‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 26 sur 55 · SU · texte numérisé non relu

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I ou t

soupire qu après l'Assemblée Douvelle lui procurerait s premiers instants.

X II est impossible d'ailleurs de douter que, en préparant dans autant de points que nous sommes obligés do le faire, la Convention n'acquière à la fin, si on tarde d'a^r, des preuves ou au moins des indices de ce que nous faisons, et que, sur le moindre soupçon, elle ne répande dans ce pays des troupes dont la présence seule suffirait pour faire évanouir toutes nos espérances. Nous ne traignonspasde répéter qu'il est instantd'agir, que nous répondons de tout s'il n'y a pas de délai, que oous ne répondons de rien si on tarde.

Nous nous sommes occupés utilement de l'armée. TOUS allez en juger. Nous svons â nous un adjudunl général dont nous sommes surs; nous avons des cspérsoces sur le général qui est à la tête de l'état-major, et sur celui qui commande l'armée i la porte de Lyon. Sous sommes sûrs de faire déserter deux cents dragons ou chasseurs de cette armée qui n'est que de quinze its hommes. Nous allons faire travailler le reste, cl  peu près assurés de réussir sur un grand nombre. Ce qui est plus important encore, ce sont le^ fortes espérances que nous avons de gagner Kellermaiin, commandant eu chef l'armée des Alpes. L adjudant général, qui esta notre dévotion, nous en répond sur sa tète. Si ces espérances se réalisent, quelles sont leH promesses que vous nous autorisez à lui faire? Quel est l'argent que nous pourrons y sacrifier?

130 I.A CONJURATION DE PICHEGHU ^

<i C'esl à M. deBausset, capitaine aux gardes suiesesjfl que vous devez loutcc qui a éLé fait rclalivement amfl généraux. Vous jugez d'après cela ù quel poinl il a éi^l utile. Nous vous prions de lui écrire pour lui en témoUa gaer voire reconnaissance. Vn grand vicaire du diocèsa J qui vous est déjà connu nous est également fort utilejA c'est par lui que le Lyonnais, le Forez et une partie d^9 l'Ain seront mis en mouvement. Nous vous priooM encore de lui écrire. Vous voyez qu'au lieu de deulM agents, vous en avez quatre qui vous servent avec Iffl même zèle. S

■i Nous sommes instruits par voie sûre que la désor>«9 ganisation est à son comble dans les armées des Alpetl et d'Italie; le plus grand nombre, la presque totalité ■ des bataillons est réduite à quatre cents hommes, c'est* J à-dire au-dessous de la moitié. Ils manquent de tout{iS ceu\ que nous voyons font horreur et pitié; ils sontA sales, maigres cL déSgurés ; aucune recrue ne joint leafl corps qui sont dans l'intérieur, réduits à la moitié dàs9 qu'on les envoie aux frontières. m

I' Outre les objets dont nous avons parlé, nous nous sommes occupés i\ préparer les moyens de nous emparer de Saint-Ktienne, et nous espérons y réussir quand le moment en sera venu. Mais les ètourdcries i MM. ISésignan et Lamothe (1) ont forcé les repréeen-iJ tants à faire évacuer de cette ville la plus grande p des fusils, il n'en reste que dix mille. N'oubliez doni

(!) Nuuiavani dpjù parli île ces deux nginta dam le prrmicr cluDitM.V On vcrr« bJentOt combien il> méritaient le> iléGanceB qu'jli inlpiraieUrfl

COMPLOTS IlOYALISTES Hl

pas d'en apporter avec vous la plus grande quantité possible. On vient d'envoyer contre eux, de Lyon, cinq cents hommes d'infanterie et vingt-cinq de cavalerie, et on fait marcher deux autres bataillons sur le Fuy en Vetay- »

Quelque hâte qu'eût l'auteur de ce rapport de voir le prince de Condé passer le Rhin, salisfaclioii ne lui fut pas donnée, les Autrichiens, après avoir d'abord autorisé le passage, ayant refusé ensuite de le laisser exécuter. Mais ce contretemps ne ralentit pas les préparatifs formidables que les agents de Lyon prétendaient mener à bonne En. lis s'appliquèrent à les compléter. Le 13 novembre, Imhert-Colomès, convaincu qu'il y avait réussi, ne manquait pas d'en tirer orgueil et de chanter victoire dans une lettre qu'il adressait au roi de France à Vérone pour conGrmer les allégations de Tessonnet :

■ Sire, lui disait-il, je viens mettre sous les yeux de Votre Majesté les résultats des opérations que j'ai faites de concert avec un petit nombre de gens dont je suis parfaitement content. De ce nombre est le porteur de la préseote, neveu du brave Précy, et digne d'un tel oncle. Les choses sont au point, Sire, que j'ai l'assurance de mettre sur pied dans deux ou trois fois vingt-quatre heures quarante mille hommes en état de se battre, dont bonne partie a fait la guerre. Ce nombre nous sera fourni par notre ville, les montagnes des environs •t Ul lisière de nos départements voisins. Outre cela, nom ferons mouvoir au premier signal cinq ou sU

lit LA CONJURATION DE PICHEGRU

départements au moins, et nous y enverrons des dclaciiementG pour les décider plus sûrement.

"J'ai pris des mesures cerlaines pour les approvisionnements. Il nous manquera quelques armes; mais à force de désarmer les suspects cL les faibles, nous armerons vos bons sujets. Nous aurons quelques canons pour commencer, et nous en prendrons. Nous avons des munitions pour guerroyer, et nous savons où en trouver, et par-dessus tout cela nous sommes animés du courage que nous inspirent l'amour de Louis XVllI et le désir de le voir sur son trône pour le bonheur de la France.

<< J'ai écarté ou laissé agir, Sire, dans leur particulier, une foule d'agents ou se disant tels. Ils ont contribué à réveiller et maintenir le bon esprit, maïs je n'ai pas cru devoir communiquer avec eux, dans la crainte d'en rencontrer d'indiscrets qui auraient compromis la chose publique (1). Quand le moment viendra, on emploiera tous ceux qui ont une vraie mission. J'ai voulu tenir seul le fil de mes opérations pour être sûr du secret, et je réponds sur ma tête de leur succès si Votre Majesté veut avoir la bonté de me continuer son entière confiance,

>' Mais pour aller jusqu'jiu bout, ou plutôt pour être sur de me faire obéir au moment de l'éclat, dans le cas où la jalousie ou quelque autre passion m'opposerait des

(i) On trouvera aux piècei liiiloriques, F, une Colomêi te plaignant ilei agenU royniiil

leurj indiBcrÉtinns,

rliquei qu'il] lui font ce

lettre d'Imlunmprudencct , <1«

Stades, j'ai besoin, Sire, d'un titre authentique de voire main, que le porteur de le présente déposera sur la frontière pour que je puisse le faire entrer au moment du besoin.

■ Je crois que notre général en chef (Précy) ne peut venir avec sûreté en France qu'après le premier éclat. Jusque-là, il est à propos qu'il soit prêt sur la frontière; je le ferai avertir à temps, mais il se passera trois ou quatre jours du premier mouvement jusqu'à son arrivée, et pendant ce court espace j'ai besoin de pouvoirs en quelque sorte illimités. Mais il n'y aura dans le premier moment autre chose que des rassemblements, et le général arrivera à temps pour diriger les opérations militaires. 11 est mon ami intime, et je n'ai pas de plus vif désir que de voir accroître la gloire qu'il a acquise, et tous les bons l'rançais marcheront avec ardeur sous ses drapeaux. H amènera avec lui tous les officiers que Votre Majesté ou Mgr le prince de Condé auront indiqués. Mais j'en ai ici tout ce qu'il en faut pour le début ; s'il en arrivait d'avance, ils donneraient l'éveil et feraient manquer le coup. Je crois même que le général doit rester caché sur la frontière pour qu'on ne soupçonne rien.

. Trois ou quatre jours avant l'exécution, je soumettrai mon plan à un conseil que je composerai d'un petit nombre d'anciens officiers d'élite, et l'arrêterai de concert avec eux. Je ne peux pas fixer le moment précis de l'exécution. Nous pouvons avoir la main forcée pour devancer, ce que nous éviterons autant que nous

pourrons, el quelque obstacleimprévu peuLnous (1er; mais à moins de ces événements nu-dessus de toute prévoyance humaine, j'espère faire dans quatre à cinq semaines retentir dans une bonne partie de vos Ëtats le cri de: Vive le roi ! J'agirai au surplus de concert avec Mgr le prince de Condé et M. Vîckhara : mais je les prierai de ne communiquer à qui que ce soit mes dispositions ultérieures, ni l'époque de l'exécution; le secret le plus profond est indispensable.

Il J'espère que Mgr te prtnce de Condé viendra à notre secours. Fùt-il seul, son nom et sa présence feront tout, et si Votre Majesté me permet de lui dire mon avis, je crois qu'il serait bien avantageux qu'elle se rapprochât de ses États au moment décisif, même quelques jours avant. •■

En même temps qu'il faisait part au prétendant de ses projets et de ses espérances, lmbert-Co!omès les communiquait à Wickliam. Celui-ci s'empressait de les transmettre ù Condé avant même de s'être assuré si i exposé qui lui en avait été fait ne dénaturait pas la vérité. L'idée ne lui était pas venue de mettre en doute ces dires rassurants, ni de les taxer d'exagération. Imberl-Colomcs passait pour l'iiomme le plus sage du parti. Son âge, son expérience, son passé, son honnêteté reconnus, tout le rendait digne de confiance. A ce qu'il disait, Wickham ajoutait une foi aveugle et entière.

Condé ne se montra pas moins crédule que le com-

e anglais. Gommetit ne l'eùt-ilpaséLé, alorsqne l'arrivée de ces nouvelles coïncidait avec une invitation de Wurmser d'avoir l'i s'entendre avec le général Mêlas pour passer le Rhin? Vinjjt jours plus tard, il devait être cruellement déçu en apprenant que la cour de Vienne ne raliGail pas l'ordre du général en chef de l'armée. Mais ce désaveu n'était pas encore parvenu au camp autrichien lorsque Condé reçut les lettres de Wickham qui lui annonçait l'imminence de cette insurrection du Lyonnais et du Midi, préparée par ses agents et qu'ils disaient prête à éclater au moment où l'armée de Pichegru et celle de Condé marcheraient sur Paris.

- Quelle grande nouvelle, Monsieur, que celle que vous m'apprenez! mandait le prince à 'Wickham, le 9 novemhre. Vingt-cinq à quarante mille hommes tout prêts! Voilà le geure d'insurrection qu'il nous faut el «(ue je désire depuis sis ans. L'énergie et l'activilé de M. Philibert (Imbert-Golomcs) nous le prouvent. Le roi lui devra sa couronne; il ne l'oubliera pas. Laveaux (l'abbé de Linsolar) me dit aussi qu'on est sûr de Kellermann et de sou armée, que Marseille se déclarera, que le Dauphiné même s'évertue. Si cela est, la besogne me parait certaine avec les événements du Rhin qui rejettent bien loin Jourdan et son armée, et qui jetteni le découragement et le mcconlentemenl dans celle de Pichegru, qui, je crois, en est fort aise, car il me fuit dire par notre homme qui est toujours auprès de lui qu'il cet toujours dans les mêmes sentiments et que je

LA CONJURATION DE l'ICHEGRO

ll'il I

: le 1

ne m impatiente pas, | favorable (1), "

Les illusions étaient donc à leur comble. Coudé res> tait convaincu que la cause des Bourbons allait enfin connaiire des jours plus heureux et que les royalistes seraient bientôt ven(fés de leur longue misère, Il croyait au succès, encore que cinq semaines avant, le 5 octobre, à Paris (13 vendémiaire), la Convention expirante en eût remporté un retentissant sur les sections ameu> tées contre elle. Il y croyait d'autant plus que les avis reçus de Franche-Comté lui montraient ce pays animé des mêmes dispositions que les contrées oïl opéraient Imbert-Colomès et Tessounet.

Ses agents de Besançon n'avaient été ni moins actifs ni moins entreprenants que ceux de Lyon, et de même qu'il n'avait pas craint de solliciter Pichegru ù l'effet de l'entriiiner dans le parti du roi, de même c'est au général Ferrand, commandant de la division militaire du Doubs, qu'ils s'étaient adressés afin de donner à l'heure opportune im chef aux conjurés et de leur assurer l'appui de la garnison. Qu'il la fit se prononcer, et la révolte pouvait gagner les campagnes, entraîner l'armée du Rhin, décider peut-être ainsi du sort de la République et de la France (2).

(1) Voir celte IcUrc aux pircci lii>lorir]uc>,G, aiaii que d'aulres écbangéci (laiiB la même période el rclatïvca au palia{;e du Rhin.

(2) Quelque oliicure et cnnFuie qu'ail élë ceUe affaire de BetanqoD.

Iirlce aui Art-bivea de CLantilly et à l'atde d'une curieuic brochure inlïtulée : One négociation secrète soui le Directoire, par Léonce Pingaud. Notre iBvaDt confrère a eu dam lea oiaïn*, poar te documenter, le* pa-

COMPLOTS HOYALISTES IST

S de cette négociation mystérieuse furent l'abbé Brelucjue, représentant secret du parti royaliste à Besançon, et l'autenet de Véreux, cet ancien soldat de l'armée des princes dont nous avons déjà parlé. Autorisé par Wickham, Paulenet de Verens parvint A s'aboucher avec Ferrand et osa lui dire en face ce qu'on espérait de lui. Le générai ne prolesta pas. Il parut même disposé i servir le roi. Fréquemment dénoncé A Farîs comme royaliste par les jacobins du Doubs, il était aigri, mécontent, irrité même, et comme ses soldats réduit au dénuement le plus absolu, « n'ayant pas reçu d'appointements depuis quatre mois ■ . Après son entrevue avec Paulenet de Véreux, celui-ci le considéra comme acquis à la cause.

C'est alors qu'à l'instigation de Wickham, un autre acteur, Tinseau il' Amondans, entra eu scène. £n sa qualité d'officier, il était chargé de rallier lesbandcsinsurgécs que Coudé espérait trouver debout, lorsque après avoir passé le Ithin, il arriverait dans les montagnes du Doubs. Il fut, à ce titre, adjoint à l'autenet de Véreux. qui n'accepta pas sans maujjréer ce collaborateur, bien qne la direction de l'entreprise lui eût été maintenue. Le 30 novembre, Paulenet de Vereu.t était à Besiinçon avec quelques centaines de louis en poche fournis par Wickham et un billet de Condé ainsi conru : » Pour confiance entière. Louis-Joseph de Couiiitos. » Tandis qu'il continuait a communiquer avec Ferrand, un autre

■) lc> IcUrea Je l'.ibi.é «te UbarFov ayant trait

118 l.A GONJOllATION DK PICHEGUn

agent, Botivenot, s'efforçait de séduire les inembres de lii direction départementale, et il semble qu'il obtint de plusieurs d'entre eus une réponse favorable.

Quant à Tinseau, il rôdait sur la frontière, attendant l'heure propice pour agir et mettre en mouvement les révoltés. C'est de là que le 19 décembre il faisait parvenir à Condé le compte rendu de ses nombreuses opérations.

B Monseigneur, Votre Altesse Sérénissime verra par la lettre de M. l'abbé de Cliaffoyelpar l'état actuel des esprits de Franche-Comté que nos justes espérances sur le concours des habitants de ce pays ne sont pas évanouies. Tous les éléments, tous les matériaux de la guerre civile y sont prêts, Les esprits y sont disposés... deux généraux gagnés... les administrations de deux départements d'accord avec eux; celle du troisième, quoique moins bonne, bien disposée; les habitants des villes ennemis de la Convention par l'emprunt forcé, qui tombera sureux principalement, parla crainte du terrorisme et par la cherté des subsistances; ceux des campagnes par l'amour de leur religion, par la crainte des réquisitions d'hommes et de denrées, qui vont se faire tant pour l'emprunt forcé qu'à titre d'impositions et de sommations au nom de la loi ; les campagnes peuplées de déserteurs armés et associés à la barbe des gendarmes, qui n'osent plus marcher contre euxjJepuis que quatre ont été tués prés de Blamont et cinq à Saint-Georges entre Mortan et Pontarlier.

« Les administrations sont disposées à ne pas se lais-

ser destituer, le général en chef à les soutenir et A conserver son commandement. II a dans sa main trois places : les forts sur Salins, la citadelle de Besançon et Blamont. Les forts de Salins et la citadelle de Besançon sont la clef des montagnes; quatre cents hommes dans ies premiers, mille dans celle-ci, sont une garnison sutBsante. Dans tous les temps, ces deux places sont extrêmement difficiles ù investir, la montagne étant armée, et pendant l'hiver cela devient à peu prés impossible. En arrière de ces pinces, quarante à cinquante lieues de montagnes, sur dix de largeur, avec qui elles communiquent, et ces mêmes montagnes pouvant tirer par la contrebande de l'étranger une partie de ce qui leur manque; la plaine de Franche- Comté pareillement bien disposée et étant ouverte de toutes parts aux excursions qui se feraient depuis la montagne. Le Porentrui partage les mêmes dispositions et porte la communication <Ic l'intérieur jusqu'aux bords du Rhin. Ce pays est d'ailleurs à peu près sans troupes, deux et demi des trois bataillons qui y étaient répandus ayant été envoyés pour renforcer la garnison de Huningue, qui est aujourd'hui de trois bataillons.

" Avec de pareils moyens, si le général Ferrand veut lever le bouclier pendant que nous l'appuierons de toutes les forces des montagnes, il peut se soutenir, car si on envoie contre lui une armée, qui ne peut pas être bien nombreuse, elle ne peut pénétrer dans la montagne sans faire le siège de Salins ou de Besançon;

elle ne peut investir complèlement ces deux placei Enfin, on peut dans huit jours ramasser trente mille hommes pour tomber sur elle pendant que ia garnison s'occuperait. Il ne s'agit donc que de déterminer le général el les administrations à lever le bouclier en leur promettant l'appui des campagnes. Nous avons répandu force poudre et balles dans celles-ci; il y a beaucoup de fusils et beaucoup d'hommes préls à s'en servir. Je repars demain pour mettre toutes ces considérations sous les yeux de M. Wickham. et s'il se détermine à faire quelques tonds, je passe tout de suite eu Franche-Comté pour m'aboucher avec les trois ou quatre principaux chefs, tant militaires que civils el ecclésiastiques.

" Le motif sur lequel j'insisterai le plus vis-à-vis de M. Wickliam est la puissante diversion que cela ferait contre l'armée d'Italie, dont les progrès sont extrêmement gênants pour les Anglais, car cela leur coupe toute communication directe entre la Corse el l'Italie. On ne peut pas se dissimuler que la Convention fera marcher contre nous un corps de son armée d'Italie- Mais quand on fait la [guerre, il faut bien s'attendre à trouver des ennemis, 11 faudra d'ailleurs que cette armée passe entre Lyon et nous, ce qui n'est pas commode pour son approvisionnement ni pour elle. Les Anglais pourraient d'ailleurs renforcer l'armée d'Italie de leur régiment de Royal-ÉI ranger qui est en marche, et qui ne peut arriver en force que par Trieste ou par Civita-Vecchia . Si l'évacuation de la rivière de Gènes

COMPLOTS R0TALISTE5 ISl

rue, je doate fort qu'il eût reçu Tordre de s'y rendre.

• La plus grande dlfficnllé, Monseigneur, sera sans doule de faire marefaer ensemble les gens des \illcs el ceux des campagnes. Les premiers sont mus par la haine de la Convention et par leur intérêt plus que par l'amour de la royanté; les seconds, par amour de la religion et de la monarchie. Toutes les relations de ceux-ci sont avec les royalistes, toutes les relations des premiers sont avec les républicains constitutionnels, et je ne vois qu'un moyen pour accorder des éléments aussi discordants, c'est que nous fassions insurger les campagnes en même temps que le général lèverait le bouclier â Besançon : que M. de Follenay (I) vienne se mettre à la lèle de cette masse que nous organiserions le plus promptement possible, ce qui est fort aisé, pendant que le général Ferrand ferait agir ses troupes. Les deux généraux se concerteraient; pendant ce temps, Monseigneur pourrait envoyer soit M. de Mulseigne, soit tout autre officier général, ea qui il a le plus de con- 6ance, et foudre toutes ces parties hétérogènes en un seul tout, par la présence de Mgr le duc d'Enghien.

••J'espère que Monseigneur voudra bien considérer qu'un voyage en PraDcbc-Comté, pour un homme qui y est aussi connu que moi et qui y u tant d'ennemis, offre des périlsd'un genre peut-être plus difficileà braver que les risques ordinaires de la guerre. Je ne fais

^^^htl) OfBcier de ^^^^B^ être qncMioti.

e de CoDilé comme le généril de Mal*eigne dont

CONJURATION DE PICHEGUU le pour \'e

cette remarque à Monseigneur que pour l'engager agréer cette marque de mon dévouement pour mon roi et pour Son Altesse Sérénissime, et je la supplie de croire que la plus flatteuse preuve qu'elle puisse nie donner de sa haute protection, c'estde me mettre dans le cas de servir utilement la cause dont elle est le principal appui. M. le comte de l'Aubespin partage les mêmes sentiments et ne se croirait pas, sans ce nouveau rayon d espérance, autorisé, par le recrutement dont il est chargé, à ne pas aller remplir un devoir plus brillant sous les yeux de Monseigneur.

u J'ai fait remarquer à M. l'abbé de Ghaffoy que jusqu'à ce que l'affaire eût généralement éclaté, Monseigneur ne pouvait pas se priver d'un officier général de confiance, quel que fût celui sur lequel pourrait tomber son choix, dans le moment où il lui était le plus utile; mais il m'a répondu que Monseigneur daignerait excuser les méprises d'un ecclésiastique que des circonstances obligent de parler de guerre

«J'ajouterai A ce que j'ai exposé jusqu'ici à Monsei gneur que si le général Ferrand prend sur lui de commencer, il rend un grand service à la monarchie et au roi; qu'il serait peut-être utile que Monseigneur l'assurât par sa propre main de la recoimaissance du roi et de la sienne, et comme il n'a eu jusqu'ici d'intermédiaire que l'ecclésiastique dont M. l'abbé de Ghaffoy lui parle dans sa lettre et M. de Véreux, c'est-à-dire deux personnes qui, quoique pleines de zèle, sont totalement étrangères au militaire et ne peuvent par coni

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COMPLOTS ROYALISTES ni de

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,, sous ce point de vue, lui inspirer de Ineonti il serait peut-être avantageux pour le bien du service que Monseigneur l'assurât qu'il peut parler avec confiance au militaire qui lui remettra ou fera remettre celte lettre. Si cet officier est un autre que moi, je tâcherai de l'aider de toutes mes connaissances locales, et je ne ferni pas même en cela un sacrifice à la cause que je sers. Si c'est sur moi que Monseigneur laisse tomber son clioix pour cet objet, je ferai tous mes efforts pour justifier sa confiance. "

Trois jours après, se trouvant à Lausanne, il ajoutait à sa lettre ce post-scripium : « Je quitte dans ce momentM. Wickhnmàquij'ai fait agréer la plus grande partie des idées que je viens d'exposer à Monseigneur. Je vais en France pour voir les principales personnes de qui notre affaire dépend. Si le général Ferrand et les administrateurs veulent agir, M. Wickham m'autorise ik promettre pour quatre mois consécutifs cinq mille louis par mois, et comme il me laisse le soin de disposer de cette somme, Monseigneur peut être assuré que j'en dirigerai la dépense de manière  ce que. sans o^enscrle parti citadin, la meilleure part en tombe sur le parti des gens de la campagne dont le royalisme et la religion sont beaucoup plus assurés. J'ai, d'après les ordres de Monseigneur, consulté M. Wickliain sur les principales démarches, ne voulant prendre sur moi que le moins possible dans des affaires do celte importance, n

Les choses en étaient à ce point el. tant dans la

C0N.T0RAT10S DE PICHEGRD

Pranche-Comté que dans le Lyonnais, semblaient mettre an royalisme une victoire prochaine, lorsqu'une suite d'incidents imprévus et désastreux vint à l'improviste livrer au Directoire le secret de ces coni pirations que leurs auteurs avaient pu organiser et coi duire jusque-là sans être inquiétés

De la manière dont elles furent dévoilées, sinon dans leurs détails, du moins dans leurs lignes générales, il existe plusieurs versions à travers lesquelles les documents officiels ne répandent qu'une lumière incomplète, insuffisante à en éclairer les obscurités. Deux faits seulement ressortent avec précision de l'étude de ces documents : le premier, c'est que les découvertes de la police portèrent d'abord sur l'entreprise de Lyon ; le second, c'est qu'elles résultèrent de l'imprudence de l'un des agents du prince de Condé, le marquis de Bèsignan.

Au début de ce livre (I), dont la suite va mieux faire connaStrc ce personnage, il a été déjà fait mention de lui. Depuis le commencement de la Révolution, il avait donné à la cause royaliste des gages non équivoques de dévouement et d'intrépidité. Dans le Midi, dont if était originaire, il lui avait recrute des partisans, payant de sa personne et de ses biens, jouant sa vie tantôt pour se défendre dans son château assiégé par les républicains, tantôt après sa défaite, alors que, proscrit et sans tenir compte des périls auxquels l'exposait sa qualité d'émi-

(1) VoirpoGcfl.

gré, il était apparu à Lyon el daas les Cévcnnes, pour provoquer la guerre civile de laquelle il attendait le rétablissement de la monareliie.

Dévoré du besoin de jouer un rôle, considéré à Vérone, dans l'entourage du roï, comme un bomme plus entreprenant que prudent, plus mobile que persévérant, il n'avait pas lardé à donuer de lui la même opinion au prince de Condc, il Précy, à Wickham, à tous ceux, en un mol, auxquels il allait à toute heure soumettre les projets dont était prodigue son esprit inventif et agile. Comment, en dépit des devances qu'il inspirait, parvint-il à surprendre ce qui se passait à Lyon? L'apprit-il à Mullieim de l'un des familiers de Condé? Est-ce à Lyon où, depuis le 9 thermidor, il venait fréquemment, qu'il y fut initié?

A ces questions, on ne saurait répondre avec certitude. En tout cas, on le voit bientôt au courant de l'entreprise, brûlant d'y participer, parvenant à s'y tailler un rôle en imposant ses services, tentant même de tmbslituer aux plans en cours d'exécution d'autres plans dont il était l'auteur. L'e\|iosé qu'il en avait fait formait un maimscrit assez volumineux, grossi par une correspondance abondante et qu'il portait ordinairement sur soi dans ses incessantes allées et venues. C'est ce dossier que, le !8 novembre, allant de Lausanne à Lyon, il se laissa enlever en passant la frontière.

Les circonstances quelque peu romanesques de cette saisie nous sont révélées par le rapport auquel elle

LA CON,IUUATION DE TICHEGRU

donna lieu et qui fut adressé au Directoire : 27 brumaire dernier, un employé des douanes, au bureau Mégrin, département de l'Ain, rencontra une jeune fille de douze ans qui passait un paquet qu'elle paraissait, vouloir soustraire à la visite. D'après l'embarras qu'elle montra à son approche et sur la réponse qu'elle lui fil que ce paquet appartenait à l'un des voyageurs qui étaient dans la malle du courrier de Genève à LyoD, il s'en saisit au moment où elle allait le remettre à l'un de ces individus qui était en avant de la malle et suivait de près cette fille. Il fut même obligé de recourir à la fuite pour éviter leur poursuite. »

Bientôt après, les cinq cents pièces qui composaient ce dossier révélateur étaient expédiées à Paris par le représentant du peuple Légot qui se trouvait en mis~ sion dans le département de l'Ain. Le Directoire eut ainsi connaissance non du pland'lmbert-Colomès, mais de celui de Bésignan qui malheureusement, s'inspirant du premier, recourait aux mêmes moyens, utilisait les mêmes personnes et les désignait. C'en était assez pour que nombre de gens fussent gravement compromis et pour justifier les mesures rigoureuses qui furent prises à Lyon ainsi que dans toutes les contrées que GésignaiM avait indiquées comme livrées aux influences royafl listes. "

Quant à lui, il fut prouvé que, depuis qu'après le siège et la destruction de son château, il avait été mis hors la loi, il ne cessait de fomenter une contre-révolution. A l'armée de Condé, où il avait un moment

COMPLOTS nOYALISTES

sider

paru; àLyon, où ensuite il avait osé venir et résidi péril de sa vie; à Rome, où il était allé supplier le Pape de lever des troupes et de s'unir à la coalition, comme intéressé à rentrer dans la propriété du comtat Venaissin ; dans ses rapports avec les représentants d'Autriche et d'iVnglcterre, délégués auprès des princes; partout, il avait conspiré et sétait efforcé de faire le jeu des ennemis de l'intérieur. A Lyon notamment, il avait pro%'oqué des conciliabules, présidé des réunions secrètes, prêché la nécessité de grouper les gardes nationaux u dont on était sur ^ et de •• régulariser le zèle apostolique " des égorgeurs et assommeurs désignés souG le nom de Compagnons de Jésus. 11 voulait attssi créer une légion d'^ ouvriers évangéliques " ,à l'effet de ■ fanatiser le peuple des campagnes, de l'aliéner par degrés contre le gouvernement de la République, de l'électriser en faveur de la royauté " . — ■■ Envoyeznous des prêtres, écrivait-il à Gondé. C'est l'expédient le plus sûr pour dominer l'opinion. La force ne peut rien sans elle; il faut l'éclairer. " Enfin, sa dernière conception, la plus récente, se résumait dans ce complot qu'on venait de découvrir, dont le siège principal était â Lyon, et qui devait liguer entre eux les départements riverains du Rhône et ceux qui les avoisinent. Dans plusieurs lettres dont il avait conservé les minutes, Bèsignan se vantait d'avoir organisé un peu partout, sur ce vaste théâtre, des bandes armées, il énuntérait les forces militaires sur lesquelles il comptait, formées surtout de la - partie saine " des gardes natio-

Dales; il Indiquait les lieux de leurs rassemblements, les itinéraires qu'elfes devaient suivre, les points où elles devatenL se réunir. II ajoutait qu'il disposait de ressources considérables. C'est dans la Haute-Loire que le mouvement devait d'abord éclater. A cet effet, il avait décidé M. de Blumestein, directeur des fonderies du Forez, à lui livrer la poudre dont il aurait besoin.

M. de Blumestein n'était pas le seul afSlié que désignât Bésigiian. Les papiers qu'il avait si maludroitement laissé saisir nommaient d'autres personna^jes : les généraux de Précy etdeChavunnes, encore à l'étranger; le colonel de Tessonnet, Imbert-Colomés, le marquis de Surville, le chevalier de Lamolhe, qu'il avait connu à l'armée royale, elenfinlesabbésdcLtnsolar et Devillers, qu'il appelait les chefs du diocèse de Lyon.

Il résultait encore de l'examen de ses papiers qu'il était en désaccord avec le premier de ces ecclésiastiques, « en ce que celui-ci, dit le rapport qui est sous nos yeux, pour mettre à couvert la conjuration jusqu'au moment où elle devait éclater avec certitude du succès, avait, dans ses instructions aux prêtres, décidé qu'ils pouvaient tolérer que lesinilié.'^ se soumissent provisoirement aux lois de la République, et que, dans sa correspondance avec les princes et le prétendant, il est parvenu à présenter Bésignan comme un homme dangereux par son caractère bouillant, ses imprudences qui ont été dans le cas plusieurs fois de faire avorter le projet et d'en compromettre les chefs etcompUces. On

S explique, d'après ces motifs, que Bésigoan, quoique la cheville ouvrière et active de ces machinations, n'ait pu obtenir la commission de principal agent des princes el ait été comme disgracié pour avoir tenté de foire éclater la révolte avant que les moyens d'exécution fussent suffisamment assurés. '•

La conclusion que tirait ce rapport de la minutieuse analyse des papiers saisis n'était que trop justifiée par la réalité des faits. L'auteur de ces plans plus ingénieux que réalisables avait du se résijjner à ne tenir que le «econd rôle, sous les ordres de Précy et de Ghavannes. Il espérait du moins que sa vaillance dans l'action et le succès final lui rendraient la première place, à laquelle il se croyait des droits. G est tandis qu it nourrissait cet espoir et attendait le signal d'entrer en branle que la saisie de ses papiers venait le dénoncer tout à coup au Directoire, anéantir ses projets et signaler à la police la plupart des gens qu'il avait voulu s'associer, malgré Imberl-Golomés, qui le considéruil comme un brouillon et ne voulait même pas le recevoir.

C'était un désastre pour sa cause et pour lui-même. Sur son désir formel, Sur^îlle et Lamothe. qu'aussiti'it après la saisie et avant qu'on eût découvert qu'elle le compromettait il était venu rejoindre à Lyon, quittèrent celte ville. Surville partit pour le Vivarais, Lamotliepourlu Ilaute-Loire. Imbert-Golomès, qu'il avait pu prévenir, s'empressa de fuir et parvint à gagner la Suisse. Quant â lui, il quitta Lyon, mais resta caché : environs, tl'oû il put assister aux suites doulou-

B « lift VU t 14 Vtt9, u

LA CONJURATlns DE PICHEGRD

de :

En

de

ses imitnideiites cquijjée quinze jours, il y eiil [ilns de cent arrestations opérées, dont il était contraint de s'avouer l'auteur, les yens emprisonnés ne l'ayant été que parce qu'on les soupçonnait de s'être faits ses complices. Dans une lettre bien humble, datée du 15 février 1796, et adressée au juge de paix du canton de l'Hotel-Dieu. il prenait leur défense; il affirmait qu'ils ne l'avaient jamais ni vu ni connu : affirmation mensongère, qui, loin de leur venir en aide, aggravait les charges qui pesaient sur eux. Apres celte manifestation en leur faveur, il disparut. Mais Imbert-Golomès ne lui pardonnait pas.

" Bésignan est actuellement en France, mandait-il de Lausanne, où il s'était réfugié, au prince de Condé; mais je n'ai pu savoir positivement dans quelle partie. Les uns le disent dans le Velay, les autres dans le Forez. Ce qu'il y a de certain, c'est que si le Directoire esécutif avait été jaloux de le faire arrêter, c'aurait été chose facile, ce qui ferait présumer Désignan capable de trahison, puisqu'il est encore libre. "

Dans la lettre qui formule ce jugement injuste, Imbert-Colomès en rendait un second, mieux fondé sans doute, sur l'un des compagnons de Bésignan, le chevalier de Lamolhe.

i> Quant à lui, je le crois à présent tout aussi dangereux que l'autre. Il est venu ici, il y a environ trois semaines, dans l'espérance d'y accrocher de l'argent et retourner en France, manœuvrer à sa guise. Il assurait être brouillé avec Bésif^nan et n'avoir plus rien de c

mun easenible. Mais je n'en crois rien : leurs (êtes se ressemblent Irop pour se séparer. Il disait avoir laissé en France pour environ trente louis Je délies. Je lui ai offert de les payer sous condition qu'il ne rentrerait pas, qu'il irait à votre armée, et je promettais do lui payer un traitement particulier pendant qu'il v serait. Il a refusé ma proposition et a préféré de rentrer pour se roeltrc de nouveau à la tète de soixante ou quatrevingts vagabonds qui couraient les montugnes du Forez avec lui et Bésignan. J'ai pris des mesures pour éviter à ces deux mauvaises lêtes toute confiance de la pari des habitants des campagnes, et j'espère y réussir- "

Sous ces appréciations sévères âl'excès, Coudé devinat-i! le reproche de s'être montré trop confiant dans Bésignan et dans Lamothe? La réponse qu'il fil à Irabert-CoIomês ne permet guère d'en douter :

1. Je ne prends pas le plus petit intérêt à M. de Bésignan, dont Je Ijlàmc certainement la conduite à tous égurds. Je ne le connaissais que pour avoir été en 1 792 dans mon armée, oii il ne fit ni bien ni mal. Je l'avais absolument perdu de vue, quand il m'écrivit, au mois de mai dernier, qu'il avait un parti avec lequel il comptait soutenir la cause du roi. Je lui répondis, au commencement de juin, que c'était fort bien fait, — et je DC pouvais guère lui répondre autrement, — mais qu'il ne fallait rien de partiel; qu'on ne ferait que des victimes, et que c'était le moyen de reculer au lieu d'avancer, que, de plus, je ne lui donnais aucun ordre, puisqu'il me mandait avoir raçu ceux du roi, alors ré-

K»S LA CONJORATION DE PICHEGRD

gent, et qu'il n'avait qu'à les suivre. Il me récrivit; je ne lui répondis plus. J'étais averti de ne pas me fier à lui. 11 vint à Mulheim, où il vit Wickham, à qui je dis de prendre garde que ce pouvait être un homme dan- {■ercux s'il n'avait quelque satisfaction, et Wickliani l'autorisa à aller servir sous Chavannes. 11 n'y avait que cela  Taire ou le faire arrêter. Pour Lamothe, je ne lui ai pas doané la plus petite mission. Je n'ai même pas eu ses confidences. C'est à regret que je lui ai donné un passeport, craignant l'usage qu'il en ferait. "

En ce qui touchait Bésigaan, Coudé ne disait pas entièrement la vérité. 11 résulte d'autres pièces de sa correspondance qu'il s'était laissé captiver par les propos emportés et ardents de ce Méridional si prompt à prendre ses désirs pour des réalités, à se croire infaillible et à chanter victoire. «Je crois bien qu'on l'a un peu calomnié, disait-il à Wickham en le lui envoyant dans le courant de septembre; il est très intéressant à entendre. ° Et durant plusieurs semaines, Désignan avait été, entre Wickham et lui, son intermédiaire préféré. Maintenant, il était contraint de reconnaître qu'il avait mal placé sa confiance. De toutes parts lui arrivaient des plaintes contre son agenf. C'est à lui que les faiseurs de plans chimériques s'en prenaient de l'impossibilité de les mener à bonne fin. ■ Son imprudence a dérangé de grands projets, disait Précy, trouvant bon ce prétexte pour justifier ses hésitations. Il n'y a rien à taire avant le printemps. •<

COMPLOTS ROYALISTES lU

De son côlé, Wickham écrivait de Lausanne, îe 6 décembre : - ... M. d'Arles et le colonel Crawfurd vous auront rendu compte, Monseigneur, de !a malheureuse affaire de Bêsignan. Elle me parait prendre tous les jours une tournure plus fâcheuse. Tout ce qu'il y avait de mieux pensant dans le Forez est en fuite. personne ne se croît en sûreté ni du coté de Lvon, ni dans la partie méridionale du Jura, et, ce qui pis est, la frayeur est si grande dans ce pavs-cî que je m'attends tous les jours à un nouveau décret contre le séjour des émigrés qui fera un mal incalculahie à la cause.

B En attendant les événements où nous avons pris toutes les précautions possibles de ce cûté-ci, Imhert- Colomès est ici ; nous avons discuté ensemble toute l'affaire de manière à être préparés contre tout ce qui pourrait en arriver de fjcheux. Il est prêt à rentrer le jour qu'on le trouvera convenable. Mais nous sommes tous d'accord que pour le moment, il faut tout suspendre et attendre l'événement avec cette patience et cette tranquillité dont Votre Altesse nous donne tous les jours un si bel exemple. Tessonnet a réussiàmerveille de son cùté, mais il m'a fait dire qu'il n'est nullement en mesure de faire la moindre chose, d moins que Lyon ne se déclare en force, ou que Votre Altesse, puissamment soutenue, n'entre promplement en Franche-Comté. ■ Tinseiiu vous aura rendu compte de ce qui s'est I passé du côté de Porenirui. Votre Altesse aura vu qu'on I n'est nulle part en mesure. Dieu sait, vu le change-

nfc LA CONJURATION DE PICHEGRC

ment subit dans la destination du corps de Votre Altesse, si l'affaire de Bésignan ne doit pas être plutôt regardée comme un bien que comme an malheui réel... n

Là était la vérité, et l'affaire Bésignan arrivait fort n propos pour contraindre les conjurés à la confesser En dépit de leurs afiîrmations, rien n'était prêt. Lf prince de Condé, après avoir cru qu'il allait francblr le Rhin, en était subitement empêché. Wnrmser, qui dans les premiers jours de novembre l'in^'ilait k se préparer au passage et à s'entendre à cet effet avec le général Mêlas, avait rétracté ses ordres sur l'injonclion de sa cour, alors que deux ingénieurs étaient déjà venus à Mulbeim pour choisir avec Condé le point où le passage devait s'effectuer. Mécontent d'avoir été désavoué, Wurmser accusait Mêlas, son mauvais vouloir, son inaction, l'arrivée tardive des pontons, et Condé désespéré, sans ressource, menacé d'être éloigné des bords du fleuve, demandait de l'argent et l'autorisation d'agir. <i De l'argent ou la mort la plus prompte. Tout est préférable ù l'état d'inquiétude et de langueur où on me laisse. "

D'autre part, Pichegru ne se décidait pas. Quelque encourageants que fussent les propos qui lui étaient attribués par les agents chargés d'cvploitcr ses « bonnes dispositions » , toute sa conduite militaire leurinfligeait des démentis incessants. Il ne livrait pas Strasbourg encore qu'on t'en suppliât, elil persistait à ne pas écrire. Par surcroit d'infortunes, le bruit circulait que les bel-

COMPLOTS ROYALISTES IW

libérants allaient conclure un armistice. Quelques-uns voyaient dans lévénement le prologue de la paix générale. Armistice ou paix définitive, si les Autrichiens désarmaient, c'était le coup le plus funeste qui put être porté à la cause royale, puisqu'elle n'avait rien à attendre que de la conflagration européenne.

Il est vrai que l'on conservait encore un sérieux espoir du côté de Besançon. On s'attendait à apprendre que le général l-'errand s'était déclaré pour le roi et qu'il avait entraîné ses troupes dans la révolte. Bien différentes, hélas! les nouvelles que reçut Condé. Surprise ou trahison, en Franche-Comté comme dans le Lyonnais, la police avait découvert le complot et en tenait bientôt tous les (ils, grâce aux papiers qu'à deux reprises lui avait livrés le hasard.

La prt-niière saisie eut lieu le 12 décembre. A cette date, la police franc-comtoise était avertie depuis plusieurs jours qu'un individu débarqué à Besançon sons le nom d'Alexandre levait des recrues au nom du roi de France. On l'avait vu circuler dans la ville, aller, venir, fréquenter les cafés. Toutefois, comme il avait fait viser son passeport ù la municipalité, on ne s'était pas inquiété de ses mouvements. Signalé à la police par une dénonciation précise, il devint l'objet d'une surveillance spéciale. Elle confirma les dires du dénonciateur. L'arrestation d'Alexandre fut décidée.

On y procéda dans la soirée du 12 décembre. 11 se laissa prendre sans résistance. Mais, tandis qu'on le conduisait de son auberge à la prison, il s'échappa. A

146 LA CONjnn ATION riE PICHECRO

la faveur de la nuit, i[ $e perdît dans le dédale d de la ville. Le lendemain, les douaniers postés sur la frontière suisse, à qui sonsignitlement avait été donné, l'aperçurent ait moment où il essayait de la franchir. Ils se lancèrent à sa poursuite, mais sans piirvenîr à l'atteindre. En racontant leur déconvenue à In police, ils lui remirent une liasse de papiers que, serré de près et craijpiant d'être pris, le fugitif avait jetée ditns un fossé.

Parmi ces papiers se trouvait une lettre adressée par î'iibbé de Tinseau, ancien vicaire général de Toulouse, il son frère Tinseau d'Amondans, dans laquelle il était question d'un ami de ce dernier, le capitaine du génie Pautenet de Véreux. Cette lettre ne laissait aucun doute quant à l'existence du complot royaliste. Elle le révélait avec tous ses moyens et elle en désignait les auteurs. La police se mit aussitôt à leur recherche.

Elle ne les avait pas encore trouvés lorsque l'un deux, le capitaine Tinseau, qui résidait de l'autre cùté de la frontière, osa la franchir et venir frapper à la porte d'un ami dont il voulait solliciter le concours. Mais ayant rencontré en route un uniforme répubhcain, il revint sur ses pas, craignant d'être reconnu dans sa fuite, et, pour plus de sûreté, il se débarrassa, en les JL'Iant dans un buisson, des papiers qu'il avait sur lui. (Quelques instants après, un passant tes ramassait et s'empressait de les soumettre à l'examea de l'évêque constitutionnel du Jura, Moïse. Celui-ci, après en avoir pris connaissance, les envoya à Paris. Mais déjà le gé-

neral Ferrand, dont le nom s'y trouvait, était prévenu de la saisie et pouvait mesurer le péril auquel elle l'exposait. Son parti fut pris aussitôt. Il alla révéler à la police les propositions dont il avait été l'objet de la pari de l'autenet de Véreux, en ajoutant qu'il n'avait paru les écouler avec complaisance qu'afîn de mieux connnilre tous les projets des conspirateurs et les détails de la conspiration. Dans son ardeur à éloigner de lui les soupçons, il consentit à tendre un piège à ces gens qui le croyaient leur complice. Il leur fit savoir qu'il désirait renouer 1 entretien au point où ils l'avaient laissé. Paulenelde Vercuxet Bon vcnot vinrent au rendez-vous. Là, l'errand se démasqua en appelant à l'aide. Mais Pauteiiel de Véreux parvint à s'échapper, et seul Bouvenot fut arrélé.

L'instrucliou judiciaire qui suivit cet événement eotriiina l'arrestation de Ferrand et de cinq administrateurs du Doubs. soupçonnés d'avoir favorisé d'abord le complot et de ne l'avoir déserté qu'en apprenant qu'il était découvert. Mais bientôt, ^lute de preuves, il fallut les relâcher. Bouvenot lui-même parvint à s'échapper de sa prison. Quant à Tinseau et à Pautenet de Véreux, ils étaient déjà loin, disposés à recommencer leur dangereuse campagne aussitôt que s'offrirait une occasion propice. L'abbé Breluque n'avait pas été inquiété. On le retrouve en mai ITtllî, continuant tea iolrigues, se plaignant au président de Vezet d'être iaitsé sans moyens. Il lui écrivait à cette date : <• On vient au secours des bons dans une ville ouverte, et on

148 l,A CONJUHATION RE PICHEGUn

néglijje une ville fortiSée. Jamais la Képublique ne fut moins préparée à soutenir lu campagne, el jamais elle ne fut moins attaquée. >■

Cette affaire de Besançon ne donna donc lieu, pour ceux qui y avaient été mêlés, ù aucun châtiment. Son dénouement n'en constituait pus moins un échec sensible pour la cause royale. Condé craignait que Pichegru n'y trouvât des motifs de découragement et d'inaction. 11 chargea ses émissaires de lui affirmer " qu'il n'y était pour rien " , ce que démentent les extraits de sa correspondance, publiés plus haut, a Je n'ai cessé de recommander de ne rien faire de partiel, ajoutait-il. Mais la chose était organisée en grand. Je suis trop loin de ces pays pour pouvoir en diriger absolument la marche, et Baptiste (Pichegru) doit s'attendre à ce qu'ils éclatent au moment où on s'y attend le moins et sans ma participation. C'est sans doute de cette affaire dont on a voulu me parler en écrivant : Le bourgeois entendra parler d'une banqueroute qui l'aura effrayé; qu'il se rassure sur cet événement. <•

C'était prendre les choses bien à la légère. En réalité, les découvertes opérées à Lyon et a Besançon mettaient  nu tous les ressorts de la conjuration ourdie par les émigrés, et, si elles ne révélaient pas les négociations entamées par Condé avec Pichegru, elles en reoduienl du moins les résultats bien douteux en fournissant au générjd un bon motif pour ne pas tenir les promesses que les émissaires de Condé prétendaient avoir obtenues de lui.

après ces découvertes, ceux des conspirateurs qui résidaient à Lyon ou qu'y avait conduits la pers- [lective d'une action prochaine s'étaient hâtés de quitter cette ville, les uns comme Irabert-Colomès pour pusscr en Suisse, les autres comme Bésignan. Lainollie, Surville, Dominique Allier, pour aller évoluer sur unautrt; théâtre. Lamothe était revenu dans hi Haute-Loire, mécontent d'avoir été éconduit par Précy et Imberttioloraès et résolu à se procurer par d'audacieux coups de main les fonds qu'on lui refusait dans l'entourage des princes. It tenta de ftiire une levée de troupes, recruta quelques hommes, forma un camp au Pertuis près d'Yssingeaux, et commença à rançonner les communes environnantes. Mais sa bande, à sa première rencontre avec les gardes nationaux et les geiularmes, lâcha pied et se dispersa. Il n'eut que le temps de se jeter dans les bois, d'où il se dirigea vers le Viviirais. Lii, il trouva le marquis de Surville, le baron de Saint-Christol, Dominique Allier, le chevalier de Itochemanre. le chevalier de la Lune et, pour tout dire, l'étatmajor de l'insurrection. Faute de ressources et par suite des mesures plus riffoureuses prises par te gouvernement, depuis qu'avait été découvert le complot de llésignan, ce personnel, ne pouvant entreprendre de grandes choses, était immobilisé, L'arrivée de Liimolhe lui rendit quelque activité. Cet ancien ofBcier apportait un plan dont l'exécution semblait facile et permettrait tout au moins de ne pas désarmer ni s'avouer vaincu. Ce plan consistait à envoyer un émissaire au

130 l.A CONJCIIATION DE PICHEGBD

roi afin d obtenir qu'il donnât aux forces Insurrectionnelles éparses dans le Midi un chef militaire à qui tout le monde serait Ipnu de se soumettre. En attendant ce chef, on tiendrait le pays en haleine par de petites et incessantes entrejirises, et on préparerait ainsi une prise d'armes générale.

Le plan fui unanimement adopté. Quand il fallut choisir l'envoyé qui devait exprimer au roi les vœux de sa noblesse du Midi, c'est sur Laniolhe que se porta unanimement le choix de ses compagnons. Mais il déclina l'honneur qu'on lui faisait, alléguant qu'il était plus apte ù combattre qu'à négocier. En réalité, il se souvenait de laccueîl qu'il avait reçu, quelques semaines avant, chez tmbert-Colomès à Lausanne. Il redoutait d'avoir été desservi dans l'esprit du roi. Plus heureux que lui, Surville conservait tout son crédit; du moin: Lamothe le croyait, et tui-mème le désigna pour remplir la mission dont chacun reconnaissait la nécessité

Entre les innombrables victimes de ces temps cah miteux, te marquis Jean-Louis-Amand Tallard de Sui ville est une des plus dignes d'intérêt et de pi distingue de ses farouches et parfois cruels compagnoDlj par sa sensibilité, la grâce charmante de son visage, noblesse de ses sentiments, la culture de son espHl ses dispositions à la rêverie, la source poétique qai coule en lui et qu'il ne laisse se répandre en des inspirations tour â tour ingénieuses et touchantes qu'après les avoir revêtues d'une gavante parure, empruntée â la langue du passé. A l'époque où sa présence était signalée

lai B

COMPLOTS HOVALISTES 151

parmi les conspirateurs du Midi, personne, si ce n'est sa feinme et quelques amis, ne soupçonnait qu'il y eût en lui une âme de poète. Mais elle chantait déjà depuis longtemps. Souvent il trompait en faisant des vers lu longueur de ses courses aventureuses.

A l'indolence d'un créole il unissait l'énergie et la vigueur d'un paladin; et son intrépide courage se revêtait parfois d'excentricité. En 1785, à Schlestadt, provoqué en duel par un Anglais, il ne voulut se battre qu'autant que ce serait avec l'appareil de la chevalerie. Les deux adversaires parurent sur le terrain bardés de fer, casque en tête, armés de pied en cap comme le» preux d'autrefois. Le combat terminé sans grand dommage, ils se réconcilièrent solennellement.

Le hasard, plus encore que sa volonté, avait fait de cebrillantgentiUiomme,àgéde trente-cinq ans en 1795, un champion de guerre civile. Enrûlé d'abord dans l'armée de Condé, il ne semble pas qu'il y eût trouvé de nombreuses occasions de se couvrir de gloire. Las de vivre sur un sol étranger, il était parti en apprenant la chute de Robespierre, convaincu, comme la plupart des émigrés, que la Terreur touchait à sa En. Il avait hâte de revoir son pays. Il y passa quelques semaines avant de se rendre à Lyon, où se trouvaient déjà pluflieurs de ses compagnons d exil.

Durant ce séjour ea Vîvarais, î) subit la contagion de lespril de révolte et d'insurrection, depuis longtemps déchaîné dans ces contrées, et que transformait, en le surexcitant, la possibilité de se venger, apportée aux

ut Ll COSJCn^TIO!) DE PICUEGRL'

vitàmtt par la Jouroée du 9 Ihennidor. Trop généreux 6e oorar poar o« pas répufrner aux représailles el aux rengesDces telles que les exerçaient les chouans, par dé- «rileeontnbaerà laresUuratioDou par besoin de donner an bol â M>D actÎTilé, Use jeta dans leurs rangs avec, peot-étre, l'espoir de le? discipliner, de rendre moins barbare la guerre qu'ils avaient déclarée à la République et â ses défenseurs. Son nom, sa naissance, sa qualité d ancien ofBcîer, tout le désignait pour exercer un ctHumandemeol. ll est iTaisembiable qu'au roomenl où la cooEance de Lamotfae et de ses compagnons l'envoyait auprès du roi pour demander qu'un cbef militaire fut prépo^ à la direction des mouvements însurrectîonneU da Midi, il se flattait de l'espoir d'être appelé â ce poile de confiance. II quitta le Vivarais, au commeocemeat de 1796, pour se rendre auprès du prétendant, â Vérone.

idabiei det AuiricliUm. — PuiiiIoiiB de Jourilan et <le Plcbe- Jourdan repauc le Rhin. — M.inheîiti allaqiié. — IniufS- I effectifs dont ditpoie Pidiegru. — L'opinion de Chaucloup' — Mnyence d^blo(|ué. — Rdrailede l'armée. — Menaonge le-Borel. — Vain» appels de Pîcliegru à Jourdan. — Jtlge- Gouïion Sainl-Cyr. — La garniinn de Manhtiin. — Le g*intsigu. — Il capitule aprci onic jour» de «iègf. — Méf.on- » du Directoire. — tléponse de Pichcgru, — Il reprend l'of-

ranlages remporlés au mois de septembre 1795 irmées françaises — le passage du Rhin, la DusseldorF, celle de Manheim — n'avaient uragé les Autrichiens. Pressés de prendre leur î, Glairfayt et Wurmser, chacun de son côté, ent, dès les premiers jours d'octobre, à des ifs formidables en vue d'une attaque simultanée ;s ligues ennemies.

an, le Rhin franchi, s'était établi sur le Mein, ibouchure de cette rivière, au long de Inquelle inait son armée jusqu'à la Nidda. Ses soldats nt le pays. Avides de se dédommager sur la ite du Rhin des longues et cruelles privations ir la rive gauche, ils se livraient dans les con-

134 LA COKJUnATION DE l'ICHEGllD

trées conquises ù d'odieuses exaclîons qui exaspéraient les habitants et les animaient d'uu ardent désir de vengeance contre les vainqueurs dont ils étaient devenus la proie.

Quant à Picliegru, il ne commandait plus qu'à une armée dispersée. Il occupait, avec trois divisions, la place de Manheim où il avail installé son quartier général. Quatre autres étaient postées entre Strasbourg et Huningue; quatre campaient devant Mayence, préposées à la garde des redoutes élevées sur la rive gauche pour bloquer la place de ce côté. Ces redoutes ne comptaient pas moins de cent cinquante pièces d'artillerie. C'est en vertu des plans envoyés de Paris parle Comité de Salut public que les choses avaient été disposées ainsi, et par sa volonté formelle qu'une partie de l'armée se trouvait paralysée devant Mayence, dont le siège, sans utilité immédiate, s'annonçait comme une opération longue et difficile.

A l'improvisle, Picliegru recevait, le 17 octobre, une lettre de Jourdan lui annonçant que, » faute de subsistances et de chevaux " , le général en chef de l'année de Samhre-et-Meuse s'était décidé à repasser sur la rive gauche du Rhin, dans la crainte de compromettre, en restant sur la rive droite, les troupes qu'il commandait. Clairfayt, par une manœuvre audacieuseet habile, l'avait contraint à la retraite. Cette retraite avait bientôt dégénéré en une fuite désordonnée, aggravée par l'hostilité des paysans qui s'étaient joints aux chiens pour la rendre plus meurtrière.

ts aux Autri|^H

. CAPITOI.ATION DE MASHEIM

Pichegru ne se méprit pas quant aux conséquences de l'événement. En le faisant connaitre au représeutniit Rîvaud, il lui disait : u Ce fâcheux contretemps, nous ôtant tout espoir de former de nouveau le blocus de Mayence avant lu fin de la campagne, nous met dans l'alternative d'abandonner nos lignes de contrevallation

pour prendre en arrière

ue i;

,gnc

idui

tranquille et

plus commode, ou de perdre encore plusieurs milliers d'hommes pour les garder, ce qui deviendrait d'autant plus pénible qu'il ne reste plus de bois à cinq lieues ù la ronde. " Ainsi, tout le profit de la brillante journée du 7 septembre était perdu. C'est en pure perte que, ce jour-lù. Joiirdan uvait fr.-mclii le Hhin. Son retour en arrière semblait inconcevable à Rivaud, " aussi inconcevable que. d'avoir passé sur la rive droite sans avoif tiré de la rive gauche tout ce qui était nécessaire pour se maintenir i .

Le lendemain, à quatre heures du matin, Pichegru était attaqué à son tour, sous les murs de Manbeim. A midi, l'attaque durait encore. » Elle a été très meurtrière toute la matinée, à cause d'un brouillard très épais qui n'a cessé qu'à dix heures. L'ennemi très en force nous resserre beaucoup sous la place, et déjà quelques-une de ses obus y sont arrivés du côté de la Ictc du pont du Necker. J'envoie un courrier sur le Haut-Rhin pour faire descendre des forces dececoté-ci et empêcher l'ennemi de passer le Rhin pour cerner la place sur la rive gauche, ce qu'il pourrait peut-être tenter. Nous sommes fort embarrassés pour

nrtilL

lene et les munitions, n ayant pas

de chevauxTI

Finalement, il fallut céder le terrain à des forces supérietires et se réfugier sous Manhcim. Pour Pichejjru comme pour Jotirdan, le déplorable service de Inrlillerie et des munitions était la cause de réchec. En en rendant compte a» Comilé, le commandanl de l'armée de Rliin-et-Mosel!e proposait, « pour parer à de plus grands désavn otages, de détacher des troupes de Jourdan qui n"a qu'à garder la défensive de quoi forlifier la défense de Manheim que l'ennemi cherche à prendre ou à brûler " . Il renonçait aussi à s'emparer i\e Kehi, trop bien défendu par Wurmser, et rappelait les troupes qui s'y trouvaient déjà afin de se rendre plus fortà Manheim.

De cette même idée de défendre les posilions qu'il occupe, s'inspire sa réponse à .lourdan écrite le 18 octobre, sous le feu de l'ennemi : » Comme il n'y a pas d apparence que rennerai entreprenne de te suivre et de passer le Rhin ; qu'en conséquence, tu pourras parfaitement tenir la défensive, ne penseras-lu pas qu'il serait nécessaire de venir me renforcer sur l'une et l'autre de ces positions ou au moins de remplacer une partie de nos divisions devant Manheim qui va devenir le point de convoitise de l'ennemi? Je vais écrire â ce sujet au gouvernement. Mais, comme cela demandera du temps, je te prie, si tu partages mon avis, de prendre des mesures en conséquence. "

Le jour suivant, il revient à la charge : " Notre affaire d'hier a duré toute la journée, mon camarade; elle a

LA CAPITDLATlUS DE MANHEIM 157

! très meurtrière de pari et d'autre. 5os troupes se sont très bien batluets. Mais il a fallu céder au nombre et nous resserrer sur lu place, après avoir été forcés dans les villages de Neckerau, de Fudenheim, etc. , etc. Cette circonstance rend plus urgents les secours que je l'ai demandés pour résister aux efforts que l'ennemi ne manquera pas de faire de ce coté-ci et sur Mayence. Je te renouvelle donc mes sollicitations à ce sujet, en te priant de faire filer sur Mayence tout ce qu'il te sera possible de détacher. Il me semble que, restant sur la défensive, lu pourrais prolonger ta droite jusque devant cette place. Salut fraternel. «

En présence de ces témoignages des soins et des sollicitudes de Pichegru, comme dit Gouvion Saint-Cyr, que devient le grief qu'on lui impute d'avoir voulu livrer Manheim aux Autrichiens? Singulier moyen de livrer cette place que celui qui consiste à solliciter des secours pour la défendre. Du reste, c'est l'avis du Comité de Salut public que Jourdan doit, en ces circonstances, venir en aide il i'ichegru. - Nous avons pensé comme vous qu'il faut que l'armée de Sambre-et-Meusc fournisse des renforts à celle de Ubin-et-Moselle vers lu gaucbe. Nous avons ordonné la marche de vingt-huit mille hommes, dont vingt mille munis de tout ce qui peut être nécessaire pour aller à la guerre, el huit mille destinés à tenir garnison dans Manheim. Nous avions bien pensé à envoyer ces troupes de Sambre-et-Meuse relever celles qui sont devant Mayence etàvous rendre celles-ci. Mais nous avons vu qu'en prenant ce parti.

LA CUXJliUATION DE TICHEGltU

vous n'auriez pu fournir ;\ toutes les troupes ce dont elles auraient besoin pour faire une guerre de campagne. "

Les vingt-huit mille hommes promis par le Comité n'arrivent pas. Ils se réduisent à douze bataillons que Jourdan envoie le 25 octobre, dont six seulement se présentent à temps pour conibatlre. Contrairement à ce qu'annonçait le Comité, ces balnillons napportent rien de ce qui leur est nécessaire. Leur présence devant Manheim ne fait qu'accroître la pénurie générale de l'armée et qu'accuser l'impuissance en laquelle se trouve Pichegru de marcher à l'ennemi. Lorsqu'il n pourvu i\ la défense de ses positions, il lui reste à peine vingt mille hommes dépourvus d équipement. II est réduit à prolonger son séjour devant Manheim.

Celte situation se trouve exposée avec une évidence siiisissante dans une lettre qu'en ce même mois d'octobre Chasseloup-Laubat. chef du génie au siège de Mayence, écrit au conventionnel Gillel : u Pichegru se soutient à peine sous les murs de Manheim et ne s'y soutiendra pas longtemps. Nous autres, nous serons dans deux jours enfoncés et contraints de nous retirer de devant Mayence parle retour d'une partie de l'armée qui a fait reculer Jourdan. Si le gouvernement n'envoie pas trente mille hommes à Jourdan et autant à Piche-

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risque <

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r nos fron-

tières et sur In Meuse. Je ne sais ce qui peut l'avoir entretenu dans sa sécurité sur notre position. Mais elle est environnée d'abimcs. «

LA CAPJTOLATIO.N

lite de la

guerre n nlIaiL (pic trop promptcmenl

démontrer l'exactitude de ces prévisions. Condamné par riitsufSsance de ses effectifs à rester sur la défensive, Pichegru ne cesse de réclamer des secours et de dresser le tableau des risques auxquels il est exposé. Ses lettres au Comité de Salut public se succèdent de plus en plus alarmantes. On lui a demandé de retarder la marche de l'ennemi, " sans toutefois livrer bataille » , jusqu'à ce que Jourdan soit en mesure de combattre ledit ennemi sur ses derrières tandis que lui-même lui fera ^tce. Mats comment arréterait-il une armée plusieurs fois supérieure à la sienne? On voudrait aussi qu'il s'occupât exclusivement d'une diversion sur le haut nhin. Mais par quels moyens la rendrait-il forte et puissante, " ne pouvant déplacer une troupe des environs de Manhcim avant l'arrivée de celles de Sambrc-et-Meuse " , qui continuent toujours A ne pas paraître ■?

Le 2ÎI octobre, la situation subitement se complique. Les Autrichiens, qui la veille sont parvenus à jeter dans Mayence par la rive droite plusieurs milliers d'hommes, font, sous les ordres deClairfayt, une sortie sur la rive gauche. En une matinée, ils mettent en déroute l'armée assiégeanle, s'emparent des retranchements qu'elle a élevés, de cent trente-huit canons qui les défendent; ils font dix-sept cents prisonniers et obligent les Français à s'enfuir.

Pichegru accourt du haut Rhin avec des renforts, reconquiert une part de terrain perdu, prend position

LA COSJCBATIO!! DE PICHEGRU b Pfrmm. U ï'y fortifie appuyé à Worms, e

lie reoir défendre lu Nahe qui eiH à Ma», av même moment, son armée est Bien qu'elle se batte durant peut empêcher la tète de poni du par les Atitrichiens. qui In ant qadfBes heures et à qui l'arrache enfin ■B aéroiiiMe enort de i

* en a coûté du mmmàt à l'ennemi. Mais en recommençant ansn sottreot îles attaques aussi vive:^, il amrait bienl6l réduit par la fatigue nos troupes dèjii harassées. Les appravisionDements sont très incoiiiplelâ, et fi l'armée se Iroaraît forcée sur la Pfrimm el obligée de se retirer derrière la Spirebach, la ^raisoo de Manheim se trouverait obligée bientôt de capituler et n'obtiendrait pas sans doute de venir rejoindre l'armée. J'adopterai le parti que me paraîtront exif;ep les circonstances, et j'en référerai d'ailleurs à votre collègue Riraud, ainsiqu'aus avis et conseils des génèratii de l'armée. •

On voit de quels désastres la retraite de Jounlan d'une rive à l'autre du Rhin avait été et menaçait d'élrc encore la cause. Cette retraite, ses défenseun et luimême ont aHécté d'en rejeter la responsabilité sur Picbegru. Mais ce n'est là qu'un écho de ce qui se disait au quartier général de Jourdan, où on ne voulait pa» ndmettre qu'il eut été battu par sa faute et où quelques plaintes s'élevaient déjà contre l'armée de Rhinet-Mosclle. Le représentant Carreau en eotretenait le

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