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CHAPITRE I

SAN-CABL03.

Des ruines / Un amoncellement de pierres dans un pays ae marécages, de buissons épineux, de bouquets de bois ; un dôme abattu, des poutres dénudées, des murs croulants, un sanctuaire vide, ouvert aux vents et aux pluies; poétiques débris de ce qui fut jadis un clottre et une église.

Un champ vaste et couvert de broussailles, fermé par un mur de briques rongées par le soleil, entoure le temple et en marque les limites de sa ligne sombre s'elTondrant chaque jour. Aucun être humain n'y circule, aucune voix humaine ne s'y iait entendre. Un bibou, troublé dans sa sieste, lève la tête et hue ; un lézard siffle dans les herbes ; une taupe, inaccoutumée aux plétioemenls du cheval et aux abois du chien, quitte son trou et saute dans le couvert. Tout auprès, la mer vient mourir avec un bruit monotone sur un banc de sable. Aux cris des mouettes et des cormorans, perchés sur un roc au pied de la falaise, répondent les hurlements des lions de mer se disputant leurs femelles. Mais toutes ces mystérieuses voix de la nature semblent alimenter le silence et rendre complète la solitude.

Arrêtez-vous et regardez. Vous embrassez une échancrure de la cdte du Paciflque, comprise entre les hauteurs de Monte- Toro et du Pinal-Orandé, tableau splendide et doux à la fois?

LA COMIUtTE BLANCUE. 1

i LA CONQUÊTE BLANCHE.

L'œil se repose sur des beautés naturelles, l'oreille perçoit des noms saints et connus.

De la sierra se détache un éperon couvert dé chênes et de pins qui vient s'arrêter brusquement aux rochers hérissant la côte. Quelque pèlerin espagnol a donné & celte projection le nom de chaîne du Carmel ; au petit havre abrité par la falaise, celui de baie du Carmel. Le pic qui se dresse en facedu Pinal-Grandé. c'est le mont Carmel ; le cap le plus avancé, c'est la pointe du Carmel.

Au nord de ia chaîne sacrée, mais courant c6te à côte, un {'peron moins élevé descend du Monle-Toro; sa pente est plus douce, les bois qui le couvrent sont moins majestueux, les lauriers et d'autres arbustes s'y substituent aux chênes etaux pins. Les deux rangées de collines sont séparées par un vallon sillonné par un cours dleau que les anciens pèlerins ont nommé Rio Carmclo.

Ce vallon a l'aspect que pourrait désirer Un peintre : ici, un terrain bas et bien drainé; là, une ligne de roches et de rampes gazonnées ; ici encore, des taillis semblables à des jardins, d'harmonieuses cascades ; là enfin, des monticules couronnés de cyprès, une brillante rivière, des pentes verdoyantes, la mer bleue qui ferme l'horizon.

Dansunedépressiondusol, à moitié enfouies sous les essences forestières, mais dominant encore montagne et mer, gisent les pierres brisées, les poutres vermoulues de San-Carlos, église de Franciscains, construite par les Peaux-Rouges indigènes , sous la direction d'une compagnie de moines espagnols. Ces moines, pionniers de la première conquête blanche sur le vei'sant du Pacifique, ont porté dans ce coin du monde le flambeau de l'Évangile, dans l'espoir de convertir et de sauver quelques-uns des restes d'une tribu sauvage et inconnue.

Après avoir attaché mon mustang ' à un pin et ordonné à mes chiens de faire bonne garde, je franchis la barricade de briques effritées, et je foule aux pieds l'enceinte sacrée; aussi sacrée, en ce temps de ruines et de désolation, que lorsque croix et bannières y étaient promenées par de saints personnages, et que les chants de l'angélus et des vêpres retentissaient dans )e chœur.

Le sol noir répand une odeur aromatique; à. chaque pas, on

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