LA CAPITOLATION DE MANHEIM
Comité de Salut public : <> Il ne règne pas beaucoup (l'harmonie entre les deux armées. Il semble que les chefs se jalousent les uns les autres. On reproche à Pichegru de n'avoir pas fait tout ce qu'il pouvait faire pour favoriser Jourdan sur le Mein. On crie aussi contre Merlin de Tliionville. »
On reconnaîtra dans ces dires les effets de ces rivalités entre (-ommandants d'armée, dont les exemples, en ces époques de guerre, reviennent à tout instant. Au cours de ces rivalités, les conventionnels en mission prenaient volontiers parti. Garreau était auprès de Jourdan, Merlin de Thionvtlle etRivnud auprès de Pichogru. Chacun d'eux soutenait son général. Dans l'espèce, contre les insinuations que laissait percer Garreau, s'élèvent des témoignages irrécusables.
l^'est d'abord ce qu'on sait des susceptibilités de Juitrdan, que Barras, ainsi qu'on l'a déjà vu, révèle clans ses Mémoires, à propos d'un incident analogue qui survint l'année suivante entre Jourdan et Moreau, lorsque celui-ci eut succédé à Pichegru dans le commandement de l'armée de Rhin-et-Moselle. « Jourdan nn plus là Pichegru pour l'accuser de ses revers; il accuse Moreau. Joubert, qui a été commissaire du gouveniement près l'armée de Sambre-et-Meuse, appelé par le Directoire à prononcer, déclare que, dans la retraite, Jourdan n'a pas conservé sa fermeté et a presque perdu la tète. II ne se tient plus à cheval depuis qu'il n'a plus en croupe )a terreur du Comité de Salut public. "
C'est e
JDIIATION DE PICHECnO correspondance de Piclicgru
t easuite la
abondamment exposées les causes qui reropêchèrenl de seconder le glorieux, mais imprudent passage du Rhin, exécuté par Jourdan le 1 septembre, avec plus de précipilalion et de témérité que de prévoyance du lendemain, comme s'il craignait de se laisser devancer par son camarade.
Ce sont enfin les explications que fournit Jourdan luimême à Moreau qui commande alors l'armée du Nord. Il les lui envoie le 1" novembre, quand vient de s'ouvrir la période des revers. Elles sont spontanées et plus sincères que ne sont fondés ses griefs contre Picliegru, dont on n'y trouve pas, d'ailleurs, la moindi irace.
K Tu as su, mou camarade, que le défaut de subaii tances et de moyens de transport m'a forcé à retirer de la rive droite du Mein sur la rive gauche du Rliin. L ennemi, ayant profité de cette retraite, a attaqué et forcé les lignes de Mayciice, quoiqu'elles fussent renforcées de douze bataillons que j'y avais envoyés. Je ne sais sur quel point l'armée de Itlnn-et- Moselle u i^itsa retraite. Mais l'ennemi menace de se porter sur la Moselle et a coupé toute communication entre Pîcbegrii et moi. 11 s'est présenté î\ mon avis deux moyens'pour forcer l'ennemi à repasser le Bliin, celui de repasser ce fleuve moi-même et de me porter sur Francfort ou celui de me porter sur le Hanc de l'ennemi parla rive gauche du Rhiu. Mais, pourcxécuter l'un ou l'autre de ces deux projets, il faut ce qui
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TtL manqué lorsque j'étais sur le Mein : des chevaux et du pain. »
Voilà donc la vérité, confessée par Jourdan. S'il a été vaincu, c'est que les moyens de vaincre, il le déclare, lui ont manqué. Cet aveu esta la décharge de l'ichepru, qui, de son coté, n'est pas moins explicite.
I' Me voici, mon cher ami, dans une vilaine position, mande-t-il, le 5 novembre, à Moreau, uyant les deux armées autrichiennes sur les l>ras, Clairfayt en front, Wurmser en flanc. Si l'armée de Sambrc-et-Meuse ne vient promptement à mon secours, je ne pourrai résister. Les lignes de Mayence ont été forcées. Une partie des troupes s'est mal et peu battue. Une division a fait le jour même une retraite en fugue (1) de douze lieues, et si lennemi eut su en profiter, je ne sais ce que serait devenu ce corps d'armée que je suis venu recueillir de Manheim derrière la Pfrimni avec quelques renforts que j'ai amenés. Je suis loin d'être tranquille dans cette position, qui n'est naturellement pas bonne et sur laquelle je n'ai que des forces inférieures. Le général Wurmser est toujours sur Manheim où il ii fait trois tentatives de vive force, dont deux dans la nuit.
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^ni ATiiil tié dicté ua plan île r pM ; il ne coniinaniqua aiei meul dibandèe el cominil loui ca«m1»He ennemie pul le jeler :
Saitil-Cyr], qui fut aauvée pa tour acciblË par lei Force) i Sçh-al,urtaffairetlu 1"
CDinmanJée pnr le génfral Counol. ■• Ce Qcnëral,
csf de malheur, nEi'y conforma lucun général. Sn diviaion ^lait abaululet horipura et liriganda({ei poiaiLlei. La r le cenire dmil de la 9' divîaion {Gouvion me chargje du X* chataeurt, qui fui a lan it ceaia accnici . • Bappo't du général itbre, qui canclul t\uf e'cit • il la lâcheté
■l'une partie de* troupes • qu'il Faut attribuer la di*'riiiic.
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11 s'est rendu mailrc les deux Fois de la tète de pont i Necker ; mais il a perdu beaucoup de moude et n'a pu y tenir.
II Je n'ai encore vu ces troupes-ci se battre comme il convient qu'une seule fois, c'est lorsque Wurmser vint nous resserrer sur Manheim. Quoiqu'il eût vingt à vingt-cinq mille hommes, nous lui résistâmes pendant environ six heures sans perdre un pouce de terrain, avec huit ou dix mille hommes seulement. Je suis forcé de convenir que si j'avais eu des troupes et des généraux comme à l'armée du Nord, je n'aurais pas encore éprouvé mon premier revers. Je vais faire arrêter le général qui commandait la division qui a si bien couru (1). "
Signalons en passant que cette affaire du r'novembre fournit à Fauche-Borel une occasion de mentir qu'il ne laisse pas échapper. Dans le résumé de ses tiémai^ ches, qu'il adressait à Condé, il écrit : " En quittant Manheim, Pichcgm alla Irouver Jourdan, avec lequel il eut une conférence. Il en est l'ami particulier, et c'est ensuite des déterminations prises dans cette conversation que la déroute de l'armée de Samhre-el-Meuse a eu lieu, ainsi que la perte du grand parc d'artillerie sous Mayence. J'ai su ces détails par Uadouville. J'ai su même que Pîchegru s'attendait à être poursuivi jus- <]ue sous les murs de Strasbourg, et que, si cela fiit arrivé, tout était arrangé pour réunir son armée à celle de
il dp Buer
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ôdé. '• Il n'est pas besoin de faire ressortir la fausseté de ces dires qui associenlJourdan à Pichegru dans l'œuvre de trahison, et que Fauche-Borel n'a pas osé répéter dans ses Mémoires imprimés. Quand il les énonçait, c'était pour obtenir de l'argent de Gondé.
Cependant, dans la situation si critique où se trouve Picbegru, il ne peut avoir d'espoir qu'en Jourdan. Il le lui a dit par trois fois; il te lui répète avec plus de force le 6 novembre. Sa lettre trahit la surprise et le mécontentement que lui fait éprouver l'inutilité de ses appels.
I' Je t'ai engagé à marcher en forces sur la Nahe pour contenir l'ennemi et empêcher qu'il pénètre le long de cette rivière entre les deux armées ou qu'il m'écrase avec la grande supériorité de ses forces. Je suis depuis huit jours dans l'incertitude de (es mouvements et par conséquent dans de cruelles inquiétudes. J'ai jeté sur la Nahe un parti de cent chevaux, commandé par un officier intelligent, à l'effet d'éclairer les mouvements de l'ennemi et de communiquer avec toi, ce qui eût été prompt et facile, si tu en eusses fait autant de ton côté. Ce parti a trouvé les six derniers bataillons que tu os envoyés vers Mayence, lesquels, étant arrivés sur Bingen le lendemain de la retraite des lignes, ont remonté la Nahe et sont venu» surKirn, où je leur ai adressé l'ordre d'appuyer sur la gauche de cette armée-ci aux points de Volfeteiu et de Rockenhausen pour couvrir les gorges de Kayserlnntern. "Si tu n'as pas fait encore ton mouvement sur la Nahe,
COîiJDR.VTlON DE PICHEGHD
je crains bien qu'il ne soit Iroptard, car, depuis quelques jours, l'ennemi nous montre ici beaucoup de forces et pousse des reconnuissnnces jusque sur nous, ce qui annonce, de sa part, l'intention de nous attaquer. Si cela arrive, je dois m'attendre à être battu ; je suis peu en étal de résister, ayant été beaucoup affaibli en troupes, en artillerie et en munitions par la retraite qu'une division n faite dans le plus grand désordre, et, la pénurie de chevaux n'ayant pas permis de sauver ces différents objets, un a étéobligéd'en faire sauter une assez grande quantité.
Il Les troupes sont d'ailleurs dans un état pitoyable, .<ans chaussures, sans capotes, sans baraques, et livrées depuis huit jours aux injures du temps et aux intempéries de la saison. Je te demande si l'on peut beaucoup compter sur elles. La nécessité de couvrir Manheim me détermine seule iV rester sur la position de la l'frîmm qui naturellement n'est point bonne et pour laquelle je n'ai pas assez de Iroupes. J'y tiendrai tant qu'il sera possible ou tant que le gouvernement ne me donnera pas des ordres contraires. Si Je suis forcé de me retirer, j'appuierai ma gauche sur Kayserlautern et ma droite A la Spircbach, et, si je suis encore chassé de là, j'irai ,i ^ris les lignes de la Quiech ; il est de toute impossibilité qu'avec le peu de troupes que j'ai, je m'étende jusqu'i\ la Sarre. En conséquence, tu devras au besoin couvrir celte rivière et les places qui en dépendent.
" Je continuerai à jeter un parti de cavalerie à notre gauche entre la Nahe et la Glau. TAche d'en avoir un