CHAPITRE XV
Le Problème.
Il se peut que les résultats des diverses adaptations psychiques se trouvent en opposition, et que la gêne intellectuelle devienne assez grande pour que, à dessein et consciemment, nous cherchions un fil conducteur; alors se pose un problème .
Dans un cercle stable et familier d'expériences, auxquelles les pensées se sont bientôt adaptées d’une façon pratiquement suffisante, nous nous trouvons rarement en face de problèmes. Mais si, pour des raisons quelconques, le cercle d’expériences s’élargit, si nous sommes mis en contact avec des faits jusqu’alors inconnus, auxquels nos pensées ne sont pas suffisamment adaptées, si les résultats de la nouvelle adaptation ne s’accordent pas avec ceux des adaptations antérieures, de nouveaux problèmes surgissent, comme le montre l’histoire de la .civilisation et de la science. Le désaccord entre les pensées et les faits, ou le désaccord des pensées
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entre elles, voilà l’origine des problèmes. Nous ne pouvons pas faire entrer en ligne de compte des faits jusqu’ici ignorés. Ils interviennent, sans que nous les ayons prévus ou malgré nos prévisions, par hasard , ce qui ne veut pas dire sans règle, mais simplement, sans que nous en connaissions les conditions, et sans que nous puissions exercer d’influence sur eux. Le hasard psychique assemble des pensées, qui peut-être étaient depuis longtemps ensemble dans la tête d'un individu sans réagir l’une sur l’autre. Le hasard accuse ainsi dans la plupart des cas, les discordances qui existent entre les pensées et les faits, et, en les rendant plus sensibles , il pousse à une adaptation plus parfaite. Dans la génèse et la solution des problèmes, le hasard n’est pas un accessoire; il tient , à la nature des choses.
Une fois que le désaccord est nettement reconnu, et le problème posé , il s’agit de le résoudre . L’homme, qui poursuit avec intérêt la solution d’une question peu connue, déploie une activité analogue à celle par laquelle on retrouve quelque chose d’oublié. Mais on a déjà su ce que l’on a oublié, et, dès que l’on s’en souvient, on reconnaît bien que c’est cela. Au contraire, la solution cherchée est nouvelle, et il est nécessaire de recourir à une preuve spéciale pour montrer qu’elle est bonne : voilà la différence entre les deux cas. Si nous avons oublié la solution d’un problème, et que nous cherchions à la retrouver, le second cas se ramène au premier, que nous examinerons d’abord. Je veux,
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par exemple, retrouver une citation dont je ne me rappelle plus les termes exacts, ou dont la source m’échappe. Je pense au temps où j’ai lu ce passage, au sujet dont je m’occupais alors, aux ouvrages qui se rapportent à ce sujet et que j’ai pu lire, aux auteurs dont la façon de penser pourrait correspondre à cette citation, à L’endroit pù je travaillais, aux ressources que m’offrait l’entourage, etc... Je fais de même quand je cherche un instrument égaré et que je n’ai pas employé depuis longtemps. Plus les associations, qui sont à ma disposition, seront nombreuses et fortes, mieux je réussirai à me
rappeler ce que j’ai oublié.
Ces cas ne sont pas très différents de celui ou l’on retrouve une invention dont on apprend l’existence; je vais l’expliquer par un exemple historique important. Galilée apprend à Venise qu’on avait trouvé en Hollande un instrument, qui faisait voir plus grands et plus distincts les objets éloignés. Dans la première nuit qui suit son retour à Padoue, il réussit à improviser la lunette avec un tuyau d’orgue et deux lentilles, et il en avise immédiatement ses amis de Venise. Six jours plus tard, il montrait à Venise un instrument beaucoup plus complet. Galilée reconnaît que, sans la nouvelle apportée de Hollande, il n’aurait peut-être jamais eu l’idée d’une telle construction. Mais il assure que le mérite de l’invention n’est pas aussi diminué par cette circonstance qu’un de ses adversaires le prétendait. Faisant appel à l’opinion publique, Galilée fait connaître la marche des idées qui l’ont
conduit à cette construction. L'instrument pouvait comporter un verre ou plusieurs verres. Un verre plan n'a pas d’action, un verre concave rapetisse, un verre convexe grandit, mais ne donne pas d’images nettes ; donc un verre tout seul ne suffit pas. En laissant de côté le verre plan, et en prenant deux verres, l'un convexe, l'autre concave, Galilée les associe et obtient un plein succès. Il semble avoir fait cette combinaison en tâtonnant : c'était alors très naturel. Képler avait déjà trouvé en 1604 la théorie exacte de l’œil, mais il ne publia qu'en 1611 sa dioptrique : c'était deux ans après l'invention de Galilée, et il avait été bien soutenu par elle. La découverte de Galilée aurait d'ailleurs pu être faite autrement et d'une façon plus générale. Les propriétés empiriques des lentilles convexes et concaves, qui étaient alors connues, suffisent pour raisonner comme suit : à lui seul, un verre convexe donne d'un objet éloigné une image réelle ; si on s'arrange de façon à voir cette image nettement sous un angle apparent plus grand que celui sous lequel on voit l’objet, ce qui est possible avec un verre de distance focale supérieure à la distance minima de la vision distincte, le dispositif ainsi réalisé forme déjà une lunette astronomique de Képler, dont l'oculaire est remplacé par l'œil. Si l’on se rapproche plus de l'image, et, si, pour conserver la netteté, on place une loupe devant l'œil, on a une vraie lunette astronomique. Si l'on se rapproche encore davantage, de façon à placer l’œil entre l’objectif et l'image, on peut
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encore avoir une image nette en employant un verre concave placé devant l’œil : on a la lunette batave. Le but de la construction étant d’avoir une image grande et nette, on arrive' ainsi à toutes les solutions du problème. Mais Galilée avait hâte de retrouver l’invention faite en Hollande, et la forme qu’il lui donna a pris une grande importance, grâce à son idée géniale de l'appliquer à l’observation des corps célestes.
Avant d’examiner la solution d’autres problèmes particuliers, étudions les méthodes de résolution en général. Ces méthodes, applicables dans toutes les branches de la science, ont été trouvées par les anciens philosophes grecs à l’occasion de la géométrie ; elles ont pris beaucoup de développement et forment une bonne part des méthodes scientifiques. Le grand mérite semble en revenir à Platon. On distingue Ja méthode analytique et la méthode synthétique . Comme le dit Euclide, un théorème est démontré analytiquement, quand on suppose le problème résolu et que, par les conséquences que l’on tire de cette supposition, on aboutit à des vérités démontrées. Au contraire, la démonstration est synthétique, si l’on part de vérités démontrées pour arriver à ce que l’on cherche. Ces méthodes sont ainsi progressive s , ou synthétiques, régressives ou analytiques. Il y a encore une troisième méthode, la méthode apodogique ou méthode indirecte ou méthode de réduction à l’absurde. Ces méthodes peuvent naturellement être appliquées
aussi bien à chercher du nouveau, qu’à démontrer ce qui est déjà trouvé. On remarque aussi que les méthodes analytique et synthétique s'excluent, et qu’au contraire, chacune de ces deux méthodes peut être appliquée directement ou indirectement.
On connaît assez leurs applications géométriques, pour qu'il n’y ait pas lieu d’insister ici.
C'est certainement un instinct génial, qui a conduit Platon à la découverte de la méthode analytique. On ne connaît que ce que l'on ‘a déjà vécu une fois par les sens ou par la pensée. On ne peut résoudre aucun problème dans un domaine où l'on n'a pas d'expérience. Pour réduire au minimum ce qui est inconnu, il n'y a pas de meilleur moyen que de s'imaginer réunis en un cas déjà connu ce que l’on cherche et ce qui est donné, et de remonter, en sens inverse, le chemin que l’on peut alors reconnaître plus facilement. Ceci s'applique ailleurs qu’en géométrie.
Il en est de même pour un grand nombre d’inventions techniques. Fulton s'imagine un vaisseau rapide, pourvu de roues à rotation continue pour remplacer l'action rythmée des rameurs, et il l'actionne par une machine à vapeur, etc. On peut montrer aussi que les découvertes scientifiques les plus importantes doivent leur origine à la méthode analytique, ce qui, d'ailleurs, n’exclut pas complètement les procédés synthétiques ; cela prouve que l’activité intellectuelle du chercheur et de l'inventeur ne diffère pas essentiellement de celle du commun des hommes. Le savant érige en
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méthode ce que les autres hommes font instinctivement.
Les premières connaissances géométriques, et les plus compliquées n’ont, certes, pas été acquises par voie déductive; cette voie appartient à une science plus avancée, qui suppose déjà un besoin de simplification, d’ordre et de systématisation. Mais plutôt on y fut conduit, comme pour les sciences physiques et naturelles, par le besoin pratique dune observation précise, en mesurant, en comptant, en pesant ; et ensuite seulement, on recourut à des déductions, à partir de ce qui était déjà connu, et à l’expérimentation mentale. A ce point de vue, la lecture des écrits d’Archimède est très instructive. Il nous apprend que des. théorèmes lui étaient connus, à lui et à d’autres, avant qu’on en eût donné la forme précise et la démonstration. Par exemple, il obtient approximativement la quadrature de la parabole en couvrant la figure avec une feuille mince, qu’il découpe et qu’il pèse. Les résultats lui font alors deviner la loi, dont il réussit enfin à démontrer l’exactitude. Dans les temps modernes, certains problèmes ont encore été résolus d’une manière empirique et approchée, avant d’être traités exactement. Mersenne en a fait la remarque pour la roulette (cycloïde). Galilée avait reconnu par des pesées que son aire était environ le triple de celle du cercle générateur, comme Roberval réussit à le démontrer un peu plus tard.
On a souvent regretté, avec raison, que les
savants anciens nous aient laissé si peu de renseignements sur leurs méthodes d’invention et de - recherche, complètement masquées dans l’exposition synthétique. Mais l’exposition synthétique a bien ses avantages pour la systématisation. Si, par exemple, on examine attentivement la démonstration qu’Euclide donne du théorème dePythagore, on peut en tirer tous les théorèmes dans l’ordre où ils doivent précéder cette proposition, en formant le premier livre de la Géométrie.
On peut préparer la solution d’un problème scientifique en mettant de côté des préjugés, qui barrent le chemin ou qui égarent le chercheur dans une mauvaise voie. C’est le cas du vieux préjugé que les couleurs naissent du mélange de la lumière et de l’obscurité. Boyle, en combattant ce préjugé, a préparé les idées de Newton sur les couleurs. La solution exacte des problèmes de la thermodynamique devint possible, quand on eut écarté l’idée de la matérialité du calorique. La solution proposée par Hering pour les problèmes de la vision dans l’espace, suppose que l’on s’est affranchi de beaucoup de vieux préjugés. Il faut considérer l’espace physiologique comme différent de l’espace géométrique, laisser de côté la théorie des lignes de direction et reconnaître que les sensations sont différentes des autres formations psychiques. Ce travail préliminaire a été fait par Müller, Panum et Hering lui-même.
La solution des problèmes est grandement avancée par les paradoxes qui s’y rattachent et qui ne
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nous laissent pas de repos, tant qu'ils ne sont pas expliqués. En recherchant comment un paradoxe a pu se constituer, en poursuivant suffisamment loin les conséquences des vues contradictoires, on arrive au point critique du paradoxe, et alors le problème est immédiatement résolu, ou tout au moins posé plus clairement. Ainsi, en étudiant, dans son origine historique, le paradoxe de Descartes et Leibniz, relatif à la mesure de la force par le produit mv ou mu 2 , nous voyons qu'il y a ici une pure convention, car nous pouvons à volonté mesurer, d'après le temps ou d'après le chemin parcouru, la force d’un corps en mouvement et luttant contre une autre force.
Examiné dans toutes ses conséquences, le paradoxe de W. Thomson et J. Thomson pour la congélation de l'eau a fait découvrir que la pression abaissait le point de fusion.
On ne résout pas tous les problèmes qui se présentent au cours du développement de la Science. Beaucoup sont, au contraire, laissés de côté, parce que l'on reconnaît qu'ils ne font pas question, et c'est un progrès essentiel que de sup r primer les questions mal posées. C'est un progrès aussi que de prouver qu'elles n'ont pas de sens. La science, ainsi délivrée d'un fardeau inutile et nuisible, acquiert une profondeur et une netteté de vue, qu'elle applique alors à d’autres problèmes féconds. On ne peut faire passer un cercle par quatre points arbitraires, puisque trois de ces points suffisent à le déterminer. Chacun peut s'en
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ndre compte facilement. Mais, en prouvant que quadrature du cercle ne peut être obtenue le d’une façon approchée, ou que les équations i cinquième degré ne peuvent être résolues sous le forme algébrique finie, on montre que des oblèmes, qui ont occupé sans succès de nomeuses générations, sont insolubles ou n'ont pas ! sens, ce qui est d’une valeur inestimable. J’en mnerai comme exemple la preuve de l’impossibié du mouvement perpétuel : la suppression de ce oblème a eu pour conséquence la découverte du incipe si fécond de la conservation de l’énergie . Dans toutes les branches de la science, nous Mivons des problèmes abandonnés ou ayant subi, cours du temps, des modifications si essences, qu’ils ne ressemblent plus guère aux proèmes primitifs. On ne s’occupe plus des cosmonies, au sens ancien. Bientôt, personne ne nsera plus à réduire les phénomènes psychiques des mouvements atomiques, ni à expliquer la nscience par une substance particulière.
Un théorème scientifique est, comme tous les éorèmes géométriques, de la forme « si M est, est », M et N dépendant, d’une façon plus ou lins compliquée, de phénomènes dont l’un termine l’autre. Le théorème peut être un mitât immédiat d’observation, ou peut être tenu immédiatement par réflexion ou par comraison d'observations déjà connues. Quand le éorème ne semble pas s’accorder avec d’autres servations ou avec des idées se rattachant à ces
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observations, un problème se pose, et ce problème peut être résolu de deux façons . Ou bien le théorème « si M est, N est » peut être déduit ou expliqué, grâce à une série d’intermédiaires, par des propositions qui expriment des faits déjà connus. En ce cas, nos idées étaient déjà mieux adaptées aux faits et mieux adaptées entre elles que nous ne le supposions. Elles s’accordaient aved le nouveau théorème; seulement, cet accord n’était pas évident. Résoudre ainsi le problème, c’est déduire synthétiquement de propositions déjà connues une nouvelle proposition. Tous les problèmes faciles sont de cette sorte.
On cherchera toujours dans celte voie, et on tâchera d’y trouver fortune. Il dépend naturellement de la science déjà acquise que la solution s’obtienne ou non. Ainsi Galilée explique que les poussières lourdes flottent dans l’eau et dans l’air, parce qu’elles tombent très lentement à cause de leur état de division extrême. Huyghens déduit complètement le mouvement du pendule delà mécanique de Galilée. Segner, Euler, d’Alembert réussissent à expliquer mécaniquement les phénomènes curieux que présente la toupie. On conçoit que l'eau monte dans le bras le plus court du siphon, comme une chaîne sort toute seule d’un verre en en franchissant le bord, quand on en a laissé pendre au dehors une longueur suffisante; seulement les portions de la cl^îne se suivent d’elles-mêmes tandis que l’eau est maintenue par l’horreur du vide ou la pression atmosphérique. Les phénomènes des
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couleurs, que Brewster observe avec des lames
d’égale épaisseur, s’expliquent par les lois déjà connues de l’optique, malgré la bizarrerie du phénomène. Une réflexion attentive montrera toujours que ces problèmes, ou des problèmes analogues, n’étaient pas solubles de cette façon à une époque antérieure de la science, et ceci nous conduit tout naturellement à examiner la seconde méthode.
Si nous ne trouvons pas de principes connus avec lesquels un fait observé ou un fait, qui est une conséquence rigoureuse des observations, puisse s’accorder, une nouvelle adaptation de nos pensées doit nous fournir de nouvelles propositions fondamentales. Il se peut que la nouvelle conception se rattache immédiatement au fait en question, ou que nous prenions les devants analytiquement. Nous cherchons la condition dont dépend directement le fait, puis la condition de cette condition, et ainsi de suite. En concevant d’une façon différente l’une ou l’autre de ces conditions, nous pourrons généralement comprendre le fait insolite, ou qui paraissait trop complexe.
Appliqué a la géométrie, qui est pourtant un champ bien connu et bien défriché, le procédé analytique conduit néanmoins encore à de nouvelles conceptions, telles que la notion ,des propriétés projectives, qui simplifie et facilite les démonstrations et la solution des problèmes. Les phénomènes naturels constituent sans comparaison un champ plus riche et plus large que celui de la géométrie ; il est pour ainsi dire inépuisable.
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et on Fa peu étudié jusqu’à présent. Nous sommes donc sûrs que le procédé analytique nous fera trouver encore de nouvelles propositions fondamentales. Le caractère essentiel de la nouvelle conception, à laquelle nous sommes conduits, est de tenir compte de circonstances auparavant négligées.
Éclaircissons cela par quelques exemples, et commençons par un des plus simples. Nous voyons les corps tomber de haut en bas suivant la verticale. Cette direction et ce sens de la chute sont, d’une façon immédiate, physiologiquement déterminés pour nous autres hommes, dont l’organisation est géotropique. Pour les hommes qui vivent au même endroit, cela devient une orientation physique , le ciel en haut, la terre en bas et nous croyons à une orientation absolue valable pour tout le monde. Quand l’astronomie et la géographie nous apprennent que la terre est une boule habitée de toutes parts, nous ne pouvons pas comprendre immédiatement comment les objets mobiles des antipodes ne tombent pas. Enfants, nous avons d’abord pris pour direction de la pesanteur celle qui est déterminée par notre ciel et notre sol, et, plus tard seulement, celle qui va au centre de la terre ; la plupart de nous, sous l’influence de l’enseignement scolaire, sont passés, comme dans un rêve, d’une conception à l’autre.
Le mouvement d’un corps lourd isolé nous est bientôt familier, mais, si nous voyons un corps lourd fafre monter un corps léger à l’aide d’une poulie,
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nous apprenons à tenir compte de la relation qui existe entre plusieurs corps solidarisés et leurs poids. Si Ton fait des expériences sur un levier à bras inégaux ou sur d’autres machines, les déplacements simultanés dans le sens de la pesanteur interviennent en même temps que les poids , et la grandeur importante est le produit des nombres qui les mesurent, c’est-à-dire le travail . Si nous voyons un corps plongé dans l’eau s’enfoncer, flotter dans ce milieu ou surnager, et si nous cherchons à avoir une connaissance plus complète de ces phénomènes, nous sommes amenés à tenir compte des poids de volumes égaux . L’ascension de l’eau dans les pompes malgré la pesanteur mena à l’idée géniale de Y horreur du vide . Avec cette conception tout était devenu immédiatement intelligible, en particulier cette surprenante suppression de la pesanteur, mais on g* trouvé plus tard des faits où manquait l’horreur du vide. Torricelli mesura cette horreur du vide pour différents liquides et trouva qu’une pression déterminée d’un fluide suffît à expliquer tous les cas. Torricelli et Pascal emploient ainsi la méthode analytique en se reportant à une condition plus lointaine.
Les corps que l’on abandonne à eux-mêmes descendent dans certains cas, montent dans d’autres. La vieille physique d’Aristote considère ces cas comme différents. Galilée porte son attention sur Y accélération du mouvement, et alors tous ces cas rentrent les uns dans les autres et deviennent faciles à comprendre. t
Le hasard offre souve lisantes qui dirigent l’ai circonstances et pousser analytiques, et à des ada] expériences plus variées, en donner la démonstra logues à ceux de la géo résolus, sans donner 1er chercher les principes d( la solution. La nature ét pliquée que l’espace seul est beaucoup plus ardue « Oes quelques exemples par voie analytique qu’ont découvertes. Les principt raie et l'optique de Newtc preuves. La recherche a que suppose un fait donn coup moins déterminé qu quences de conditions fîxi fait-il que pas à pas et p d’hypothèses, dans lesqui exactement se trouve au et inutiles, et la suite d< fortement influencée pa ressemblance de la lumii ou sonores conduit Huygl toire ; celle de la lumiè:
l’observation qui faisait ci ne présentait pas le phér conduisent Newton à sa
Hooke porte son attention précisément sur la périodicité que Huyghens ignore complètement et que Newton interprète d’une autre façon. Chacun de ces savants s’est acquis dans cette question de grands mérites. Chacun d’eux était guidé dans son analyse par des contingences différentes de la pensée, et leurs trois analyses se réunissent aujourd’hui en une analyse plus complète .
Le rôle de Vhypothèse s’explique à la lumière des idées de Platon et de Newton sur la méthode analytique. Nous ne pouvons pas avoir de clarté suffisante sur ce que nous ne connaissons pas, nous imaginons provisoirement des conditions intuitives d’espèce connue, et nous considérons comme résolu le problème que nous avons à résoudre. Le chemin, qui va des conditions supposées au fait, est alors relativement facile à entrevoir; on modifie les hypothèses jusqu’à ce que ce chemin conduise d’une façon suffisamment exacte au fait donné. En renversant la marche des idées, on suit le chemin qui va du fait à ses. conditions. Quand on a écarté des hypothèses tout ce qui est superflu, on a fini l’analyse. En géométrie, comme dans les sciences physiques et naturelles, la méthode analytique est la même : elle comporte comme moyeu l’hypothèse. Seulement le domaine des sciences autres que la géométrie est plus vaste, moins fouillé, moins complètement connu ; le choix des hypothèses est moins méthodiquement limité; l’arbitraire, le hasard, la chance interviennent davantage, et le danger de l’erreur est plus grand.
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Newton a présenté sa théorie de la lumière parce qu’il ne trouvait pas suffisant, au point de vue quantitatif, l’accord entre les phénomènes du prisme et la loi de la réfraction acceptée à son époque.
Essayons encore de reconstruire la marche des idées qui mènent au principe de /’ impossibilité du mouvement perpétuel. Nous trouvons déjà Stévin en possession du principe : il en déduit très habilement, pour la statique des solides et des liquides, un grand nombre de théorèmes difficiles. Stévin avait sûrement appris de ses devanciers beaucoup* de cas particuliers de la statique, et il s’est efforcé de réunir dans une formule ce qu’il y avait de commun à tous ces cas. On en trouve la preuve dans ce qu’il dit des systèmes de poulies, à propos desquels il énonce le principe des déplacements virtuels. Supposons qu’il se soit posé la question :
Qu’est-ce qu’il y a de commun à tous les cas de la statique, et quels principes faut-il employer pour réunir les cas les plus différents ? Il aura bientôt reconnu par la mesure des forces à l’aide de poids, qu’une rupture d’équilibre, un commencement de mouvement, ne se produit que quand un excédent de poids peut tomber. Il ne peut se produire de mouvement dans lequel la distribution des masses resterait la même, car, si ce mouvement commençait, il devrait continuer indé- <
Animent. Stévin établit certaines lois d’équilibre, en montrant que, si elles n’existaient pas, on serait conduit à ( l’absurdité d’un mouvement sans !
fin, sans que la distribution des poids varie. Des j
considérations particulières nous conduisent ainsi à la condition générale de l’équilibre. Stévin nous offre ici l’image de tous les grands savants. Pour confirmer l'exactitude de notre hypothèse sur la marche des idées de Stévin, remarquons que, quand Galilée s’occupe du plan incliné, il raisonne de même. Un principe général comme celui de Stévin a sur les principes de détail, qu’on en peut déduire, cette supériorité que ton contraire contraste très fortement avec l'ensemble de nos expériences instinctives .
En considérant des cas particuliers de mouvement des corps solides, Galilée trouva que la vitesse dépendait de la hauteur de chute. Une expérience remarquable sur le pendule F^mena à examiner la condition générale de tous ces cas particuliers : quelle que soit la trajectoire sur laquelle un corps pesant puisse se mouvoir, la vitesse qu’il a atteinte ne peut le faire remonter plus haut que le niveau auquel il est passé avec la vitesse nulle. D’après la remarque expresse de Huyghens, les corps pesants ne remontent pas d'eux-mêmes. Dans ces idées, Huyghens résout aussi le difficile problème du centre d’oscillation, comme Galilée avait résolu, à l’aide de sa conception générale, des problèmes particuliers. A la lumière plus vive, apportée par Huyghens, le principe de Stévin prend le sens suivant : c’est seulement par l’abaissement du centre de gravité des masses pesantes que peut être accéléré le mouvement de ces masses.
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Le premier, Sadi-Camot a expressément supposé que le principe mécanique de la conservation de la force vive reste applicable en dehors des phénomènes mécaniques , et il a frayé le chemin à ce que l’on appelle le principe de la conservation de l’énergie. Cette conception générale, qui se rapproche beaucoup aussi de nos idées instinctives, s’est montrée extrêmement avantageuse pour la solution de problèmes spéciaux. Tandis que la recherche éclaircit, pour la pensée abstraite consciente, un nombre toujours croissant de détails de l’expérience, les principes les plus généraux en rendent toujours plus étroit et plus solide le lien avec les bases instinctives de notre vie psychique.