‹ La connaissance du beau: sa définitionChapitre 10 sur 14 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Chaque être, aTons-noas dit, est beau dans la mesure où son activité s'est développée selon sa loi. Mais la loi de chaque être a été établie par Dieu. Les créatures seront donc belles dans la mesure où elles seront conformes aux idées divines. Nous voyons ainsi que la dernière raison du beau est en Dieu. Il est aussi impossible de trouver la dernière raison du beau en dehors de la sphère divine qu'il est impossible de trouver en dehors de cette même sphère la dernière raison du vrai et du bien.

IL — De plus, en créant le monde. Dieu n'a fait qu'exprimer sa pensée. De même qu'un architecte, quand il construit un monument* manifeste la conception qu'il avait d'abord mûrie dans son esprit, de même qu'un poète, quand il écrit son poème, produit les pensées qu'il avait d'abord méditées, ainsi Dieu, au jour de la création, a écrit son poème, il a réalisé une œuvre qui nous révèle sa pensée, son Verbe. La beauté de chaque créature est donc un reflet de la beauté du Verbe, un rayon particulier de sa splendeur. C'est ce que nous dit Marcel Ficin, le commentateur de Platon : « De même que celui qui jouit de la lumière répandue sur les éléments et considère les rayons de cette lumière s'élève ainsi jusqu'à la lumière du soleil, ainsi celui qui considère et aime la 1 eauté qu'il voit briller dans la nature, l'àme, l'intelligence, le corps de l'homme, en toutes ces choses, voit et admire labeauté de Dieu. « Dei fulgorem in Ms, perque fulgorem hujusmodi Deum ipsum intuetur et amat.

III. — Le beau dont nous jouissons tel qu'il existe dans les êtres et dans les spectacles que nous avons

devant les yeux est le beau réel ; et à Taide de ce beau réel nous nous élevons à la conception d'un beau idéal.

Quelle est la valeur de ce beau idéal conçu par nous à Faide du beau réel? Est-il la beauté parfaite? Assurément non.

Pour concevoir le beau idéal parfait, il nous faudrait connaître les types des êtres tels qu'ils ont été conçus par l'intelligence divine, et nous ne pouvons prétendre arriver à cette connaissance : elle n'est possédée aue par Dieu lui-même.

« L'idéal recule sans cesse à mesure qu^on approche : son dernier terme est dans l'infini, c'est-à-dire en Dieu, ou. pour mieux parler, le vrai, l'absolu idéal, n*est autre que Dieu même U). »

Toutefois ajoutons cette observation importante : si le beau, tel que nous le connaissons, est incomplet, cependant il est invariable dans ses lois. Il en est du beau comme du vrai. Nous ne connaissons la vérité

3ue très incomplètement, et cependant les vérités ont nous avons la connaissance sont éternelles, immuables. Il en est de même pour le beau. Ce que nous savons du vrai, du bien et du beau, repose sur une base inébranlable et ne saurait changer.

IV. — Nous pouvons bien dire aussi que l'idéal du beau a été relevé par le christianisme, qui a renouvelé le monde moral en produisant les plus pures et les plus admirables vertus. Il a produit la sainteté. La sainteté, c'est la vertu pratiquée jusqu'à l'héroïsme, et la vertu pratiquée jusqu'à Théroïsme est la vraie source de la neauté morale la plus parfaite.

Y. — Enfin pendant cette vie nous ne jouissons que d'un idéal incomplet, cependant cette jouissance doit être encore comptée parmi nos meilleures joies. De plus si les beautés de ce monde comparées à Tidéal parfait ne sont que des ombres comme celles qui passaient devant les yeux des captifs dans la caverne imaginée par Platon, un jour elles nous apparaîtront dans une pleine clarté, dans cette clarté divine dont

(i) y. Cousin. Du vrai, du beau, 7* leçon.

le philosophe d'Athènes avait le pressentiment et dont nous avons la certitude pour la vie future.

Avec toutes les beautés de la nature qui émanaient plus on moins directement de Dieu, nous retrouverons en lui même celles de Tart. « Ces divines beautés, que vous faites passer, ô mon Dieu, de Tesprit à la main de l'artiste, procèdent de la beauté souveraine des âmes Ters laquelle mon àme soupire nuit et jour (1), » Et elles ne seront point anéanties, mais nous en jouirons encore dans la vie future. Sans doute elles n'attireront point notre attention comme maintenant. Placées aujourd'hui comme des astres lumineux au firmament du monde intellectuel pour guider notre marche dans la nuit du temps, leur lumière s'affaiblira quand apparaîtra le divin soleil de justice, comme la lumière du phare, placé sur le rivage pour protéger le navire contre les écueils pendant la nuit, pâlit au lever du jour : ces beautés rentreront dans le foyer commun d'où elles étaient sorties. Mais là nous pourrons les contempler et en jouir éternellement, et ainsi s'accomplira cette parole des Saints Livres : In Iwnine tuo videbimus lumen,

(1) Saint Augustin, Con/. lib. X.

Ce qui semblerait incomplet dans celte étude sommaire est présenté avec tous les développements désirables dans notre volume : Le beau dans la nature enrichi d^ ailleurs de nombreuses gravures. — Librairie Blsiud et Barrai.

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