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LA GUERRE ROUGE

jeunes filles. Les Américains font tète et repoussent l'attaque. Le chef revient & la charge ; son intrépidité en impose même à ces intrépides soldats des ft-ontières. Enfin, le sauvage tourne bride et s'enfuit. Le poursuivre est inutile; jamais homme armé et ' monté & l'américaine n'atteint un cavalier indien.

Le lendemain matin, cent hommes choisis partent sous le commandement du capitaine Nie), avec ordre de reprendre à tout prix Lucy et Ada, dont Leavenworth, le Kansas, l'Amérique entière attendent impatiemment le retour.

Les traits crispés par la rage, les dents serrées, ces volontaires partent. Sur leurs traits se lit la plus énergique résolution. Ils mourront ou Lucy et Ada seront sauvées.

Cette tragédie a un pendant, le massacre de Médicine-Lodge.

Une bande d'Osages, vivant sur le terrain qui leur avait été attribué, leva ses tentes et parcourutles plaines en quéted'herbe et de gibier.

Quelques familles osages, composées de métis, se sont civilisées et attachées à la glèbe ; elles cultivent la terre et habitent des huttes confortables. Mais les neuf dixièmes de cette tribu sont restés à l'état sauvnge et ne vivent que de chasse.

Ceux-là, poussant devant eux leurs mulets et leurs chevaux , accompagnés de leurs squaws et de leurs enfants , rddent incessamment dans la prairie. Mais le gibier est rare et l'herbe vient d'être brûlée. Ou ne signale aucun bison; les troupeaux de ces ruminants semblent avoir franchi la frontière et gagné le Kansas.

Une bande de ces Osages, comptant dix-neuf chasseurs, dix squaws et environ ([ualre-vingts chevaux, était campée près de la frontière, guettant en vain le gibier.

Deux blancs, faisant partie de i'escadron du capitaine Rickers, arrivent au campement, venant de Médicine-Lodge, comté de Barber, dans le Kansas.

« Avez'vous rencontré des bisons? demanda un des chasseurs

— Oui, et en quantité de ce côté, répondent les blancs en montrant une plaine sablonneuse dans la direction du nord. »

Les chasseurs partent et ne tardent pas à rencontrer les troupeaux de bisons.

Quelques jours après, leur provision de viande faite, desséchée et empaquetée, leurs vedettes rentrées, leurs chevaux réunis, ils ■ se mettent en marche vers le Sud.

Tout & coup, ils aperçoivent un nuage de poussière soulevée par

-des cavaliers tancés au galop. Aux armes, aux chevaux, les chasseurs reconnaissent des blancs, au nombre de quarante environ.

Fuir, c'est la ruine, car il faut tout abandonner : tentes, peaux, provisions, chevaux. Résister, c'est la mort. Les Osages s'arrêtent «t attendent l'orage.

Arrivés & une centaine de mètres, les blancs font halte.

Deux Osages , armés de carabines et de revolvers i six coups , s'avancent. Deux blancs, sortant des rangs, vont'ft la rencontre de ces parlementaires, leur distribuent amicalement des poignées de mains et les invitent à les accompagner en qualité d'hôtes.

Les Indiens mettent pied à terre, déposent leurs armes et sont conduits devant le capitaine Rickers. Celui-ci leur dit que lui et ses amis sont des citoyens de Médicine-Lodge actuellement h la poursuite de méchants Indiens, Kiowas et Chéyennes, coupables de vols et de meurtres dans les établissements blancs .

Voyant leurs camarades si bien reçus, deux autres Osages viennent les rejoindre, ne portant que leurs carabines. Les sauvages n'avaient ainsi que quatre carabines et deux revolvers ù six coups. On les reçoit en souriant, et l'on trinque avec eux.

Quatre autres Indiens ne tardent pas à se présenter ,. chacun d'eux mettant pied à. terre et déposant ses armes au moment de son arrivée.

Les blancs causent et plaisantent avec les Indiens ; mais tous tiennent en main'Ieurs carabines chargées et armées.

Aussitôt que Rickers s'aperçoit qu'aucun autre chasseur ne se -dispose à venir, il fait un signe; les carabines sont épaulées et une décharge générale a lieu.

Quatre Osages tombent. Les quatre autres, abandonnant chevaux, harnais, armes et vêtements, s'enfuient à toutes jambes.

Sur l'ordre de Rickers, les cavaliers s'élancent sur le campement. Sans attendre l'attaque, les Osages s'enfuient. L'obscurite seule met fin k la poursuite. Les blancs s'éloignent.

Vers minuit, deux Osages reviennent en rampant, en quête de leurs camarades blessés et de leurs bêtes capturées. Ils trouvent trois cadavres, dont deux scalpés, tous abominablement mutilés. Les mulets et les chevaux ont disparu. Tentes, peaux, viande de bison, tout a été enlevé ou détruit.

Les Osages consternés repassent la frontière et regagnent leur 'Village, les chasseurs presque nus, les squaws et les enfants à pied.

Indigné de ce massacre, un agent indien se rend à Médicine-

LA GUERRE ROUGE. iW

Lodge, simple poste palissade dans la prairie, et y trouve le capitaine Bickers et soixante hommes, constituant une milice régulière en vertu d'une commission du gouverneur Osborn.

« Qui a tué les quatre Osages, demande l'agent ?

— Qui ? répond avec dédain le capitaine Rickers. Nous, parbleu ! Et nous agirons de même & l'égard de toutes les vermines que nous rencontrerons dans notre Ëtat. »

Quant aux détails, Rickers refuse absolument de les faire connaître.

Les chevaux capturés sont à Médicine-Lodge ; l'agent lea reconnaît d'après leurs marques indiennes.

Conrormément à son devoir, l'agent porte les faits à la connaissance du gouverneur Osborn, qui répond par une fîn de non-recevoir et refuse d'intervenir, prétendant que Rickers commande une compagnie régulièrement enrdlée et chargée d'un service actif et que, d'après les termes de sa commission, il doit traiter en ennemis tous les Indiens rencontrés dans l'État.

L'agent trouve que cette argumentation pèche par la hase.

R Voulez-vous, gouverneur, dit-il, m'indiquer la date de cette commission? N'est-il pas vrai qu'elle est postérieure de dix jours au inassacre de Médicine-Lodge ? »

Osborn, pour toute réponse, se contente de sourire.

Qui se soucie de dates et de signatures quand on a alTaire & un sauvage comme Aigle-Gris? Adélaïde et Julia sont en sûreté dans l'enceinte du fort Leavenworth ; mais leurs sœurs atnées, Lucy et Ada, restent aux mains de leurs ravisseurs.

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