Pro Mur
qui craignent avant tout de paraître crédules et dupés. Ils avaient cette tactique ordinaire de fermer les yeux aux complots qu'on leur signalait, soit pour n'avoir pas l'air de les craindre, soit pour échapper à l'ennui d'en être d'avance préoccupés. Cicéron s'irritait de cette obstination d'incrédulité. Mais il comprenait bien qu'en présence de tant d'ennemis déclarés ou secrets, de tant de gens faibles et complaisants, disposés d'avance à tout excuser, il ne pouvait entrer en campagne qu'avec un parti uni et convaincu. « Tu ne mourras, disait-il à Catilina, que quand il ne se trouvera plus un seul homme qui puisse croire que ta mort est injuste *. » C'est ce qui explique les efforts désespérés qu'il a faits pour qu'il ne restAt aucun doute dans l'esprit de personne. Il lui fut très difficile d'y réussir; peut-être a-t-il eu moins de peine à vaincre la conjuration qu'à en démontrer l'existence.
Il était pourtant inévitable qu'elle fût un jour ou l'autre découverte de façon à convaincre les plus incrédules. En supposant même que Catilina pût dissimuler les réunions qu'il tenait à Rome, le rassemblement de troupes qui se formait à Faesulse ne pouvait passer inaperçu. De sinistres avertissements arrivaient de tous les côlés. Une nuit, Cicéron fut réveillé par une visite fort inattendue. C'était Crassus, qui semblait jusque-là soutenir Catilina, mais qui avait pris peur depuis qu'il voyait clairement que les