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qu'il avait combattus; mais, au moment môme, il le fit sans hésiter, revendiquant pour lui tout Todieux de la mesure et uniquement préoccupé de sauver la réputation du Sénat. N'est-ce pas la preuve qu'il voulait tenir un engagement qu'il avait pris d'avance et sur lequel reposait son entente avec l'aristocratie? Quant à César, il n'y a guère de doute qu'il n'ait été l'instigateur du tribun. Il s'était promis de détruire tout ce qui restait du régime de Sylla, et plus tard, quand il fut le maître, il s'empressa de rendre aux fils des proscrits les droits qu'on leur avait ôtés.
Nous avons l'heureuse chance d'avoir conservé la plus grande partie des discours prononcés par Cicéron dans deux autres afl'aires qui firent beaucoup de bruit, celle de la loi agraire de HuUus et le procès de Rabirius accusé de meurtre. H nous est donc possible de donner plus de détails sur chacune d'elles; on verra qu'elles le méritent.
Il est inutile de redire, à propos des lois agraires, ce que tout le monde connaît. Rappelons seulement qu'elles n'avaient pas à l'origine le caractère radical et socialiste qu'on leur a donné plus tard. Les (Iracques, qui étaient des aristocrates et des gens riches, n'avaient pas l'idée de dépouiller ceux qui possèdent de leurs biens légitimes au profit de ceux (jui n'ont rien, pour établir entre tous cette égalité chimérique dont Cicéron dit justement qu'elle serait la plus grande des injustices {ij}sa aeqiiitas iniquissima csl). 11 s'agissait pour l'État de reprendre des terres qui lui appartenaient, qu'il avait cédées à bail à des person-
nages importants qui se les étaient peu à peu appropriés, et de les distribuer à des citoyens pauvres, afin de rétablir la classe rurale qui avait disparu. Ainsi entendue, la mesure était juste, utile à la république, et, en principe au moins, aucun esprit sage n'en pouvait contester l'opportunité. Mais toutes ces questions qui touchent à la propriété sont si délicates à soulever, si difficiles à résoudre, qu'en somme les lois agraires, par les haines, les discordes, les luttes civiles qui en furent la conséquence, n'ont guère eu d'autre résultat que d'aggraver les misères qu'elles prétendaient soulager.
Malgré tout elles sont restées jusqu'à la fin très populaires, et les agitateurs savaient bien qu'il suffisait d'en prononcer le nom pour entraîner la foule. Il y avait pourtant, dans cet engoûment pour elles, un peu de tradition et d'habitude. Il est souvent arrivé qu'après avoir réclamé avec passion l'établissement de colonies nouvelles, on ne trouvait plus à Rome, si on les obtenait, le nombre de colons suffisants pour les peupler'. C'est que, selon la très juste remarque de Mommsen, C. Gracchus avait fait adopter deux sortes de lois contradictoires et qui se détruisaient l'une l'autre. Tandis que les lois agraires, qui promettaient à chaque émigrant un domaine de 30jugères (près de 8 hectares), avaient pour dessein de le ramener aux champs, les lois frumentaires, qui dis-
1. C'est ce qui arrivait même longtemps avant les Gracques et dès les premières années de la république. Voy. Tile-Live,
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tribuaienl au peuple de la ville le blé à vil prix ou pour rien, le retenaient à Rome, où elles lui rendaient la vie plus facile. Il y trouvait des agréments que la campagne ne pouvait pas lui donner, et, quand le moment de partir était venu, il ne se sentait plus le courage de quitter les flAneries du Forum ou du Champ de Mars, les représentations des théûtres, les courses du grand cirque, les combats de l'arène « pour aller cultiver les sables de Siponte ou les marais empestés de Salapia ». Aussi, dans les derniers temps, ce furent surtout les soldats, au retour de leurs expéditions, qui profitèrent des colonies que les tribuns faisaient voter par le peuple. Comme ils n'avaient pas éprouvé les attraits de la grande ville et qu'ils aspiraient au repos, ils étaient heureux d'accepter ce petit champ qu'on leur promettait. Sylla, quand il fut le maître, distribua à ceux qui l'avaient aidé à le devenir 120 000 lots de terre.
Rullus, qui attacha son nom à la nouvelle loi agraire, n'était pas un démocrate de naissance. Il sortait de l'aristocratie, ou du moins, si l'on en croit Cicéron, il voulait le faire croire; mais il pensa qu'il ferait plus vite son chemin dans le parti populaire. Il se fit donc nommer tribun du peuple, et aussitôt, pour qu'on ne pût pas s'y tromper, il affecta de prendre une attitude et un extérieur conformes à ses convictions nouvelles. « Il cherchait à se donner un air difl'érent, un autre ton de voix, une nouvelle démarche. Il portail des vêtements plus négligés, il laissait pousser ses cheveux et sa barbe, il voulait
qu'à le voir passer on reconnût un tribun féroce et que les honnêtes citoyens en fussent épouvantés*. » Tous ces grands airs, dont Cicéron se moque, n'empêchaient pas que la loi de Rullus ne fût en somme très sage et fort modérée. Elle évitait, autant que possible, toute spoliation et toute violence; l'opération consistait en une série de ventes et d'achats fort habilement combinés ensemble. Comme il fallait avant tout se procurer de l'argent, on commençait par vendre ce qui n'avait pas été aliéné des anciennes conquêtes : c'était une sorte de liquidation générale de ce qui restait du domaine public. Le produit de ces ventes était employé à l'achat de terres en Italie, où l'on établirait des colonies pour les citoyens pauvres. Ces terres n'étaient pas enlevées de force à leurs possesseurs, comme il était arrivé trop souvent. On devait s'entendre avec ceux qui voulaient les vendre et les payer leur prix. Les colonies étaient placées dans des pays attrayants et fertiles, notamment enCampanie, et l'on profitait de l'occasion pour rendre ses droits municipaux à la ville de Capoue, à qui on les avait ôtés depuis la guerre d'Annibal. C'était réaliser un projet cher à la démocratie; mais il semble qu'en même temps les auteurs de la loi avaient cherché à se concilier le parti contraire. Un article particulier déclarait que toutes les terres assignées depuis le consulat de iMarius et de Carbon seraient définitivement acquises à leurs possesseurs au môme