louanges dont il le comble, il semble qu'on sente un efYort pour enchaîner une reconnaissance toujours prête à s'échapper. On aperçoit aussi par moments que cette servitude commence à lui peser, et il laisse entrevoir, au milieu même de ses flatteries, quelques velléités d'émancipation. Par exemple, il fait remarquer que, s'il a été nommé consul avec l'aveu de Pompée, c'était pourtant en son absence, ce qui diminue sensiblement la part qu'il y a prise. Cette observation n'a pas dû échapper aux malveillants. 11 était impossible aussi qu'on ne s'aperçût pas de l'insistance avec laquelle il ne cesse de rappeler qu'il ne doit ses succès qu'à son éloquence, et qu'on n'y sentît une pointe d'ironie contre la gloire militaire. C'est le prélude du fameux hémistiche : cédant arma logae, que Pompée ne lui a jamais pardonné. Malgré tout, l'éloge du vainqueur de l'Asie revient souvent encore dans ses discours. 11 continue à se regarder comme sa créature et à se mettre à l'ombre de ce grand nom. C'est ce que Çrassus ne peut soufl'rir, et ce qui le rend irrémédiablement hostile à Cicéron. César n'a pas d'inimitié personnelle contre lui; mais, comme il vient de le

^"i A-tk f.à- 1

LE CONSULAT DE CICÉRON. g?

voir réussir dans sa candidature par l'appui des aristocrates, il ne doute pas que les circonstances ne l'amènent nécessairement à le combattre, et il s'y prépare. Ce sont là des adversaires puissants, et Cicéron doit se demander sur quels alliés il peut compter pour leur tenir tête. Il lui en faut de soHdes, de décidés, qui non seulement prennent son parti dans les assemblées politiques où il va être vigoureusement attaqué, mais qui le défendent contre le peuple ameuté, si, comme on peut le craindre, la lutte dégénère en séditions. L'aristocratie ne domine pas seulement au Sénat, où elle est maîtresse, mais avec la masse de clients, de serviteurs, d'obligés dont elle dispose, avec les partisans que lui donnent les souvenirs du passé, le respect des traditions et des habitudes, elle peut, dans la rue, en cas d'émeute, au Forum, pendant les réunions pubhques, au Champ de Mars, les jours d'élection, tenir tête au flot populaire. Cicéron était donc forcé de se tourner vers l'aristocratie.

Au fond, il ne lui était pas contraire. 11 a toujours affirmé que ses sentiments le portaient de ce côté. Il avait le tempérament d'un conservateur et d'un modéré. Quintus Cicéron prétend que, s'il l'a souvent attaquée, dans la première partie de sa vie poHtique, c'était uniquement pour complaire à Pompée, qui était en lutte avec elle'. Quintus exagère; il avait d'autres raisons, et plus légitimes, de lui en vouloir.

Page 1