CHAPITRE VIII VAINES AGITATIONS
[.n efîcli Je la démiation de Piclie|>ru. — Lettre! *ur lettrei. — Kauchc-Borel et Wickliam. — Antoine Couraot et Klinglin.
Borel pnur obtenir de> fonda de l'Anglel
irinier. — Cuodé et aina effort* île Fauche- ~ Conaeila de Condê à
Demougé. — Louli XVIII mîa au cournnt. — Sa lettre a Condê. - Il eateipuUé de Vérone. — Son arrivée au camp de Coxdé. — B iDiir de Pichegru à Straabourg. — Ce (lu'cn dii Dcniougé. — Prélei duc déclaration do Piche|;ru. — I.e roi Jui écrit.
Le général Picliegru avait quitté Strasbourg le il mars. Il n'est pas démontré que l'aeceptution de sa démission lui fiit déjà connue. Cependant, comme la lettre du Directoire porte la date du 15, on doit supposer qu'elle lui était arrivée avant son départ. En ce cas, il la tint secrète. Au commencement d'avril seulement, on sut, à n'en pouvoir douter, qu'il ne reprendrait pas son poste. Le bruit se répandit qu'on lui donnait, à sa demande, Moreau pour successeur. 0"a"t à lui, on annonçait qu'après avoir décliné le ■> généralat de l'armée du Midi H , il était nommé ambassadeur en Suéde, il n'avait ni accepté ni refusé. Un délai d'un mois lui était accordé pour faire connaitrc sa réponse définitive, Ce mois, il comptait, disait-on, le passer à Arbois, son
pays. Il devait s'y rendre après î
ioslallé son sud
Ces nouvelles jetèrent le désarroi ])armi les cODJurés. Celui d'entre eux qu'elles surprirent )e moins fut le prince de Condé. En apprenant que le général allait, appelé ou non, se rendre à Paris, il les avait prévues, ainsi qu'en fait foi le lanfjage qu'il tenait à Demougé, le 7 avril, lorsque fut devenue officielle celte démission malencontreuse :
X Je suis bien persuadé que Baptiste, malgré toute sa bonne volonté, n'est plus à présent en position de nous èlre utile. Il lui est arrivé ce que je lui avais toujours prédit, c'est qu'on ne le tirait de son armée que pour le forcer à donner sa démission, parce qu'on n'osait pas le lui demander tant qu'il serait à sa tête. J
11 Je ne conçois pas, je l'avoui?, les espérances <]wH vous conservez de son retour et du succès de la chose. C'est une cbimére que d'imaginer qu on le laissera revenir à son armée. J'en vois bien tout le danger pour le gouvernement. Mais je n'en vois pas du tout le prétexte pour Baptiste. Il va se reposer sur ses lauriers, dans sa famille; la paix va se faire, ou la trêve va se rompre. 11 sera spectateur tranquille sans pouvoir, par malheur, influer en rien sur les événements. Ah! s'il avait voulu me croire, sa fortune serait faite mninlcnnnt et la contre-révolution bien avancée, u
L'importance de celte lettre, au point de vue de lu justihcation de Pichegru, éclate à tous les yeux. Elle
i fournît la preuve Don seulement que, quoi qu'en aient dît ses accusateurs, îl n'avait rien faîl, à la date du 7 avril, de ce que Condé lui demandait, mais encore que, conti'aîrement à la vérité, le prince voyait dans s» déraistiion une destitution déguisée.
Quant aux émissaires, déconcertés d abord par l'événcmeiit, ils avaient bien vite repris leur assurance et leur audace. Prompt à se retourner, Dcmoiijjé écrivait à Condé :
■ L'effet de la démission de Pichegru n'csl pas équivoque. C'est un fin coup de collier pour la chose. Le soldat en murmure déjà hautement, mais ne veut pas encore le croire... Tout est pour le mieux, car Pichegru est homme à sacriBer l'apparence de sa propre gloiri^ au véritable intérêt de la chose. " Il ajoutait que le général allait revenir à Strasbourg « avec Moreau uommé à sa place et qui est son ami <i . Bien n'était donc perdu : « La Providence ne nous a pas conduits si loin pour rien. " Les neuf cents louis qu'il prétendait avoir remis à Pichegru au moment de son départ pour Paris constituaient, selon lu>, la preuve de la bonne foi du général : » Ce n'est pas pour ne rien faire qu'on ose prendre ainsi. "
A l'appui de ces commentaires, il envoyait à Coudé la copie d'une lettre que Badouville déclarait avoir reçue de son chef dont elle annonçait la prochaine arrivée à Strasbourg. Elle se terminait par cette phrase que l'aide de camp présentait comme s'appliquant à l'affaire : » Faites-moi le plaisir de dire à Mademoi-
selle *
CONJDIIATION DE PICHEGHD
"que je ne lui cens point parce que je < la revoir bientôt. "
Coudé se laissa persuader ou feignit de l'être. Mais ce n'est pas seulement sur lui qu'il allait agir pour conjurer les effets de la démission du général. On avait usé et abusé du nom de Picliegru auprès des agents anglais et des généraux nutrichiens, auprès des premiers pour en obtenir des fonds, auprès des seconds pour les supplier de ne rompre rarmislice du 31 décembre qu'après s'être mis d'accord avec lui. Les Anglais avaient versé de l'argent; les Autrichiens s'étaient montrés moins crédules et moins complaisants, et si le général Wurmser avait paru disposé ù favoriser les plans, il n'en était pas de même de sa cour. Quel que fut, en tout cas, le degré de conSance dos uns et des autres, il importait de ne pas laisser cette confiance s'amoindrir.
Ainsi s'explique la lettre qu'écrivait A Klinglin, le 13 août, la baronne de Reich : elle prouve qu'on était parvenu à convaincre la baronne que Picliegru avait trouvé des complices parmi ses plus illustres camarades. Il Je ne suis qu'une grue en politique, mon cher Persée... Mais, je ne me persuaderai jamais que la belle Zéde (Pichegru) est une coquine... Son accord parfait avec Moreau et Desaix m'inspire les présomptions les plus favorables. D'ailleurs, sans avoir des preuves à fournir contre elle, il n'est pas moins constaté par une vingtaine de personnes qu'elle a contracté des engageinents positifs, et que la capricieuse (l'argent) qui les a
scclii's l'avilirait à jamais. ■ De son côté, Fiiuclie-Iinrel s'efforçait de démontrer à Wiirmser quo rien n'éliiil change dans les projets de Pichegru :
B Quoi que les gazettes puissent publier relativement à Pichegru (1), Votre Escellence se sera fait sûrement ce diîemmc : ou Pichegru est un homme d'honiienr. ou c'est un scélérat; on Pichegru est un homme fait pour concevoir et exécuter l'entreprise la plus hardie et la plus ignoble, ou c'est un homme voué à l'ignominie et au crime. Dans le premier cas, il n'eût point écrit, reçu des sommes d'argent, envoyé des personnes de confiance, suivi pendant huit mois une affaire dont tant de personnes [lorsqu'uneseulesuffit pour le penhe sans qu'il puisse l'éviter) ont la confidence, s'il ne voulait point exécuter de cœur et d'àme cette affaire. Dans le second cas, Pichegru maître du trésor de la Hollande, investi d'un pouvoir révolutionnaire pendant la vie et après la mort de Hobespiorre, se fût gorgé d'or et de aang, et eut au moins commis quelques-unes de ces actions dont tous les généraux français ont à rougir et que la liberté de la presse, si illimitée aujourd'hui, lui reprocherait bien positivement. Pichegru, maître de prendre des millions û la Haye et en étant sorti pauvre et respecté, ne déroberait pas aujourd'hui quelques misérables louis qui le couvriraient d'infamie.
M S'il était possible de le déshonorer au point de le croire capable de partir pour la Suède, il ne suffirait
(1) S. no,„
Suède.
m LA conjdhation de pichegru
pas de le croire scélérat, il Faudrait encore le croire le plus fou àe tous les insensés, puisque cet homme ne se dissimulerait pas que, s'étanl joué de la parole et de la confi.tncc du roi, de Mgr le prince de Coudé, de Votre Excellence, des jjénérnux de Sa Majesté Impériale et du cabinet britannique, et ayaiil laissé partout des preuves et des traces irrécusables de ses manœuvres contre le Directoire, il suffirait pour le faire arrêter et faire tomber sa tête d'un seul mot d'une des personnes qui ont été en rapport avec lui A Strasbourg...
Il Oui, Monsieur le maréchal, Pichegm fera ce qu'il a promis à Voire Excellence, et il le fera au gré des désirs de Mjjr le prince de Gondé, de Votre Excellence ; j'engage mon honneur à Votre Excellence que le moment est très prochain où le nom de Votre Excellence si cher à votre gloire ne sera prononcé qu'avec reconnaissance et allendrissement par In nation française, qui apprendra à la postérité à le prononcer avec respect... Je supplie Votre Excellence de me permettre de lui assurer qu'avant très peu de jours, Pichegru lui fera passer !e projet définitif, ainsi que les derniers arrangements à [irendrc, et je ne doute point que si Votre Excellence daigne continuer à les favoriser, S. A. R. Mgr l'archiduc Charles (I) ne soit conduit par Votre Excellence dans le sein de la France avant la fin du mois pro-
Il est impossible de mentir avec plus d impudend^^l
remplacé Claîrfayl h h
que ne le faisait Faiiche-Borel dans colle ieltre. Nul ne savait mieux que lui qu'il n'existâîl aiiciiiic preuve écrite de la participation de Picliegru à ces criminelles intrigues, et que jamais des personnes de confiance ne s'étaient présentées à Gondé de la part du général. Fauche-Borcl avait été le confident des plaintes du prince il cet égard. Par conséquent, lorsqu'il affirinait que Pichegru a avait laissé partout des traces irrécusables de ses manœuvres contre le Directoire « , il inventait de tOTitcs pièces des faits contraires à la vérité. Il inventait encore lorsqu'il annonçait l'envoi prochain d'un u projet définitif ■-, et probablement il inventait aussi lorsqu'il faisait allusion j\ des fonds acceptés par le général.
Une autre lettre adressée par lui à Wurmser quelques jotirs plus tard démontre avec plus d'évidence, s'il se peut, qu'il avait élevé le mensonge à la hauteur d'un système, et qu'il en usait largemenl, autant dire toutes les fois qu'il le jugeait bon.
■■Horeau, successeur de Pichegru au commandement général de l'armée du Rhin, est sonamiinlime. Moreau a servi sous Pichegru dans l'armée du Nord. // est positif et j'ai l/i ctriitiide que Morenu a élé insiruit el mis par Pichegru dans l'affnire dont cehii-ci s'occupe. "
La supercherie est ici bien flagranle encore, puisqu'il est prouvé et archiprouvé que Moreau était dans une ignorance absolue de ce qui se tramai! aux bords du Rhin. Quand on voit tant de mensonges effrontés se saccader sous la plume des émissaires de Condé, n'esta
on pas autonBé à affirmer que l'hJBloire des neuf cents louis versés à Pichegru par Demougé n'a pas de bases plus solides que lant d'aulres de leurs affirmations dont il est aisé de démontrer la fausseté?
Tandis que se prodiguaient ces verbeuses correspondances, Condé se voyait obligé de tenir tète à Wîckham , L'agent anglais, à l'instigation de son collègue Crawfurd, qui s'obstinait A ne pas prendre au sérieux les affirmations de Fauche-Horel (1), commençait i\ manifester des détiances injurieuses ponr les agents employés dans l'affaire. Les huit mille louis versés en septembre à Faucbc-Borel avaient été engloutis sans profit. Picbegni n'avait rien fait de ce qu'on promettait alors en son nom. il n'avait même pas répondu à cette lettre toute de cœur que Wickham lui écrivait à la fin de janvier. A ces motifs de suspicion, sa démission en ajoiilnit maintenant un nouveau et plus puissant. Sa nomination à l'ambassade de Suède, le long retard qu'il mettait à revenir à Strasbourg, alors qu'on annonçait tous les jours son arrivée, avaient dicté à Wickham des récriminations et des plaintes dont Condé ne laissait pas d'être blessé et d'autant plus humilié que l'agent anglais allait jusqu'à mettre en doute l'autlienticilé d'une lettre qui hii avait été communiquée en copie comme émanant de Picbegru, et en réclamait l'original.
* Je n'ai pas à me reprocher, lui répondait Condé,
(1) On trouvera aux pièoei hiitoriquei. I, une lettre de Fnuche-Rorvl ■u colonel Crawfurd. qui en dit long tur loi ■onlimcDli cp'inipiruiciil k ce penoansge le* émiiiairei Je Condé.
VAINES AGITATIONS ÎÎ5
nanqué un seul iusiaiit de la con6aiice que je vous devais, et que vous m'inspiriez. h'IaUê de celle que vous m'nvcz toujours témoignée, j'en ai Irop présumé sans doute, en pensant qu'une copie, certifiée de moi, pouvait suffire, non pas légalement à la vérité, mais officiellement, à la foi qui devait y être ajoutée, et la néjrociation se suivant, sous vos auspices et par vos secours, mais en mon nom, j'avais pensé que les pièces originales devaient rester entre mes mains. Je vois que je me suis trompé, cl certainement je n'opposerai pas la plus petite résistance au désir que vous me marquez d'avoir en votre possession la lettre que vous me demandez. Je la joins ici, avec une copie figurée, qui explique les rai rires que votis y trouverez; elles sont peu importantes, puisqu'elles ne porlontquesur le nom et la qualité de la personne a qui elle a été écrite ; il est même fort aisé de deviner les mois effacés, surtout quand on sait le nom, comme vous et moi; mais j'affirrae sur mon honneur (je voudrais trouver une certitude plus légale, mais je n'en connais point de plus sûre) que j'envoie la lettre absolument telle qu'elle m'est parvenue. Elle me parait entièrement de la même écriture qu'un billet de très peu de lignes qui me fut adressé il y a six mois (bien longtemps avant que le Furet (Demougé) fût dans nos confidences), qui me fut rapporté par Louis, et que je vous montrai.
» Ne vous livrez point, Monsieur, à la méfiance dont on cherche A vous entourer. Vous me dite» que jusqu'à présent vos sacrifices sont en pure perte. Ëli! qui mieux
qu'un négociateur comme vous doit savoir que iinportnntcfl affaires sont nécessairement les plus longues è traiter? Vous m'avez toujours exhorté, vous m'exhortez encoreà la patience; permettez-moi de vous donner le luéine conseil. L'amour du bien fuit concevoir des entreprises de cette nature; l'énergie les soutien!; les sacrifices préparent les succès, mais la ténacité seule les assure. Eh! à quelle époque de la Révolution a-t-on jamais vu les choses se présenter d'une manière plus favorable qu'au moment où nous sommes arrivés? Les finances du gouvernement français sont au dernier degré d'épuisement, les armées manquent de tout, les soldats désertent en foule, le réquisitionnairc non seulement se dérobe, mais se révollo contre la tyraïuiie; les généraux patriotes les plus prépondérants sont pour nous, les trois quarts et demi de la France veulent la royauté; que veut-on de plus ? Ah I Monsieur, si les rois tiennent è leur existence physique et morale, s'ils sentent (comme je n'en doute pas) que leur premier devoir est d'assurer le bonheur et la tranquilUté de leurs États, que toute politique qui n'aurait pas évidemment ce résultat pour but ne peut être nécessairement que la plus dangereuse de toutes les illusions, voici le moment de redoubler les sacrificeB, et non pas de les compter. "
Répondant aux réflexions aigres-douces qu'avaient inspirées à WickJiam la nomination de Pichegru û l'ambassade de Suéde et le retard de son arrivée à Strasbourg, il ajoutait :
B VOUS avoue que je ne vois :iucuiie contradiction dans la date de l'arrêté dont vous me parlez, et dans celle de la lettre. Baptiste (Picliegru) y dit simplement qu'il reviendra au n° I (Strasbourg), et il ne dit pus en quelle qualité, mais seulement qu'il va y revenir. Il a fort bien pu mander cela avant l'arrêté, et la preuve qu'il était sur de son fait, c'est qu'on l'y attend à Iciul moment, et que son logement y est désigné. Peut-être serai-je assez heureux avant de finir celte lettre pour pouvoir vous mander qu'il y est arrivé.
"Qu'il eùtaccepté ce qu'on lui avait offert, ne m'avait ni étonné, ni affligé; j'ai pensé que c'était vraisemblablement le seul moyen qu'il eût de se mettre audessus du soupçon. On dit, à présent, qu'il a refusé; si cela est, il a sûrement d'autres motifs, et nous ne pourrons raisonnablement le juger que successivement par les faits. Mais joscrais répondre que cet homme ■l'est ni un fou, ni un traître, ni un scélérat. Au reste, j'uî fait passer vos intentions à Louis, pour qu'il eu fusse part au Furet ; mais si vous n'admettez de preuves sûres que ce qui sera écrit de la main de Baptiste, je doute fort qu'il s'y compromette : exiger des preuves de ce genre, dans la position où il est, c'est à peu prés lui dire qu'on abandonne tout, et cet abandon se trouvera pcul-èire au moment où le succès serait le plus prochain. Que de regrets votre âme sensible se préparerait! Quelques milliers de louisde plus ou de moins, et que je ne demande point du tout qui passent par moi, valent-ils la peine, pour l'Angleterre, de manquer
I,A CONJOIIATION UF. PICHEGRO
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• propose
d'aulanl inoins (le rhonnëtelc de ses vues, que c'est vous quelle emploie à les remplir.
Il Vous désirez que Bnptisle vous communique les siennes; mais croyez-vous qu'avec la meilleure volonté du monde, il puisse s'y déterminer, quand il songera A la quantité de monde qu'il mettrait nécessairement dans sa confidence, les généraux autrichiens et leurs confidents, le ctibinet de Vienne, celui de Londres, peut-être celui de Vérone? Je doute qu'avant le moment qu'il s'est fixé, il ose risquer surla nature de ses projets une franche ouverture, qui pourrait, par une indiscrétion, non seulement les faire avorter, mais lui couler de plus, si ce n'est la vie, au moins la liberté. Je ne sais même si, par les raisons que je viens de dire, nous ne devons pas beaucoup plus désirer qu'en nous faisant assurer de la constance et de la sincérité de tous ses soins, il ne s'explique pas encore sur le genre des moyens qud compte prendre, »
Il résulte de cette lettre i[u'îi la date du 2:J avril, où elle fut écrite, la confiance de Wickham était bien ébranlée. Nous ne nous chargerons donc pas d'expliquer, si ce n'est parla constatation d'un nouveau mensonge des émissaires, comment le 22, c'est-à-dire presque au même moment, Antoine Courant prenait sur lui de déclarer au général de Klinglin : « Qu'il est impossible que M. Wickham aille mieux qu'il ne va. Il m'a réitéré sa parole d'honneur d'arriver avec son banquier au moment même de l'arrivée de Baptiste. Il m'a assuré qu'il
se servirait de tous les moyens possibles pour faire réussir cette affaire; en attendant, il a donne ceux qui étaient nécessaires pour la continuer. Il a renouvelé ses assurances au prince de Condé dans une lettre dont j'étais porteur. Il n'a rien écrit depuis trois semaines au prince de Condé sans daigner me le communiquer auparavant. Toutes ses lettres expriment les intentions les plus formelles et donnent la certitude que tous les fonds se trouveront partout où il faudra et au moment même oi"! Pichegru les exigera.
" M. Wickham m'a dit :
" — Je suis entièrement au.v ordres de l'icliegru, et je suivrai de point en point ce que ce brave homme me prescrira.
■> On doit compter sur la caisse de M. Wickham avec la même confiance que celui-ci m'a témoigné avoir dans le concours des Autrichiens. ■
Ce qui prouve combien ces propos étaient entachés d'exagération et qu'ils avaient surtout pour but de tromper les Autrichiens sur les réelles dispositions des Anglais, c'est qu"i\ la même époque, 17 avril, l'auclie- Borel. moins rassuré qu'il ne le disait, suppliait bien humblement Wickham de mettre à la disposition de Pichegru les fonds qu'il lui avait garantis.
« Rien n'est aussi intéressant que la mise de ces fonds h proximité de cet homme. Les détails qui lui sont relatifs et qui m'ont été donnes aujourd hui prouvent invinciblement qu'il a travaillé universellement à Paris le très fort parti qu'il y a, etqu'il y a concerté l'éclat déci-
230 I.A CONJOIIATION DE PICHEGRO ^M
sif ([u'il va produire à Inrinée et à Strasbourjj où il ^^* rive avec son successeur au commandement, son intime ami. J'espère que Voire Excellence aura bien voulu remettre à M, Courant les fonds dont J'ai un si pressant besoin, étant obligé d'emprunter de toutes parts et par tous les moyens possibles pour ne pas arrêter net l'affaire dont j'ai été cliargé.
"... Je lasupplie d'être convaincue que Pichcgru exécutera ce que Votre Excellence attend de lui, qu'il l'exécutera en grand homme, et que depuis huit mois cette affaire ne présenta jamais de plus grandes espérances et un succès plus certain et plus prochain. «
D(ins ses Mémoires, Fauclic-Borcl ne s'est vanté ni de la multiplicité de ses démarches pourdécider Wickham à ouvrir de nouveau sa bourse, ni de leur échec. Il eût été contraint d'avouer qu'il mentait lorsqu'il parlait d'un éclat concerté par l'ichegru et qui allait se produire à l'armée. l'ichegni n'était pas encore revenu à Strasbourg. On ignorait la date de son arrivée. Les projets plus ou moins mystérieux que lui nllribuaicnt les émissaires n'existaient que dans leur imagination, dont la fécondité se développait en raison de leurs besoins d'argent.
Wickhani ne s'y était pas trompé. Kn dépil des sollicitations réitérées de ses associés, sa caisse restait close. Il ne voulait plus Fournir des subsides qu'après s'être assuré que le plan à l'exécution duquel ils devaient servir nvaitété conçu par Picliegru ou avait reiu son approbation. Des résolutions prises à cet égard pur
l'agent anglais, il existe une preuve décisive. Elle consiste dans les avertissements et les conseils que, dès ce moment, Condé donnnit à ses émissaires.
a Je vois avec peine que les choses reculent au lieu d'avancer, mandait-il à Demougé le 1" mai. Jamais moment ne fut plus favorable pour éclater. IlIuet(Wickliam) m'assure que, s'il est averti huit jours d'avance, tous les fonds ne manqueront pas. Mais tant que nous n'en serons, comme depuis neuf mois, qu'aux espérances, il donnera peu. Ainsi, soyez économe. »
Trois semaines plus tard, il adressait à la baronne de Reich une recommandalionanalogue :
" J'ai fait passer copie de la dépêche remise hier i Itluet, et je désire qu'elle le détermine à envoyer des secours. Mais je suis loin de pouvoir l'assurer. Le parti que prend le Furet (Demoiiyé) d'emprunter quand il ne reçoit pas d'nryent, peut être dangereux pour lui, car je crois que Bluet est déterminé à ne plus être aussi prodigue que dans les commencements où l'on espérait, d'un jour à l'autre, de prompts succès, et l'expérience ne fonde plusautant d'espoir, <) beaucoup près. Le Furet ferait mieux d'économiser quand on ne lui envoie pas d'argent que d'emprunter. J e ne saurais trop répéter qu'il ne faut pas compter sur moi pour l'argent dans aucune occasion quelconque, puisque j'en manque absolument pour l'armée. Qu'on se tienne bien pour averti. "
VoiIi\ donc à quelle situation piteuse et précaire avaient abouti les aj^itations, les efforts, les intrigues,
238 I,A COSJORATION DR l'ICHEOnD
dont nous avons décrit fidêlemeiil le tableau. On n'avait pas fait un pas vers le succès. !1 n'avait jamais semblé plus éUiigné. Les prétendus enjfajfcracnls de l'îcliegru éUiient restés à l'étal de lettre morte. Il ne donnait même plus de ses nouvelles, On ne savait rien de ses projets. On ne savait qu'une chose, c'est qu'il n'exerçait plus de commandement, et qu'en conséquence il était dépourvu de tous moyens d'action militaire. La bande d'affamés qui s'était organisée et grossie peu à peu pour tirer parti de sa prétendue trahison, crevait de faim et de misère, d'autant plus découragée qu'il était de moins en moins possible de voir l'issue de leur pitotisc aventure.
Entre temps, chasse de Vérone à la suite d'incidents douloureux (I), le prétendant Louis XVIll était arrivé nu camp de Condé. Sa venue parmi les partisans qui formaient la petite armée de son cousin avait été longuement préparée. Dès le 27 juillet de l'année précédente, Condé écrivait à d'Avaray; «Songez que silo roi, cela est affreux à dire, doit être consigné quelque part, il est intéressant pour sa gloire qu'il ait autlientiquement manifeste, non par des lettres, mais parune démarche, qu'il a voulu rejoindre son armée et se rapprocher de son royaume. " Et depuis, on s'était efforcé d'obtenir de la cour de Vienne qu'elle autorisât le roi à résider aux bords du Ithin, sous la protection des Autrichiens, — démarches qu elle déjouait sans cesse,
(l)Jck
VAFNES AGITATIONS 233
80US un (>rclc\lc ou sous un autre et par d'incessantes fine de non-recevoir. Le roi s'était alors décidé à forcer la porte qu'on s'obstinaitànepas lui ouvrir. Ala faveur des raisons que fournissait à sa conduite son expulsion des Etats vénitiens, il avait pris secrètement la route du grand-duché de Bade où se trouvait alors Condé, et le 1 8 août il apparaissait à Hicgel, quartier général de ce prince.
Il connaissait déjà, tout au moins dans leurs grandes lignes, les négociations eu{;agées avec Pichegru, et, non moins crédule que Condé, il avait ajouté foi aux afSrmaliona des émissaires. Les espérances qu'il coficul au vu de ces importimles nouvelles se Iroliissent dans la lettre que, le 1 i mars, il écrivait de Vérone à son cousin.
H La grande lettre, mon cher cousin, est adressée à M. le prince de Condé, pour qui j'ai toute l'estime et toute l'amitié qu'il mérite ; mais ce petit mot-cy est pour celui qui seul au monde ii ma conKance, sur l'article peut-être le plus important de tous. Vous devinez aisémeni que je veux parler de IHchegru, el je n'ai pas besoin de vous dire à quel point je suis content de l'élat où vous avez mis celte grande affaire.
" En la terminant heureusemeul, comme je l'espère, vous aurez rendu à la monarchie française un service plus grand peut-être que celui que notre aïeul Pliilippe- Auj;;ustc lui rendit en gagnant la bataille de Itouvines; car 11 ne 6t qu'empcelier la France d'être déchirée par les ennemis extérieurs, el vous la délivrerez à la fois
S3V I.A CO^-IOHATION DE PICHEGRIJ
des extérieurs et des intérieurs. Le moment où vous me présenterez Pichegru sera le plus beau peut-être dont uu roi ait jamais joui, et je rends grâce au ciel de passer pour vérldique, parce que je suis sur d'être cru, lorsque j'attesterai que je le dois à vous seul.
n l'our y parvenir, il faut user de lîi même prudence dont vous avez usé jusqu'à présent, observer le silence comme je l'observe à Têgard de l'évéque d'Arras qui vous remet ce paquet sans savoir ce qu'il renferme, cl surtout laisser Pichegru le maître de choisir son moment. J'ai pensé qu'il serait â propos que vous pussiez lui citer de mes propres parok-s. Ainsi diles-lui tjiie faime trop ma pairie pour u avoir pas toujours aimé celui tjui l'a si /glorieusement défendue, sans m'informer pour (lui, et au il peut Juger, par conséquent, de la saîisfac' lion que j'éprouve de trouver un sujet fidèle oii Je ne voyais qu'un ennemi d' autant plus dangereux qu'il était plus estimable.
" Il ne me reste plus qu'une inquiétude, c'est de savoir comment nous ferons subsister cette armée, lorsqu'elle sera à nous; vous savez bien que je n'ai aucun moyen; je sais bien que personnellement vous n'en avez pas davantage, mais, comme vous vous en êtes sûrement occupé, je désire savoir quelles sont vos espérances à cet égard et sur quoi elles reposent.
I' Adieu, mon cher cousin ; recevez avec autant de plaisir que j'en ai A vous la donner, l'assurance de nin bien véritable amitié. — Louis.
"P.-5. — En relisant ma lettre, il nous vient une nou-
veile idée; il pourra être utile que vous citiez non seulement à Pichegru mes propres paroles, mais que vous les lui fassiez lire écrites, et signées de ma propre main . En conséquence, je transcris la phrase sur une feuille séparée, que je joins ici ; c'est à votre prudence à vous ré(;ler dans l'usafje que vous en croirez devoir faire.
j P. -S. du n. — Je viens de recevoir votre lettre, le projet de voyagea Paris m'inquiète beaucoup, cependant j'espère encore que vous aurez pu réussir à piircr le coup. •>
Quand le roi arriva à Ricgel, le coup non seulement n'avait pas été paré, mtiis tous ses effets s'étaient produits. La démission de Pichegru était un fait accompli, Condé l'apprit ù son souverain. Celui-ci fut, toutefois, d'avis qu'il ne fallait ni désespérer ni se décourager. Et cependant, tel élnit l'élut d'àme de Condé qu'aussîtùt après avoir reçu Louis XVIII, il écrivait à Fauche- Borel : " Vous voyez bien que je n'ai pas eu le temps de vous mander l'arrivée du roi ; mais j'étais bien sûr que vous le sauriez bientôt. J'espère que vous l'avez mandé tout de suite i\ Furet (Dcmougé] : faites-lui passer ce billet. Il y a neuf mois que vous me parlei; le même langaj|;e d'espérances, comme si nous touchions toujours au moment; vous sentez bien que cela ne peut plus faire d'effet. Ainsi, mandez-moi seulement les faits en m'envoyanl les lettres deDemougé. Si l'arrivée du roi ne presse pas la cltose, il n'y a plus de raison pour qu'elle Hnissc. Écrîvcz-nioi un bulletin sans coin- L pliment. »
a:ic. i,A ):0N.iDiiATi0iN de PICHEGItn
Ces lignes ne laissent aueiin doute sur la frayîlité d l'espoir que Gondé conservnit encore. On doit repeiidaiU croire qu'au contact du roi, cet espoir se ranima quelque peu, car, peu de jours après, le I" mai, le prince recommandait à Demougé, toujours installe à Strasbourg, au cœur même des armées de la République, d'y répandre hi nouvelle de la venue du roi aux bords du Uliiii et de lui faire connaître l'effet que cela produirait. « Dès que Baptiste sera arrivé, s'il arrive, ajoutait-il, je vous ferai passer un billet du roi pour lui. <>
Le même jour, Plcliegru débarquait a Slrasbour;;. On l'apprit au camp de Condé par uit long et ciitliousiaste rapport de Demougé. Use vantait d'avoir obtenu de la » cbère Zêde » un rendez-vous à la campagne et de l'avoir retrouvée » plus belle, plus aimable et surtout plus savante que jamais. Notre conférence a duré trois heures. On a beaucoup à dire quand on aime,.. Veutêtre aurai-je un toui petit mot de sa main, ce que je souliaite bien. Knatleiidaiit, je vais vous rendre compte de ce que m'a dit cette aimable demoiselle. •<
La suite, par malheur, ne répondait pas i\ ces alléchantes prémisses. Sans doute, l'ichegru, à en croire Demougé, " avait tout Paris, bon ou mauvais, pour partisans " . Mais il en revenait déçu, ne s'élant pas attendu u i\ le trouver si erroné. Oéncralemcnt, tout ce qui n'est pas jiicobln demandent le gouvernement d'un seul. Les grosses tètes même et le Direcloirc en voyentle besoin et le désirent. Mais or est bien divisé
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; en effet soiihnileiil les
(l'Orléans, les autres le roi !('(,'ltime à qui il faudra " la plus haute j))iilosophie jioiir ne pas heurter les 6[iiiii<)ns d'un siècle erroné et perverti. " Cen'estqit'avec le temps que cet état pourra se modifier. Pour le cliaujjcr, il importe de " pénétrer tout le inonde d'un pardon général, sauf à sévir quand on sera solidement assis». Dans ces conditions, l'ichegru ne voyait qu'une marchcA suivre. Les Autrichiens devaient rompre sans retard l'armistice, fondre sur les Français <■ avec une impétuosité aveu{;le ■ cl les battre sur tous les pointx. Alors, le Directoire effrayé rappellerait Pîchegru li la tète de son armée, pour arrêter les projjrès de l'ennemi . Ptchefjru demanderait une Irêve nouvelle que les Autrichiens accorderaient en déclarant qu'ils ne traiteraient qu'avec ce général, — d'où coup de théâtre. Pichegru serailalors investi delà dictature, déjoueraille parti d'Orléans et proclamerait ■! V tillimaium de la volonté " . Ceci est écrit le 2 mai. Le 26, Demougé le confirmait, non qu'il eût revu Pichegru , mais parce qu'il tenait de Badouville que le général retiré à Arbois persévérait dons son opinion : « Il recommande de n<iuvenu de battre le fer bien dru et sans ménagement pour tout épouvanter. Un petit conseil de guerre tenu hier avant le diner que j'ai donné A plusieurs chefs très entendus a donné pour résultat qu'il parait que les Autrichiens tireraient un avantage majeur si, au moment même qu'on enljirnera l'armée du Rhin, ils passaient sur différents points avec grande explosion. Il est apparent que
238 LA CONJnRATION DE PlCIlIXItO ^H
le bruit se répandrail pour lors que la lanlerue (i'armee) est coupée et qu'une déroute générale eu serait la suite. OailleuFR, il faudrait aussitôt vivement sommer les places de se rendre dans le plus court délai, sous peine de brûlure qu'on effectuerait d'abord en jetant des bombes dans quelques points écartés. » Mais, pour la réalisation de ce plan, il fallait de l'argent. " Je l'attends avec une impatience d'autant plus grande rju'il me reste encore bien des choses A remplir (1). n
Qui croira, en lisant ces appréciations aussi puériles que criminelles, qu'elles aient été émises par l'homme de guerre qu'était Pichcgru? Comment, à moins d'être fou, eùt-il conçu de tels projets A l'heure même où les succès de l'armée d'Italie fortifiaient le Directoire, rendaient confiance aux soldats des années du Itbin et, après avoir contraint les généraux autrichiens à souhaiter le maintien de raniiîsticc, avaient constitué l'argument péremptoire qu'ils venaient, durant trolii semaines, d'invoquer auprès de la cour de Vienne en dénonçant le danger de la rupture immédiate qu'elle s'était obstiuée d leur imposer? Encore ici, tout est mensonge. Ou Deniougé a inventé, ou il s'en est laissé conter par Badouville toujours en quête de quelques louis et prêt à tout pour se les procurer.
(1) Dnns la même leUre, DeiiiniiBé inHîge un dÛioenti ï Fauche- Burcl. Celui-ci avait nriirmn que Moreau Béduil pat Pichegru était entre cJant le complot. DeiDOngé écrivait : • Moreau me parait luapecl. H ■ tvoioiffié i<e l'impatience ilc voir partir d'ici Pichegru, qui ne m'en a jaioaii parlé bien airanla|>euicnient etagaure fortement qu'il n']r avait pa> lieu >le
VAINES AGITAiroSS S39
'but-il ajouter plus de confiance au billel, ecnl en notes (le musique et attribue ùpîcliegru, qu'à peu de jours de )Â, le 13 mai, Demoiigéfaisiiit parvenir à Condé par l'intermédiaire de Fauche-Boreit Dans ce billet que lui avait, dit-il, apporté BadoiiviUe, ne doit-on pas voir plutôt le produit de la collaboralioa intéressée de ces deux bons apôtres? En tout cas, ce n'était qu'un verbiage, un engagement sans portée ni sanction qui démontre tout au moins qu'on en était encore ù attendre l'exécution de ceux que, àen croire les émissaires, Pichegru avait pris l'année précédenle, au mois d'août.
■ J'ai lait part à Furet (Demougé) de toutes mes observations et réflexions. Il doitvous les transmettre dans tous leurs détails. Plus de projets partiels et isolés dont l'exécution toujours arrêtée, empêchée, opère une diminution réelle de forces et de moyens sans produire d'autres effets que la crainte et le découragement dans les esprits réunis et l'éloignement dans ceux disposés à se rapprocher. De grands événements militaires peuvent amener le moment favorable; je le saisirai, et le descendant de Henri iV peutcompter sur mon dévouement. ■> A cetnctcdefoi, Demougé avait ajouté : «Z... ne dirait pas si harmonieusement si elle n'avait pas la presfjue certitude du succès. "
Cette certitude, on ne l'avait pas au même degré au camp de Condé. Les nouvelles d Italie commençaient à montrer les armées françaises partout victorieuses de l'Autriche. Rien n'était plus propre à détruire la confiance dans le triomphe prochain de la royauté. Le roi
JiO LA COKJUHATION UR PICHEGRU
ne s'en crut pas moins obligé d'éciire à Piclipffni. fît le 34 miii, alors que depuis trois jours l'archiduc Charles et Wurmser, cédant à regret aux ordres formels de la cour de Vienne, venaient de dénoncer l'armistice pour le l" juin. Le roi, comme on va le voir, attribuait la rupture de la trêve à l'influence de Pichegrii, bien que celui-ci fût totalement i^traiiyer à la décision du gouvernement autrichien. Celte décision, en effet, résultait uniquement de l'échec des négociations ouvertes le 9 mai par Thugut à l'effet de conclure avec la France une pni.x honorable (I), Elles avaient échoué par suite des exigences du Directoire. L'empereur s'était alors résigné ù rouvrir les hostilités sur le Rhin, " au risque de tout danger « , et bien qu'il eut été contraint de détacher vingt-cinq mille hommes de son armée d'Allemagne [)our les envoyer en Italie au secours de Ueaulien que Bonaparte poursuivait l'épée dans les reins.
La lettre de Louis XVIII A Pichegru, que Demougé fut chargé de lui faire parvenir, confirmait les pleins pouvoirs donnés au général par Condc : <■ Je n'y mets iiucune borne, aucune restriction, et vous laisse entièrement le maître de faire et d'arrêter tout ce que voua jugerez nécessaire il mon service, compatible avec la dignité de ma couronne et convenable aux intérêts de l'État. J'approuve, je ratifie les avantages qui vous ont été assurés en mon nom par le prince de Condé.
(1) Voi
ilSybrll, t.lV.p.XfV.
VAINES .ir.lTATIONS Sil
aé à ce besoin de mon cœur, et c'en esi un pour moi de vous dire que j'avais jugé, il y a dix-huit mois, que l'honneur de rétablir la monarchie française vous serait réservé. " Après avoir couvert Pichegru d'éloges et l'avoir comparé au maréchal de Saxe, A Turenne et à Catinat, le roi terminait ainsi : u La rupture de l'armistice prouve d'une manière bien flatteuse pour vous la confiance que vous inspiriez au cabinet de l'Empereur; carvoua savez sûrement que M. l'archiduc Charles a assuré que vous étiez le seul général français qui eût pu décider l'Empereuràrompre la trêve (l). Le passage du Hliin est résoUi. . . Puissent les événements militaires survenus en Italie ne point apporter d'obstacles aux opérations qui viennent d'être arrêtées! •>
(1) En éiiicltsni relie affinaalioii, Ib roi ftaii In dupe Jet meniiini;» de Fiuche-Borcl. L'arrhiduc Charlci aTsil reçu de* k 3 mai l'ordre de te préparer 'a rompre In IrJvc. et cet ordre devint déNnîlif iiprèi la rupture de* nJ[<"^iations avrc la Fr.mce. Il TnêciiU coiitrnint el torcé le St nia!. Sur ce point cogiuic >ur tant J'aulrci, lc> Mémaîrci de Fauclie- [turel sbondcnl eneonlradietioat.