‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 37 sur 85 · Pi'o Murena · texte numérisé non relu

Pi'o Murena

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tendu qu'elle n'a réellement commencé que vers le moment où on Ta découverte '. 11 est bien difficile de le croire quand on sait combien l'organisation en était étendue et compliquée, qu'elle comprenait non seulement Rome, mais presque toute l'Italie, et qu'en Etrurie on était parvenu à former des rassemblements de troupes assez considérables. Même en supposant que ces mouvements n'étaient qu'ébauchés quand la conjuration fut étouffée, il n'en reste pas moins que pour en concevoir l'idée, pour en commencer l'exécution, pour mettre en train cette lourde machine, il semble que quelques semaines ou même quelques mois n'étaient pas suffisants.

Nous ne saurons jamais d'une manière précise à quel moment Catilina conçut l'idée de sa conjuration et quand il a commencé à la réaliser. Contentons-nous de chercher de quelle manière elle est arrivée à la connaissance du public. Nous pouvons nous appuyer ici sur des textes précis. A l'époque où fut plaidé le

1. C'est l'opinion de M. John, dans son ouvrage intilulc : Die Entstehungsgeschichte dev Calilinarische Verchschwôrunq . II y dit en propres termes (p. 755) que ce fut l'échec de ('atilina aux élections de 601 qui lui donna l'idée de la conjuration. Mais je crois qu'en étudiant de près les textes de Cicéron, on y trouvera la preuve que la conjuration, soit à Uome, soit dans Tltalic, est antérieure aux élections. A Koine les menaces significatives de Catilina, rjui avaient forcé de retarder l'élection, montraient bien ses desseins secrets. En Etrurie, le rassemblement des rebelles existait, puisque Catilina en Ut venir un certain nombre à Rome le jour des comices (civcumfluenle coloîionwi Avretinorum et Faesulanorum exercilu. Pro Murena, 24). Cette armée était bien celle que Manlius avait organisée. Tout ce qu'on peut croire, c'est qu'à partir de l'échec de Catilina la conjuration dut prendre un caractère particulier de violence.

procès en concussion intenté par les Africains à Catilina, on n'en avait aucun soupçon : Cicéron le dit formellement'. On ne s'en doutait pas davantage dans les premiers mois de l'année 000, pendant la lutte que se livraient les candidats aux élections consulaires. Il n'en est question ni dans la lettre de Quintus, ni dans le discours de Cicéron {In toga candida) où il traite si mal Catilina. S'il avait su ce qui se tramait, il n'aurait certainement pas manqué de le dire. On voyait sans doute que Catilina se donnait beaucoup de mal pour attirer à lui toute une jeunesse sans ressource et sans scrupule. La peine qu'il prenait, les sacrifices qu'il s'imposait pour se les attacher auraient dû, à ce qu'il semble, inspirer quelques inquiétudes et ouvrir les yeux sur ses desseins secrets. Mais il était candidat, et l'on pouvait toujours prétendre (ju'il ne se donnait tant de mal et ne cherchait à réunir tant de partisans autour de lui que pour le succès de son élection. La môme raison pouvait expliquer jusqu'à un certain point qu'il essayât de gagner à sa cause des villes de l'Étrurie, du Picenum, de la (iaule, Fîi'suhe, Arrelium, Capoue. Nous venons de voir que l'Italie aussi envoyait des électeurs au Champ de Mars, et que les candidats avaient intérêt à s'y faire des partisans.

On était donc arrivé jusqu'au milieu de l'année 690 sans <|ue l'existence de la conjuration fût soupçonnée, et en clï'et, à ce moment, elle existait à peine. Catilina

{. PntSuUa, '2\i : mdla lion palebat, nulla erat coynitu connira'' tio.

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avait peut-être confié ses projets à quelques-uns do ses amis les plus sûrs, mais nous savons qu'au plus grand nombre il ne faisait que des demi-confidences. « il les prenait à part, sondant les uns, encourageant les autres, leur montrant les ressources dont il disposait, la république sans défense, et combien le succès serait facile et profitable^ ». C'est alors qu'après les avoir endoctrinés séparément, il réunit chez lui ceux sur lesquels il comptait le plus, c'est-à-dire les plus audacieux et les plus misérables, et leur dit ouvertement ce qu'il était résolu à faire. Salluste nous a donné la date de cette réunion : c'était aux environs du 1«^ juin fjOO, à peu près un mois avant l'élection qui l'allait mettre aux prises avec Cicéron *. Il est bien probable que s'il sortit alors de sa réserve, c'est qu'il voulait enflammer le zèle de ceux qui allaient voter pour lui, et nous voyons en effet qu'en finissant son discours, il leur recommanda « de s'occuper activement de sa candidature ». On raconta, au premier moment, qu'il s'était passé dans cette assemblée des scènes effrayantes. Gatilina, disait-on, avait fait circuler parmi les assistants des coupes où le sang humain se mêlait au vin, et chacun d'eux y porta les lèvres en proférant d'horribles imprécations. Salluste doute beaucoup de la vérité du récit; mais, comme il ajoute qu'il se faisait quelque chose de sem-

1. Sali., 17 : singulos appellare, hortari alios, alios temptare; opes suas, imparatam vempublicam, magna praemia conjurationis docere

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