Mioislre pr^aidenl le Conseit. (Xole du Iraducleur
2. Juge suprême, chef ue la magistraluro. {Noie du Iradueleur.)
Dana un jardin, à Charleslon.
Le nègre n'est pas capable de comprendre que, pour occuper UD emploi, il faut un apprentissage, sinon une aptitude naturelle. Il n'y voit que le droit de siéger en fumant, de se montrer impertinent et de toucher des appointements. L'emploi est fait pour l'homme, non pas l'homme pour l'emploi.
Qu'on demande à un nègre ce qu'il désire, Il répondra : « Une place ». Laquelle? Peu lui importe. Juge ou geûlîer, tout lui est indifférent. C'est « une place! ••
II y a quelques semaines on m'amena, é. Philadelphie, un homme de couleur nommé Henry Griftin. C'était un gaillard d'environ trente-cinq ans, à la mine futée; concierge de son état, il croyait le moment venu pour lui d'escalader les degrés de l'échelle sociale; ses voisins se partageaient les dépouilles publiques ; pourquoi ne prendrait-il pas aussi pari & la curée? Partant de cette idée, il s'était, au grand amusement de ses maîtres, porté candidat à la législature dans le septième arrondissement de Philadelphie.
X Quelle est votre couleur politique? demandaî'je au candidat.
— Je suis républicain, monsieur.
— Républicain! Alors, vous vous portez contre BardsleyetPattersbn, (jui partagent vos opinions, donnant ainsi à vos ennemis, les démocrates, la chance de l'emporter.
— Pensez-vous? Mais qu'importe! Nous voulons avoir notre part du gâteau, et les républicains no^is jouent toutes sortes de vilains tours.
— En vérité ! Je croyais qu'ils vous avaient donné la liberté et avaient combattu pour vous leurs frères du Sud?
— Bah! Il y a longtemps déjà. C'est mort et enterré. Je parle d'aujourd'hui. Nous autres, gens de couleur, nous votons pour les républicains ; et quand, grAce à nous, ils ont réussi, ils ne nous donnent rien. Nous avons un gouverneur blanc, un secrétaire d'État blanc, un chief-justice blanc.
— Tond riez- vous, par hasard, avoir un chief-justice noir à la place de Daniel Agnew?
— Mais, monsieur, ne pourrions-nous, au moins, avoir un conseiller de couleur, un facteur de la poste de couleur, un police* man de couleur? Dans le New-Jersey, de l'autre c6té de la Delaware', n'y a-t-il pas des agents de police et des magistrats de
I. La Delanire sépare la Pennsylvanie des ËlaU de Nen-Vork cl de New-Jerscv, arrose Philadelphie et ee jette dan» la baie de Delaware, aptéa un c«urs d« quatre ceutt kilomètres. {Xote du Iradueteur.)
couleur? En Pennsylvanie, bien que nous nous appelions républicains, on ne voit en charge aucun homme de couleur, à l'exception des porte-clefs de la prison, et les agents noirs sont tenus de balayer leurs chambres et de laver leurs murs! Est-ce là de l'égalité?»
Griffin adela franchise. N'ayant pas été instruit dans l'art de déguiser de vilaines pensées sous de belles fleurs de rhétorique, il avoue ingénument qu'il désirefourrer ses doigts dans la caisse publique.
La situation est moins tendue dans la Caroline du Sud qu'on n'aurait pu s'y attendre avec une administration de carpeU-baggers, une législature nègre et une armée fédérale.
Daniel H. Chamberlain, le gouverneur, natif de la Nouvelle- Angleterre, est venu k Charleston, comme William P. Kellogg à la Nouvelle-Orléans, avec un sac de nuit, des manières séduisantes et une langue bien piendue. Il y a longtemps qu'il est au pouvoir et il a été, non sans cause, violemment attaqué par, les conservateurs. Actuellement, il modifie sa politique, refrénant les excès de ses amis les gens de couleur et se rapprochant de plus en plus de la minorité blanche. Quelques conservateurs modérés, comme le capitaine Walkcr et George A. Trenholm, sont disposés à le seconder, et ont renoncé à parler, ù voter et à cahaler contre lut.
Chamberlain a fait beaucoup de mal, et il est homme à en faire plus encore. Mieux doué que Kellogg, son- champ d'opéralions, dans la Caroline du Sud, est aussi moins ardu que celui de K^logg dans la Louisiane. 11 est soutenu par une forte majorité noire. Il a plus d'influence dans le Nord que Kellogg : non parce que les citoyens de Boston et de New-York le connaissent mieux que son rival ou l'estiment davantage, mais parce que les péchés de Charleston sont plus présents à leur mémoire que ceux de k Nouvelle-Orléans. Si des mesures de répression semblaient nécessaires, Chamberlain pourrait compter sur l'appui du Congrès et sur la sympathie de toutes les villes du Nord sans exception.
Le crime de Charleston n'est pas de ceux que l'on oublie et que l'on pardonne. C'est là que fut organisée la sécession; c'est là que le drapeau national reçut sa première insulte'.
1. Le 8 janvier 1861, une batlerîe de l'ile Horris, dani la rade de Cbarlcatoa, cunonna le itHmer fédéral Èloik de VOuat. Ce fui le début des bostiliUt. (A"o/e du Iradueltur.)
Née'. ing- Street, k Cbarlci!<
L'opiaion géoërale, dans le Nord, esl que fous les quartiers de la ville auraient dû fttre brûlés de fond en comble, ses quais et ses docks rasés, ses canaux comblés et ses habitanU dissémiDés sur la surface du globe.
Vis-à-vis d'un bomme représentant une force aussi considérable et des sentiments aussi passionnés, les conservateurs comprennent qu'il est nécessaire d'user d'autant de prudence dans ïeur conduite que de modération dans leur langage.
Comme tous les étrangers, Chamberlain est avide de considération. Son bonheur est grand quand il peut s'asseoir à la table d'un homme du monde, immense quand une femme bien née daigne lui sourire. Il est rare, sinon sans exemple, qu'un podestat de Vérone ou de Ferrare se soit montré insensible aux courtoisies sociales; et le podestat de la Caroline du Sud répond aux avances des blancs avec autant d'ardeur que le lui permet sa crainte de s'aliéner les sympathies de ses amis noirs.
a La situation se dessine en votre faveur, dis-jc à un zélé conservateur.
— Assez bien. Nous supportons et patientons ; le temps agit pour nous. Quoique étranger, comme Kellogg en Louisiane, Chamberlain est à peu près un gentleman. Son origine et sa politique nous déplaisent autant l'une que l'autre; mais, dans l'intérêt public, nous sommes disposés à l'appuyer. >>
D'après ce que me dit notre consul, les affaires comiiiencent à reprendre un peu leur activité première; mais leur nature s'est modiQée en quittant les anciens errements, aussi lents que hautains. Des jeunes hommes, venus de New-Yorlt et de Chicago, leur ont donné une énergie toute nouvelle, s'occupant exclusivement de leur besogne et travaillant sur les quais et dans les maisons de banque, de l'aube au crépuscule. Ceux-là réussissent.
Les mêmes renseignements me sont donnés dans les salons de lecture et dans les clubs.
Charleston, par sa précipitation, a amené la guerre civile. Nulle ville maritime n'avait plus h perdre, et aucune n'a perdu davantage. Profondément atteinte dans son orgueil, elle s'efforce néanmoins, avec un louable désintéressement, d'oublier ses misères présentes, de réparer ses fautes passées et de se préparer un plus brillant avenir.
Un planteur, avec lequel je cause, au club, de cet avenir, s'écrie vivement :
<■ A quoi sert déjouer à la démocratie? A rien. Le rameau
démocratique carolinien est mort. Les listes électorales! On (lit qu'elles sont falsifiées, et nous savons que c'est vrai. Mais elles sont dressées, et les ofTiriers fédéraux en affirment l'intégrité. La loi a donné à nos nègres le droit de vote, et, dans une république, le suffrage universel est le tout de tout.
n Pourquoi nous battre contre le roc? Nous l'avons tenté en 1868. Qu'en est-il advenu? nous avons été vaincus honteusement sur" tous les champs de bataille électoraux. Pas un député conservateur n'a été élu. Un tiers de l'Assemblée se com- {Kisait de rebuts de la race blanche, — étrangers, banqueroutiers, scalawags; il ne s'y trouvait pas un homme en qui nos citoyens pussent avoir confiance. Les deux autres tiers comprenaient des nègres et des mulâtres, jiresque tous ne sachant ni lire ni écrire. Nous fûmes flagciiés et volés par ces drôles que soutenait Chamberlain. Ces injures, nous les supportâmes patiemment — sous le canon des carabines, il est vrai — jusqu'au temps des nouvelles élections.
•• Inslruits par les événements, nous adoptâmes une autre ligne do conduife, non pas avec toute l'activilé et l'ensemble nécessarrcs, — le vieil homme es) si difficile à modifier! — mais le résultat nous engage suffisamment à persévérer. Quoique nous soyons loin encore d'avoir un gouvernemenl conservateur i*! Columbia , nous avons obtenu une majorité blanche dans le Sénat, et une puissante minorité blanche dans la Chambre basse. Dans le comté de Charleston, nous avons, grice à notre nouvelle tactique, conquis la moitié des sièges, quoique les nègres y soient dans la proportion de deux contre un.
— \ quoi devez-votis cette victoire?
— Au jugement et à l'instruction; à la faculté d'organisation que possède l'homme blanc, Danscertains comtés, nous sommes trop faibles pour lutter. Pourquoi porter sept candidats dans le coiulÉ de Bcaufort, où les nègres sont six contre un; trois dans le comté de Georgelown, où la proportion est de sept contre un ; dix-huit dans le comié de Charleston, où elle est de trois contre un. Nous ne pourrons modifier ces lisles électorales que lorscfue nous serons malires du fort Sumter et de la citadelle. Pourquoi alors ne pas essayer d'un compromis? Telle fut la question que nous nous posâmes l'un À l'autre.
— Et?...
— Et les uns répondirent que la tentative était inutile, les au-
très, qu'elle avait chance de réussir. Les nègres ont leurs chefs, et ces chefs ne désirent qu'une chose : arriver. Le n^gre est fier; il est heureux quand il peut causer avec un gentleman. Malgré tout ce qui a été fait pour soulever la race servile contre ses an-
Haliilalion k Cliarlestun.
ciens maîtres, les nègres conservent un profond attachement pour le lieu de leur naissance. Nous pensâmes qu'on pouvait leur proposer ua marché.
— Et la négociation a été entreprise?
— Oui, Le capitaine Dawson, un de nos plus solides citoyens, se chargea de cette mission. Il se rendit auprès des nègres qui
U CONOUéTB BLAHCHB. 25
le reçurent amicalement et l'écoutërent avec attention. Il leur dit, ce qui est vrai, que blancs et noirs naviguent sur le même navire, et qu'ils doivent flotter ou sombrer tous ensemble ; et il leur demanda s'il n'était pas préférable de manœuvrer collectivement que séparément et au détriment des uns comme des autres. Ils admirent la justesse de ce raisonnement.
tt Ensuite, Dawson leur démontra que les blancs n'avaient aucun désir de s'opposer à ce que les nègres choisissent leurs représentants là oii ils possédaient la majorité. 11 ajouta que, dans l'intérêt de la communauté, les blancs les verraient avec plaisir faire de bons choix sans distinction de couleur; que s'ils s'y engageaient, les blancs, de leur cété, promettaient de ne leur opposer, dans ces districts, aucun candidat, ce qui éviterait aux nègres beaucoup de tracas et de dépenses.
« Ces franches allures et ce langage plurent aux nègres; et malgré l'opposition des scalawags et autres agitateurs, le traité fut conclu et loyalement exécuté. Il en est résulté une liste de républicains modérés, au lieu d'étrangers, de banqueroutiers et de communistes; de sorte qu'en dépit de l'ascendant nègre, nous possédons actuellement une puissante influence dans la législature. »
Le succès de cette nouvelle politique impressionne vivement, dit-on, le gouverneur Chamberlain. Elle commence à porter ses fruits. Chamberlain voit que, si l'on agit par l'intermédiaire des nègres, ce n'est pas lui qu'on atlaquc. Il a fait volte-face, sachant fort bien, d'ailleurs, qu'avec la nouvelle Assemblée, il ne pourrait jamais réaliser, à Columbia, ce que Kellogg tente d'accomplir à la Nouvelle-Orléans.
Un fait vient de se présenter qui a permis de constater ce changement de front.
Depuis plusieurs mois, son Cabinet recevait des plaintes relatives à de graves désordres dont le comté d'Edgefleld était le théâtre.
Dans ce comté, baigné par la Savannah et limitrophe du comté de Lincoln, en Géorgie, les gens de couleur sont en grande majorité. Tout y est noir, la milice, le général et son état-major, le shérif, le juge et les autres agents offlciels. Les habitants blancs y sont traités cunune appartenant à une race inférieure. Qu'un blanc se rebîlTe contre une insulte, aussitét on bonvoque la garde uoire.
« Vous n'avez pas le droit de convoquer la milice, disent les citoyens; c'est violer la Constitution. »
Hais, dans le comté d'Edgefield, les capitaines et colonels nègres se moquent de la Constitution. Si une querelle surgit entre un noir et un blanc, les capitaines réunissent leurs compagnies, et le sang coule. •
Il y a deux ans, le gouverneur Chamberlain refusa d'intervenir. Avec son plus doux sourire, il répondit au requérant qu'on ' faisait beaucoup de bruit pour rien. Son secrétaire, plus franc, dit qu'on avait raison de remettre & leur place les anciens tyrans.
Mais aujourd'hui le gouverneur Chamberlain aouvert les yeux & la raison.
Ayant reçu de nouvelles plaintes de la même localité, il a chargé un magistrat républicain, le juge Mackey, de se rendresur les lieux, d'examiner la situation et d'indiquer le remède à y apporter.
Mackey est revenu avec le rapport demandé.
Il y est dit que, contrairement & un article formel de la Constitution de l'État, les officiers de couleur, dans le comté d'Edgefield, ont l'habitude invétérée de convoquer leurs compagnies et d'intervenir, eu cas de tumulte sur la voie publique; que la faute de presque tous ces désordres incombe à l'administration nègre; que, depuis l'époque où les barons normands ont emprisonné dans un anneau de fer le cou des serfs saxons, jamais aucun peuple de langue anglaise n'a été soumis àdes indignilés semblables à celles qui sont infligées aux habitants blancs du comté d'Edgefield. Mackey conclut en recommandant au gouverneur le désarmement et la dissolution des régiments nègres ■
Chamberlain incline à suivre ce conseil. Mais son accomplissement présente des dangers.
Habitués depuis quelques années & porter des armes, les nègres peuvent s'opposer & ce qu'on les leur enlève. En raisondu souftie guerrier qui règne dans l'atmosphère, une révolte est & craindre. Et si Chamberlain licencie les troupes nègres, il se trouvera obligé de s'appuyer de plus en plus sur leablancs.
Des compromis semblables, tels que les ont imaginés Russellr Trenholm et Dawaon, sont des conceptions de véritables hommes d'État.
Le succès obtenu par les conservateurs à Charleston est d'ua favorable augure pour tous les autres États du Sud.