I.A CAPITULATrON DE MAMIEIM
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1 guerre. .
Je vous demande, citoyens représentants, de garantir l'armée de relies malheureuses qui pourraient m'élre réservées el d'en transmettre le commandement à un autre qui pourra les faire changer avantageusement. Ma santé s'est beaucoup altérée depuis quelque temps. "
Cette lettre est du 3 novembre. Malgré les sentiments qu'elle exprime, Pichegru fait, les jours suivants, tête au péril ; et lorsque enfin il est obligé d'abandonner sa position de la Pfrimm, pour en prendre une autre derrière la Quiech et Landau, il peut se rendre cette justice que lui rendent également Bivaud, Bâcher et lous les témoins de ses efforts, que sa défaite ne pouvait être conjurée qu'autant qu'on l'aurait secouru. Ne l'ayant pas été, il est sans reproche. i L'armée, écrit Bivaud le 1 1 novembre, manque de tout en fait de moyens pour soutenir la campagne. Si l'armée de Samhre-et- Meuse avait fait son mouvement sur la Nahe, on n'eût peut-être pas essuyé ce nouveau revers. "
On voit ici l'accusation se déplacer et le grief do Jourdan devenir le grief de Pichegru. Quand les défenseurs du premier font un crime au second de ne l'avoir pas secouru, les défenseurs de celui-ci peuvent objecter que l'armée de Sambre-el-Meuse avait l'ordre de venir en aide à l'armée de Rhin-et-Moselle et ne l'a pas fall. La question a été d'ailleurs résolue par un juge que ni les uns ni les autres ne récuseront. Parlant de riue.xplicable retard que mît Jourdan à marcher au secours de I Pichegru, Gouvion Saint-Cyr dit :
170 LA CONJURATION DE PlCHEGRn
" Ce retard provienl-il de sa volonté ou de l'impossibilité où il peut s'èlre trouvé d'arriver plus tôt? Dans le premier cas, ce serait une grande faute, et, dans le second, un malheur. J'ai eu sou8 les yeux une correspondance dans laquelle on fait une si triste peinture de l'armée de Sambrc-et-Meuse à cette époque bous le rapport des besoins et surtout de la discipline que, d'après cela, on ne pourrait plus attribuer le relord dont nous parlons à d'autres causes qu'à l'abandon dans lequel le gouvernement laissait ses armées. Celte explication me parait si naturelle qu'elle dispense de recourir à des suppositions telles que la trahison de Pichegru, qui, je le crois du moins, n'eut lieu que plus tard. "
N'empêche qu'à celte date du 13 novembre, l'armée de II hin-et- Moselle, chassée des abords de Manheim, ne pouvait plus défendre cette place, et qu'à dix jours de là, la garnison qu'y avait laissée Pichegru allait être obligée de capituler.
Entre tant de griefs imputés à Pichegru, il n'en est pas que ses accusateurs aient plus ardemment exploités contre lui que cette capitulation de Manheim. Elle est leur grand cheval de bataille ; elle constitue à leurs yeux la preuve inéluctable de la trahison. Voici comment l'un d'eux résume l'opinion générale dans un de ces dictionnaires encyclopédiques destinés à venir en aide à l'ignorance des gens qui cherchent à se faire à peu de frais une érudition superficielle : i> Pichegru opéra sa retraite sans être inquiété, abandonnant de
LA CAPITCLATION DE MANHEIM ITl
délibéré dans Manheini un corps île neuf mille Français qui, investis dans une ville mal fnrlîBée par toute une armée victorieuse, trouvèrent là une mort glorieuse, mais inutile à la patrie. "
Autant d'erreurs que de mots. On a vu que la retraite de Pichcgru l'ut au contraire terriblement inquiétée. Ce ne fut pas de propos délibéré qu'il laissa une fjarnison dans Manbeira, mais sur l'ordre formel du Comité de Salut public. Cette garnison n'y trouva pas une mort glorieuse, puisqu'elle capitula après onze jours de siège.
La rérité, c'est qu'ici encore, les accusateurs ont pris ù ta lettre et accepté, sons les contrôler, les mensonges de Montgaillard et de Faucbe-Borel. ■' Le général Picbegru, raconte Montgaillard, chargea l'aucbe- Borcl de dire au prince de Condé qu il avait laissé à Manheim , pour défendre la place, neuf à dix mille bommes, fout ee i/u'il avait de plus mauvais dans son armée; qu'il espérait qu'il en reviendrait peu, et que les Autrichiens en feraient bon compte; qu'il avait donn^ le commandement au général Monltiigu, officier sans talents et qu'il regardait comme hors d'état de soutenir longtemps le siège. "
Fauche-Borel, dans ses Mémoires imprimés, oppose A ce récit un démenti Formel et indigné : « C'est une feusseté insigne. Je n'ai jamais dit ou écrit pareille chose au nom du général Pichegru. J'ai encore sous les yeux le rapport de mes opérations depuis le 25 septembre 179i> jusqu'au 12 janvier 1796, et je défie qu'on
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d'effronterie el dimpudeuce dans le mensonge. Le rapport dont parle Fauclie-Borel est en notre possession. Il y est dit : » Lorsqu'on vit que Manheim allait être cerné, Pichegru s'occupa de la garnison qu'il voulait y laisser. // la composa des troupes dont l'esprit était le plus mauvais, de celles sur lesquelles ilpouvait le moins compter. «
En voilà assez pour prouver que le récit de Montjaillard, en ce qui louche cette affaire de Manheim, sVst hien réellement ins])iré des dires de Fauche-Bord, et que, dans la circonstance, c'est hien celui-ci qui mojit une fois de plus, cumiue il a si souvent menti el comme il menlail en attribuant à Pichegru un projet qu'il a lui-même inventé de toutes pièces.
Dès le 23 octobre, le Comité de Salut public avait écrit au général : « Si votre armée était forcée de reculer, il ne faudrait point pour cela abandonner Manheim. Il faudrait y tenir avec la dernière opiniâtreté, au risque même d'avoir la garnison prisonnière. Mettez dans cette place un commandant intrépide qui soit résolu de défendre la brèche et de ne point se rendre. Le général Desaix nous parait convenir. Qu'on jette des subsistances dans la place. Qu'on en fasse sortir, s'il est nécessaire, toutes les bouches inutiles, car, si l'ennemi vient à reprendre cette ville, voilà tout le fruit de la campagne perdu ; plus de passage pour nous cl l'ennemi maitre de se déployer à son aise, à l'aide de ces forteresses de Mayence, Manheim, Erenbereslein.
LA CAPITD1.ATI0N DE MANHEIM
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bcim est une j blindages pour mettre des subsistances ù i'abri. etil est à présumer de plus que l'ennemi ne voudra pas bombarder cette belle ville qui lui appartient. Pour conclusion, à quelque prix que ce soît, il faut que cette place nous reste, et ce sera chose facile, puisque Jourdnn ne lardera pas à venir la délivrer. Si elle ne se rend point aux sommations de l'ennemi, celui-ci, ne pouvant avoir l'artillerie et les autres moyens oécessaires pour en faire un siège régulier, n'aura rien de mieux à faire que de se retirer, sous peine d'être serré entre les deux armées de Rhin-et-Moselle d'une part, etdeSambre-el- Meuse de l'autre. "
Dans ces prévisions optimistes, on devine la pensée de Carnot. Du fond de son cabinet, loin du théâtre de la guerre, il dresse des plans fondés sur des hypothèses qui ne se réaliseront pas et qu'il ne concevrait pas si, dans son aveuglement et son ignorance, il n'était empêché de voir les choses telles qu'elles sont. L'ennemi qu'il croit hors d'état de faire le siège de Manheim a déjà pris ses dispositions à cet effet et n'hésitera pas à bombarder la place. Jourdan, dont il croit le concours assuré à Pichegru, sera lui-même paralysé, et la réunion des deux armées sur laquelle compte Carnot ne se réalisera que tardivement. D'autre part, malgré les incessaates réclamations de Fichcgru, la place n'a pas été approvisionnée. Sous le fc» de l'ennemi, son ravitaillement devient singulièrement difficile, sans compter qu'il n'y a ni casemates ni magasins voiités pour pro-
léger les munitions et provisions qu'on y jette en hâte;*
tant bien que mal.
Néanmoins, Pichegru se conforme aux ordres qu'il a reçus. Il laisse une garnison dans la place. II la forme non de ce qu'il a de plus mauvais comme troupes, ainsi qu'on l'en accusera, mais de ce qu'il peut trouver de mieux dans celte armée qu'ont découragée le;; cruelles privations qu'elle subit. S'il n'en confie pas la défense à Desaix, c'est que Desaix est à l'avant-garde des bataillons de campagne, où il rend d'importants services. Il se croit plus propre à ce poste qu'à tout autre et désire y rester. A défaut de lui, Pichcgrn, d'accord avec les représentants du peuple en mission, choisit le général Montaigu.
Est-ce un yênéral incapable, sans talents, sans énergie* Ses états de services répondent. Il a quarantequatre ans. Il s'est engagé à dix-sept. Il a conquis ses grades à la pointe de l'épéc. Il est couvertde blessures. Il s'est distingué en Hollande. A Pleurus, il s'est battu pendant trois jours. A Marchiennes, il a victorieusement défendu le pont à lu tête de quarante grenadiers et sous le feu de huit obusiers. Le 18 thermidor «le l'an II, étant déjà général de division, il a été destitué parle Comité de Salut public, sur une de ces dénonciations dont ii cette époque étaient si fréquemment victimes les généraux. Il a trouvé aussitôt des défenseurs parmi ses camarades. Bernadotte, Dubesmc, Favereau. Ferrand, ont répondu de lui. Le fougueux et véridique Kléber a écrit au Comité : •> Il a montré partout les