LES JÉSUITES
En visitant la bibliothèque , le thé&tre , la cour de recréation , j'examine avec curiosité ces divers moyens de conquêtes religieuses.
« Notre but, dit le P. Varsi, est d'élever la jeunesse. Pour y mieux arriver, nous avons agrandi l'ancienne enceinte, reconstruit la façade de l'église, ajouté aux bâtiments de la mission des cours et des salles de bains.
— Veuillez m'àpprendre comment vous avez pu vous installer?
— En pacifiant la ville, en prouvant que nous nous présen-
Couvent dm jéiuiUs, à Saola-Clara.
tions en amis. Mon prédécesseur, le P. Giovanni Nobili, arriva à Saota-Clara presque aussitôt après que les portes en furent ouvertes & nos exilés. Il y avait quelque confusion dans la localité. Les frères de Saint-François qui venaient de rentrer essayaient d'expulser les colons de leurs fermes et de leurs pâturages. Les frères invoquaient le droit ; les colons, la loi. Pour la majeure partie, les intrus étaient des Anglais et des Américains, ceesionnaires , moyennant finance , de Mexicains légitimes propriétaires dés terrains au moment de la vente. Les acquéreurs avaient pour eux leurs carabines, d'abord, les cours de justice, ensuite. Que restait-il aux frères? D'après les conseils de Nobili,
ils courbèrent la tète et quittèrent Saota-Glara où ils ne pouvaient plus faire le bien. Cherchant ailleurs un autre champ d'action, ils abandonnèrent leur église et leur jardin au P. Nobili, qui organisa un collège dont il espérait faire le rival de ceux de Hichigan et de Yale'. »
L'œuvre de Nobili a été perfectionnée par le P. Varsi. A Rome, un jésuite accuse volontiers le monde moderne; mais de ce monde moderne Varsi veut faire le serviteur de l'Église.
« Nous suivons attentivement les progrès des sciences physiques, » dit-ii, et les laboratoires conflrment la vérité de cette assertion. Les livres sont les derniers publiés, les instruments et les creusets du modèle le plus récent.
Les jésuites comprennent leur siècle. Santa-CIara possède une presse typographique, un appareil de photographie, une revue mensuelle. Les salles el les chambres, parfaitement aérées et éclairées, sont brillantes de propreté; les jésuites, s'efforçant, non-seulement de s'attirer des élèves, mais de les garder longtemps. Le temps, en effet, est nécessaire pour inoculer le mode de penser qu'un jésuite croit essentiel à la vie chrétienne.
« Nous avons encore, continue-t-il, une musique de cuivre, un gymnase, une salle d'armes, un vaste promenoir.Les associations mêmes ne nous manquent pas : la Société du Hibou, le Club do la Paume, une société dramatique des Adolescents, une autre société dramatique des JeunesEnfants. Les représentations scéniquesconstiluent un de nos plus grands plaisirs, et notre thé&tre est aussi aimé de nos élèves que des gens du dehors, soit jeunes, soit vieux. Nous chantons l'opérette, nous jouons la comédie el même la farce. Nous sommes fort amateurs de danses de caractère que le P. Mallon, un de nos professeurs français, règle avec le talent d'un véritable artiste. Naturellement, la partie féminine nous fait défaut; mais le P. Mallon sait si bien babiller ses garçons que les spectateurs les prennent volontiers pour de jolies fîlleR. Il nous fait venir de Paris la musique la plus nouvelle. Noua possédons presque toutes les partitions de M. Lecocq. Mais nous aspirons plus haut qu'au répertoire de genre. Nous nous sommes essayés dans HamUt , et avons représenté Macbeth avec quelque succès. Shakespeare est notre poète de prédilection.
1. Les deux pins célèbres fiablisseneotB d'éducation des Ëlats-Uni«. {^ole du traductew.)