‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 78 sur 85 · Aujourd'hui même encore, dit Mérimée, il est rare qu'un · texte numérisé non relu

Aujourd'hui même encore, dit Mérimée, il est rare qu'un

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ses sténographes et qui était transcrit dans les procèsverbaux du Sénat? Mérimée l'a soutenu après beaucoup d'autres, sans que les raisons qu'il a données aient convaincu les lettrés et les savants; Topinion générale continue à croire que Salluste a fait ici ce qu il faisait partout, ce que faisaient sans aucun scrupule tous les historiens anciens. Sans doute il avait sous les yeux le discours véritable et nous pouvons affirmer qu'il s'en est servi pour composer le sien, puisque nous y retrouvons ce que Cicéron rapporte de l'original. 11 en a conservé les principales idées, mais la disposition et le style lui appartiennent; il l'a refait à sa manière, comme il refaisait tous les autres, et je ne crois pas qu'il lui fût possible d'agir autrement. Souvenons-nous que le livre de Salluste est avant tout une œuvre de littérateur, destinée aux délicats : auraient-ils soufl'ert un mélange de tons qui pouvait nuire à l'unité de l'ouvrage ? Passe pour une lettre de quelques lignes, qu'on reproduit exaclemenl comme une curiosité; mais le discours d'un personnage célèbre, dans une circonstance importante, c'est autre chose. Les lettrés l'attendent au passage et s'apprêtent à juger le talent de l'auteur sur la manière dont il exécutera son travail. Soyons sûrs qu'un homme d'esprit comme Salluste, et qui tenait à sa renommée, n'aura pas laissé échapper cette occasion de montrer ce qu'il savait faire.

Salluste avait approché César, et, comme il le connaissait bien, il pouvait le faire bien parler. Le discours qu'il lui prête est peut-être ce qui a le pins

servi à fixer pour nous sa figure. On y trouve de grandes pensées exprimées simplement, des vues nouvelles et profondes, et point de pédanlisme politique, de la finesse sans aucun étalage d'esprit. Celui qui parle est à la fois un homme d'État et un homme du monde. Il connaît parfaitement les gens qui l'écoutent, et sait le moyen de les prendre; mais son adresse n'a pas le caractère de ces petites habiletés de rhéteur qui aiment à se faire voir et dont on tire vanité. Au contraire, elle se dissimule pour être accueillie sans méfiance. Il profite à merveille de la situation qui le fait, cette fois, le défenseur des vieilles lois et des anciennes traditions. Contre ses adversaires, qui sont les partisans obstinés du passé, il invoque les exemples des aïeux, et les désarme ainsi par avance de leurs arguments ordinaires. Est-ce bien lui, est-ce Caton qui dit : « Certainement la vertu et la sagesse étaient plus grandes chez nos pères, qui avec de si faibles ressources ont créé un si grand empire, que chez nous (jui avons tant de peine à conserver ce bel héritage »? Le début de son discours est surtout d'une adresse remarquable. Il n'ignore pas qu'il parle à des gens passionnés, furieux, qui ne sont plus maîtres d'eux-mêmes. II se garde bien de les exciter encore davantage en les contredisant ouvertement. II commence par des paroles graves et calmes, pour les ramener à la raison. Il semble que ces anecdotes historiques longuement rappelées, ces vérités générales, qui sont presque des banalités, sur la nécessité pour ceux qui gouvernent les États de se posséder, de se

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contenir, de ne pas céder à leurs emportements, conviennent aussi peu que possible à un auditoire aussi enflammé; mais il compte qu'elles produiront le résultat qu'il souhaite par l'opposition même et \v contraste. On voit bien qu'il veut refroidir ses auditeurs; et il n'entame son discours véritable que quand il croit les avoir mis en état de l'écouter *.

Il n'y a guère de doute que Salluste n'ait conservé les arguments dont César s'était servi; ils avaient produit tant d'eflet, ils étaient si connus, qu'on n'y pouvait rien changer. César avait résolu ce problème d'être indulgent aux conjurés en paraissant sévère. Il se garde bien de justifier leur crime. Au contraire, il part de cette idée qu'aucun supplice n'est assez cruel pour eux, et s'il contredit Silanus, qui les condamne à mourir, c'est qu'il veut aller plus loin que lui. « La mort, dit-il, n'est pas un châtiment; c'est le repos après les peines de la vie, le terme de nos travaux et de nos misères. Au delà, il n'y a plus ni souci, ni joie. » 11 nous semble un peu étrange d'entendre un grand pontife, le chef de la religion romaine, nier

1. Ce long exorde est suivi d'une tirade très vive à propos de ces descriptions emphatiques que certains orateurs ont faites d'une ville en proie au pillage et à l'incendie. L'idée vient tout de suite, quand on lit ce passage plein d'une ironie si malicieuse, que César fait allusion aux lieux communs de ce genre que Cicéron a prodigués dans ses divers discours et surtout dans la quatrième Catilinaire. Mais comme elle n'avait pas encore été prononcée, il faut supposer, si cette conjoncture est juste, que c'est un des morceaux où Salluste avait modifié l'original. Peut-être César avait-il raillé en passant quelque phrase déclamatoire de Silanus ou d'un autre; Salluste en aura profité pour ajouter de lui-même quelques plaisanteries et diriger la pointe contre Cicéron.

si ré.solument l'autre vie; mais alors on n'en parut pas fort surpris, et tout ce que Cicéron, qui était augure, trouve à lui répondre, c'est qu'il est peutêtre dangereux de renoncer aux enfers et au Tartare « que les anciens ont imaginés pour faire peur aux méchants' ». Puisque la mort, au lieu d'être le plus rigoureux des supplices, est souvent une délivrance, César propose de condamner les coupables à la détention perpétuelle. N'oublions pas que la prison faisait horreur aux Romains, et que l'adoucissement des mœurs publiques a consisté chez eux à la remplacer par l'exil. Ils seront donc rigoureusement emprisonnés, non pas à Rome, où ils pourraient être dangereux, mais dans les municipes importants, qui seront tenus, sous les peines les plus sévères, de ne pas les laisser s'échapper. De plus, leurs biens seront confisqués, et pour qu'on soit sûr qu'ils ne seront |>as remis en liberté, on défendra de faire jamais aucune proposition au Sénat ou au peuple de reviser leur procès. « Quiconque contreviendra à cette défense sera déclaré ennemi de l'État et du repos public. »

César n'était pas assez naïf pour croire que toutes ces précautions serviraient à quelque chose. Il n'espérait pas non plus convaincre le Sénat de leur efficacité. Tout le monde était certain que cette détention ••> laquelle on allait les condamner pour toujours ne

1. Catil., IV, 4. Du reste Cicéron avait dit ailleurs, en parlant <ies enfers, la même chose et presque dans les mêmes termes •lue Lesar : « f,uae si faim sunt, idquod omnes intcUUjunt, nuid t'i aliud mors ertpuit praeler sensum dolorist »

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