Cicéron, In toga cand., dans Asconius, p
2. 11 est remarquable que Cicéron {Catil., Il, 9) ménage singulièrement les gens qui forment le rassemblement de Fa;sulœ et les appelle des gens de cœur et de bons citoyens.
lumière et portant de grands noms, nous avons plus de renseignements sur eux. Quand on connaît Catilina, on n'a pas de peine à imaginer comment tant de personnages importants s'attachèrent à lui. Pour ne pas remonter plus haut que ce qu'on appelle la première conjuration, nous avons vu que ce complot, qui n'était qu'un coup de main peu préparé et mal exécuté, échoua par l'impéritie de quelques-uns et la lâcheté du plus grand nombre. Catilina n'avait rien perdu à cet échec; au contraire, il y gagna de s'être fait mieux connaître. Parmi tous ces gens faibles, hésitants, il s'était montré vigilant, énergique, prêt à tout : c'étaient les qualités d'un chef de parti. Aussi est-il probable que tous ceux qui cherchaient fortune prirent dès lors l'habitude de se grouper autour de lui. Pendant les deux années qui suivirent, il ne quitta pas Rome; il dut en profiter pour accroître le nombre de ses partisans. Salluste en désigne quelques uns à propos de cette réunion du mois de juin 090, où il nous dit que Catilina dévoila ses projets à ses amis. Il n'a pas sans doute la prétention de les nommer tous; il prend les plus connus, les plus importants, ceux qui ont rempli les fonctions les plus élevées. Il s'y trouve deux anciens consuls, des préteurs, des questeurs et d'autres membres du Sénat. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'ils appartiennent tous aux rangs les plus élevés de la société romaine. Ce sont des Cornelii, des Calpurnii, des Statilii, de proches parents de Sylla, un Cassius, un Cabinius, un Fulvius Nobilior, les gens les plus
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connus de Rome. On n'est pas habitué à voir tant de personnages de ce rang figurer ensemble dans un complot révolutionnaire. C'est le caractère particulier de la conjuration de Catilina; elle est véritablement, comme l'appelle un poète de ce temps, un attentat de patriciens, patricium nefasK
A ces grands noms, Catilina en ajouta d'autres après son échec aux élections de 690. On nous dit qu'il chercha alors à se faire des adhérents nouveaux, et ce qui prouve qu'il n'avait rien perdu de son prestige, c'est qu'il y réussit. Nous savons par Cicéron que, parmi ceux qui grossirent en ce moment son parti, se trouvait Cîielius. La conquête était d'importance : il n'y avait pas, dans la jeunesse de ce temps, de nom plus connu que le sien. Au Forum, on avait peur de sa parole mordante, et il était déjà regardé comme un orateur redoutable. Cicéron, qui l'avait formé, lui reprochait de ne pas savoir se contenir. « Il est plus violent que je ne voudrais, » disait-il; mais précisément ces violences faisaient sa populalarité. En même temps, c'était un héros de la mode. On remarquait l'élégance de sa mise, l'éclat particulier de sa tunique de pourpre, et il ne paraissait en public qu'entouré d'un cortège d'admirateurs et d'amis.
Salluste ajoute que c'est alors aussi que Catilina s'affilia des femmes qui appartenaient au plus grand monde. Les détails qu'il nous donne à ce propos, avec
une certaine complaisance, sont de nature à piquer notre curiosité; mais surtout ils provoquent notre surprise, car nous avons toujours devant les yeux le type de la matrone romaine, tel qu'il se trouve chez les historiens et les moralistes. Je ne sais si ce type a jamais été bien exact, ceux qui nous le présentent étant fort suspects de trop vanter l'antiquité ; mais assurément, à l'époque où nous sommes, il avait tout à fait cessé de l'être. Le relâchement des mœurs publiques, l'habitude du divorce, la loi qui remettait à la femme la libre disposition de sa fortune personnelle pour qu'elle pût l'emporter quand elle quittait son mari, avaient entièrement corrompu la famille. Aussi Catilina n'avait-il pas eu de peine à trouver, dans la haute société, de grandes dames « qui, après avoir longtemps satisfait tous leurs caprices en puisant dans la bourse de leurs amants, quand l'Age avait rendu leurs profits plus légers, s'étaient vues réduites à contracter des dettes immenses' ». Elles avaient donc, pour entrer dans la conjuration, le même motif que tant de gens sans ressources, qui cherchaient à liquider une situation embarrassée par un bouleversement général. Mais il est vraisemblable qu'elles y étaient attirées aussi par la séduction qu'exerçait sur leur sexe celui qui en était le chef, et dans la vie duquel les femmes avaient tenu tant de place. C'est ce qui est arrivé plus tard, dans le complot formé contre Néron, et qui fut si près de réussir. Tacite nous dit