Sali., ./M
3. Sali., Catil., 3 : et qui fecere et qui facta aliorum scripsere laudantur.
il lit
hommes d'État, comme Pollion et Messala, qui remontaient par leurs origines jusqu'à l'époque républicaine, après avoir servi quelque temps le régime nouveau, se retirer des affaires, avant que l'Age ne les y forçat. Peut-être trouvaient-ils que la faveur d'un prince ne pouvait pas leur offrir ce que leur aurait donné d'honneur et d'éclat un gouvernement libre. Pour colorer leur retraite et ne pas paraître des mécontents, ils rassemblèrent autour d'eux des gens de lettres, tinrent dans leurs palais des académies, ouvrirent des salles de lectures publiques et demandèrent à la littérature une situation que la politique leur refusait ou ne leur faisait pas assez brillante. C'est Salluste qui leur en avait donné l'exemple.
Mais pourquoi Salluste, quand il se fut décidé à composer des livres d'histoire, a-l-il été choisir, comme sujet, la conjuration de Catilina? On en a donné divers motifs, dont plusieurs ne me paraissent pas très vraisemblables.
Comme il a passé la première moitié de sa vie dans les affaires pubhques, et qu'il n'a pas eu toujours à s'en féliciter, on a pensé qu'il avait des rancunes à satisfaire et qu'il voulait se venger de ses ennemis. Mais la conjuration de Catilina ne semblait pas de nature à lui en fournir l'occasion. Sans doute il ne se refuse pas le plaisir d'adresser des injures au parti aristocratique, qu'il n'aimait pas; mais il est obligé
Ide les mettre dans la bouche d'un scélérat, ce qui ne leur donne guère d'autorité*. A la manière dont il dépeint les adversaires des aristocrates, c'est-à-dire les conjurés et leur chef, on ne peut pas faire des vœux pour eux; c'est bien en réalité le Sénat et le consul qui défendent l'ordre public, et l'on est forcé, [à quelque opinion qu'on appartienne, d'être de leur côté. Le peuple, au contraire, joue un rôle misérable; il attend les événements pour se déclarer, et se tient Iprôt à tout détruire, au premier succès de Catilina'^. On ne peut donc pas prétendre que le livre de Salluste soit fait pour glorifier le parti populaire.
Il y a plus de vraisemblance dans l'hypothèse qu'a soutenue Mommsen. Selon lui, Salluste aurait composé le Catilina pour établir que César n'a pas fait partie de la conjuration. On l'en avait beaucoup accusé et il faut bien reconnaître que les apparences lui étaient contraires. Probablement Salluste ne croyait pas ces accusations fondées; il supposait peutêtre que l'innocence de César ressortirait de la manière dont il allait raconter les faits ; mais ce n'est pas une raison de penser que ce soit uniquement pour le prouver qu'il en ait entrepris le récit. S'il avait voulu faire une véritable apologie de César, le ton n'en serait-il pas différent? Se serait-il contenté, pour le justifier, d'omettre son nom dans la liste des con-
^ 1. Sali., CatiL, 20. Discours de Catilina. 11 est vrai que Salluste s'est approprié plusieurs de ces idées et les a développées pour son compte (chap. 12).