‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 44 sur 85 · Sali · texte numérisé non relu

Sali

dette contractée, à se faire complice de quelque meurtre : la débauche et la gène l'avaient précipitée jusqu'au fond de l'abîme. Et pourtant son esprit ne man(iuait j)as d'agrément; elle faisait des vers, sa conversation était piquante, elle savait se servir à l'occasion d'un langage modeste, tendre ou provocant : en un mot, c'était une femme pleine d'enjouement et de grâce. »

Dans ce portrait où les contraires se heurtent, on retrouve à la fois les deux Salluste que nous connaissons : celui des premières années, quand il combatlait sur le Forum les partisans des institutions anciennes, et qu'étant l'amant de la femme de Milon, qui, sans doute, ne valait guère mieux que Sempronia, il devait être disposé à plus d'indulgence pour elle; et le Salluste vieilli, qui s'était fait le prôneur des vertus antiques, ou, comme le disait un de ses ennemis, « le censeur impitoyable des vices des autres ' ». Sans prétendre que la sévérité du moraliste repentant soit imméritée, il me semble qu'il y a autre chose dans ce qu'il reproche à Sempronia et à celles qui lui ressemblaient que les emportements d'une nature passionnée. Peut-être faut-il y voir aussi la révolte de femmes éprises d'émancipation, et qui cherchaient à opposer un idéal nouveau à celui de la matrone d'autrefois. Leur dessein est de conquérir toutes les attributions que d'injustes préjugés rés(îrvent ordinairement aux hommes. C'est un pro-

1. Macrohe, Salurn., III, 13, 9 : gravissimus alienae luxuriae ohjurgator.

.«V-wigi»:

gramme qui ne nous est pas inconnu. Elles veulent recevoir la même éducation, participer aux mêmes connaissances, jouir des mômes libertés. Quand elles ont de l'esprit, elles croient avoir le droit de le montrer; elles ne pensent pas que la modestie de leur sexe leur fasse un devoir de se taire en société et de retenir le bon mot qui leur vient sur les lèvres. Elles ont des amants, comme leurs maris ont des maîtresses, et ne se croient pas tenues d en faire un mystère. On a vu du reste que le ménage de Sempronia n'en paraît pas fort troublé, et peut-être faut-il attribuer à la facilité du divorce cette tolérance réciproque : on s'accommode plus aisément d'une situation quand on sait qu'on pourra la faire cesser dès qu'on le voudra. Chacun des époux vit de son côté et dispose de sa fortune comme il l'entend. La femme, qui n'est guère gênée par les tuteurs que la loi lui donne, et qui ne sont le plus souvent que des complaisants ou des complices \ administre ses biens à sa fantaisie. Elle vend, elle achète, elle prête, elle emprunte, et elle ne rend pas. Pourquoi hésiteraient-elles à imiter ce qu'on fait si souvent autour d'elles? Soyons sûrs que Sempronia dut s'applaudir comme d'une conquête, quand elle s'attribua le droit, qui semblait plutôt réservé aux hommes, de faire banqueroute. Je crois bien qu'en s'engageant dans la conjuration, c'était encore un privilège des hommes qu'elle prétendait usurper. Elle entrait dans la poli-

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