‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 65 sur 85 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La première Caiilinaire est la plus célèbre de toutes. C'est la seule que Sallusteait mentionnée; c'est celle que, du temps de nos pères, on lisait le plus pieusement dans les collèges, dont on se souvenait volontiers et qu'on aimait à citer, quand on en était sorti. A l'époque où nous n'avions pas encore l'expérience des révolutions populaires, nous en demandions le spectacle à l'antiquité, et Ton comprend bien que cette lutte dramatique d'un grand orateur et d'un grand agitateur, avec le Sénat pour témoin et la république pour enjeu, ait passionné les imaginations. Encore aujourd'hui, quoique les scènes de ce genre aient beaucoup perdu pour nous de leur nouveauté, nous ne lisons pas ce beau discours sans émotion. Mais nous ne pourrons le goûter tout à fait que s'il n'y reste rien d'obscur, et, pour dissiper toutes les obscurités, quelques explications sont nécessaires.

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Il faut d'abord se bien pénétrer de la situation de l'orateur et de ceux devant lesquels il va parler. Gicéron tient tous les fils de la conjuration. A plusieurs reprises, il a communiqué ce qu'il savait au Sénat, mais il n'a réussi à provoquer, parmi les défenseurs do l'ordre établi, qu'un mouvement éphémère; après quelques velléités de résistance énergique, ils sont retombés dans leur apathie. Cette fois, l'occasion lui paraît bonne pour achever de les entraîner. Il sait que les sénateurs arrivent à la séance pleins d'émotion et de colère. Ce qui s'était passé la veille chez La^ca, le malin chez le consul, commençait à être connu. On avait remarqué que, pendant la nuit, les patrouilles avaient été plus nombreuses. Le Sénat devait se tenir dans le temple de Jupiter Stator, une sorte de forteresse, vers le haut de la Voie Sacrée, qu'il était facile de défendre contre une surprise. Au-dessuç, le long des rampes du Palatin, on avait rangé ce que Home possédait de troupes de police; les chevaliers romains, ces fidèles alliés du consul qui lui rendirent tant de services pendant ces derniers mois, entouraient le temple. On nous dit que celte jeunesse ardente, quand elle voyait passer quelque personnage qu'on soupçonnait d'être favorable aux conjurés, l'accueillait par des murmures et qu'on avait grand'peine à l'empêcher de se jeter sur lui. C'est au milieu de ces agitations, devant un auditoire inquiet, tumultueux, de gens effrayés ou menaçants, que Cicéron prit la parole.

Avant de nous occuper de la première Catilinaire

telle que nous l'avons aujourd'hui, il y a une question qu'il faut vider. Ce discours n'est certainement pas tout à fait celui que le Sénat entendit dans la journée du 7 novembre. Salluste dit que Cicéron l'écrivit après l'avoir prononcé, et nous tenons de Cicéron lui-même que c'est seulement trois ans plus lard qu'il le publia. Ainsi le premier, le véritable discours avait été improvisé. Dans l'éloquence politique des Homains, l'improvisation était la règle. Rome étant un pays libre, la parole y a toujours joui d'un grand crédit, et un homme qui ne savait pas parler n'y pouvait arriver à rien. Mais parler, c'était proprement agir', et la parole n'avait de prix qu'autant qu'elle pouvait amener un résultat. Le résultat obtenu et l'affaire finie, le discours qui avait produit son effet ne conservait aucune raison d'être, et, dans les premiers temps surtout, on n'y songeait plus. C'est un peu plus tard, quand la cité se fut étendue au delà des premières limites, lorsqu'il y eut des Romains dans les municipes et les colonies des environs, et qu'il fut utile de les mettre au courant de ce qui se passait à Rome, qu'on dut avoir l'idée d'y répandre les discours qui avaient obtenu quelque succès au Forum. On les écrivit donc, mais après (qu'ils avaient été prononcés, et dans leur forme primitive, en les inoditianl surtout pour les abréger et les réduire à l'essentier^. Quant à écrire d'avance un plaidoyer, un

1. De là sans doute l'expression agere causatn, pour signifier plaider un procès, et le mot iVactio pour dire un plaidoyer.

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