CHAPITRE XLVIII
Au point*(ie vue des relations entre les races blanche et noire, la Caroline du Sud est la plus malheureuse région des États- Unis.
En Louisiane, les deux couleurs se balancent ou i peu près. La majorité est de neuf ou dix en faveur des blancs, qui augmentent en nombre tandis que diminuent les Africains. Dans le Mississipi même, les gens de couleur ne sont pas beaucoup plus nombreux que les blancs, sept contre six tout au plus Aucun de ces États n'est assez écrasé par la population africaine pour rendre désespérée la lutte électorale.
Il en est autrement dans la Caroline du Sud que l'on ne désigne plus maintenant que sous le nom d'État ruiné. Là, l'ascendant nègre est absolu; l'Africain et son frère bùtard, le mulâtre, y régnent en despotes.
D'après le dernier recensement, il y a, dans la Caroline du Sud, dix Africains contre sept blancs. Les blancs ont une majorité considérable dans sept comtés, faible dans trois; dans le«' vingt-deux autres comtés, les nègres possèdent une écrasante majorité. Dans les comtés de Richland et de Charleston, ils sont deux contre un. Dans les bayous et les savanes, les gens de couleur sont presque complètement séparés des blancs. Dans le comté de Beaufort, on compte près de six noirs contre un blanc, et, dans le comté de Georgetown, près de sept. Les comtés de Greenville, d'Anderson et de Spartanburg envoient certainement à la législature des lettrés, des avocats et des planteurs ; mais la voix d'un Trenholm ou d'un Russell ne compte pas plus que celle d'un nègre venu des marécages; et, pour un Trenholm ou un Russell, l'assemblée de la Caroline du Sud renferme trois de ces nègres.
Sous cette loi d'égalité, appuyée par une armée fédérale, que peut espérer un colon européen?
Quelque sombre que soit leur horizon, les Caroliniens y voienl des points plus noirs encore.
La grande zone de marais et de savanes, s'étendant du cap Fear au Hississipi . et de ce fleuve au détroit de Saint-André, semble être la nouvelle patrie des Africains. C'est là qu'ils vivent et fourmillent. S'ils avaient une préférence, ce sérail pour les bumides et chaudes régions situées entre Columbia' et la mer. Le climat et le sol leur conviennent également. Les courges n'y coûtent presque rien, le tabac pousse spontanément, les
Champ lie cannes à*ncre dans la Caroline du Sud.
cannes à sucre abondent. Là, mieux que partout ailleurs, le nègre peut espérer s'établir ; c'est là, semble-t-il, la terre d'élection vers laquelle sont poussés les Africains par ces lois mysté^ rieuses auxquelles l'acte d'affranchissement a donné un libre essor. Sur d'autres points, la race africaine tend à disparaître. Au delà de cette zone sympathique, mais toujours dans les limites du Sud, une région s'étend, du Chésapîke au Missouri el à l'Arkansas, où les nègres vivaient et se multipliaient à l'état