‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 64 sur 85 · Cicéron, Catil., I · texte numérisé non relu

Cicéron, Catil., I

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conjurés en voulaient à la propriété et à la fortune. Crassus venait apporter à Ciccron des lettres qu il avait reçues. Il y en avait une pour lui qu'il avait lue, d'autres pour des sénateurs, qu'il n'avait pas voulu ouvrir, de peur de se compromettre. Celle qui lui était adressée, et qui ne portait pas de signature, annonçait qu'il se préparait un grand massacre et lui conseillait de s'éloigner de Rome. En môme temps on reçut de graves nouvelles de l'Etrurie. « Un sénateur, L. Suenius, apporta dans le Sénat des lettres qu'il disait arriver de Faesulœ, dans lesquelles on lui mandait que Manlius avait pris les armes le 27 octobre et qu'il avait avec lui une troupe nombreuse. » Aucun doute n'était plus possible; il ne restait à Catilina qu'à rejoindre ses soldats au plus vite.

Avant de partir, il réunit une dernière fois ses partisans, non pas chez lui, où la réunion pouvait être surprise et dispersée, mais chez Porcins Laîca, un de ses amis, qui demeurait dans la rue des Taillandiers, située probablement dans quelque faubourg solitaire. C'était pendant la nuit du (i novembre. Après avoir arrêté les dernières dispositions et distribué les rôles à chacun pour la grande prise d'armes, il ajouta qu'il ne partirait content que si on le débarrassait d'abord de Cicéron, « qui était un grand obstacle à tous ses desseins ». La proposition fut assez froidement accueillie; on savait que Cicéron était sur ses gardes. Mais enfin, après quelque hésitation, deux des conjurés, C. Cornélius, un chevalier romain, et le sénateur Vargunleius s'offrirent à tenter l'entreprise. Ils

LA CONJURATION. jgg

promirent d'aller cette nuit môme, au petit jour, avec des hommes armés, comme pour saluer le consul, et de le frapper dans son atrium, tandis que, selon l'habitude, il recevrait ses clients. Le danger était pressant, mais Curius, l'espion de Cicéron, l'avait fait prévenir, et il avait pris ses précautions. Quand les assassins se présentèrent, malgré leur insistance pour entrer, on leur ferma la porte *, et ils s'en retournèrent chez eux.

En môme temps qu'il échappait à ce péril, le consul était informé des résolutions qu'avaient arrêtées les conjurés pendant la nuit. Il fallait, avant tout, prendre des mesures pour les déjouer et convoquer immédiatement le Sénat. C'est ce qu'on fit sans retard. Le Sénat se réunit donc dans l'après-midi du 7 novembre - et Cicéron y prononça la première Caiilinaire.

1. Erclusi suntf dit simplement Cicéron, et Saliuste : janua prohibiti. Ces expressions étranges me font souvenir d'un mot piquant de Sieyès. Pendant le Directoire, époque de désorganisation sociale qui rappelle les derniers temps de la république romaine, un certain Poulie avait pénétré dans la maison de Sieyès et lui avait tiré sans résultat un coup de pistolet. Quand l'aiïaire vint en jugement, comme Sieyès voyait que le tribunal ne paraissait pas disposé à condamner son assassin, il rentra Iranquillement chez lui et dit à son concierge : « Si Poulie revient, vous lui direz que je n'y suis pas. » — Cicéron attribue la tentative d'assassinat à deux chevaliers, mais comme Saliuste cite les noms, il est probable qu'il a été mieux renseigné.

2. Quelques historiens placent cette séance du Sénat le 8 novembre. Je suis la date donnée par Drumann.

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