‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 3 sur 85 · Quintilien, III · texte numérisé non relu

Quintilien, III

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qui ne ménage guère plus le peuple que raristocratie, qui accuse aussi bien ses anciens alliés que ses adversaires de ne chercher que leur profit particulier sous le prétexte du bien public'. On n'a pas de peine à saisir la cause de cette sévérité. Elle lient sans aucun doute aux mécomptes qu'il a éprouvés pendant qu'il était dans les affaires publiques. Deux fois, la politique l'a trompé. Chassé du Sénat par des censeurs rigoureux, pour avoir prononcé des harangues séditieuses pendant les querelles de Clodius et de Milon, et s'être mêlé aux émeutes de la rue, il y est rentré quand César a été le maître et par sa protection. Mais il n'a pas obtenu toutes les satisfactions qu'il espérait : après sa préture, on ne l'a pas fait consul. Dès lors, il a trouvé « que le mérite était méconnu - » . Désenchanté de la politique, dans laquelle il s'est replongé sans succès deux fois de suite, il lui a paru « qu'un homme a mieux à faire que de perdre son temps à saluer le peuple au Champ de Mars ou à donner à dîner aux électeurs ^ », et il a renoncé pour toujours à la vie publique.

Les vieux Romains, quand ils prenaient leur retraite, se retiraient dans leurs terres; mais Salluste n'était pas homme à se contenter de la culture de ses champs ou du plaisir de la chasse : « ce sont, disait-il, des occupations d'esclave * ». Il lui en fallait d'autres.

Ce petit Sabin d'Amiterne, quoiqu'il sortît d'une famille inconnue, était arrivé à Rome avec un désir immodéré de se faire vite un nom, de devenir un homme illustre. « Tous les efforts des hommes, nous dit-il, doivent tendre à ne pas traverser la vie sans faire parler d'eux; autrement ils ne diffèrent en rien des bêles, qui vivent courbées vers la terre et asservies à leurs appétits grossiers*. » On remarque que ces grands mots de gloria^ de famn^ de dariludo^ d'iînmorlalilas reviennent souvent dans ses prologues. Cette célébrité qu'il paraissait souhaiter avec tant d'ardeur, il l'avait demandée d'abord à la politique, et elle la lui avait refusée; mais il pouvait s'adresser ailleurs pour l'atteindre. Comme il aimait les lettres, il n'ignorait pas « que les arts qui sont du domaine de l'esprit offrent beaucoup de moyens d'arriver à la renommée^ ». Pendant sa jeunesse, il avait eu un moment la pensée d'écrire l'histoire; il y revint dans son Age mûr. Il était d'autant plus certain d'y être vite remarqué que Rome n'avait pas eu encore de grand historien, et que, comme il le dit lui-même, « la postérité ne garde pas seulement le souvenir de ceux qui font des actions d'éclat, mais de ceux aussi qui les racontent* ».

A l'époque suivante, dans les premières années du principal d'Auguste, on vit avec surprise quelques

r Salluste, CaiiL, 38.

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