CARTE DK L'AFRIQUE AUSTRALE
émigration de 1834, les uns, ce sont les Griquas de l'est, franchirent les Drakensberge sous le commandement d'Adam Kok, et s'établirent dans la Cafrerie au sud de Natal. Leur territoire a été annexéen 1879 à la Colonie du Cap. Les autres, les Griquas de l'ouest, occupèrent le pays au nord du fleuve Orange. Ils étaient censés dépendre de l'État libre d'Orange. L'Angleterre les laissait en paix dans leurs riantes campagnes. La découverte de riches mines de diamants en 1868, à Pinel, près du Vaal, attira de nouveau l'attention sur ces cantons délaissés. Toute une armée de chercheurs, les DiggerSj se précipita vers la région diamantifère. L'affluence fut telle que, dès 1870, une population blanche de
mille personnes se pressait à une seule de ces mines, celle de Klipdrifl. C'étaient des aventuriers et des déclassés de toutes les nations, gens de sac et de corde, habitués à la force brutale et ne croyant qu'à leur revolver Ils comprenaient pourtant la nécessité d'une direction et d'une justice sommaire, et avaient nommé l'un d'entre eux, un ancien marin, Stafford Parker, président de la République des Diggers. L'Angleterre résolut de profiter de l'occasion pour étendre ses domaines, et, dès la fin de 1870, le gouverneur du Cap, Campbell, venait à Klipdrift et y arborait le drapeau anglais. L'annexion ne souleva aucune protestation. La même année, d'autres mines furent découvertes, àDuToit'sPan,àBultfontein, à Yoornitzich. Elles étaient situées sur le territoire d'Orange, mais l'Angleterre les réclama et s'en empara sans autre forme de procès. Kimberley devint la capitale du nouveau territoire, ou Griqualand de l'ouest.
Mise en goût par ces fructueuses annexions, l'Angleterre se décida à entamer plus directement le continent austral. Au nord des républiques fondées par les Boers et des régions récemment conquises, s'étendent de vastes espaces, très fertiles, et qui jouissent d'un climat sain. Si les bras ne manquaient pas, cette contrée pourrait nourrir toute l'Afrique australe et exporter en Europe un énorme excédent de production. Le bétail disparaît parfois sous des' herbes d'un mètre et demi de haut. Les fruits et les légumes abondent. Le sous-sol renferme des richesses inima* ginables. Le cuivre, l'argent, Télain, le fer, la houille s'y rencontrent partout. L'or y constitue des gisements qu'on n'est pas près d'épuiser. Les indigènes clairsemés dans ce paradis terrestre de l'Afrique méridionale se nomment les Betchouanas. Ils représentent l'élément doux, paisible et civilisable de la race cafre. Ce sont des tribus pastorales. Quelques-unes d'entre elles, au milieu desquelles s'étaient établies des missions protestantes, se sont fortifiées dans lès habitudes agricoles qu'elles pratiquaient avant l'arrivée des Européens. Le Betchouanaland constituait une sorte de bastion avancé. Les Anglais résolurent de fortifier leurs positions en s'établissant sur ce bastion. Les indigènes, à moitié gagnés par les missionnaires, ne s'opposèrent pas à ce nouvel empiétement, et le Betchouanaland fut annexé au Cap.
A l'ouest et au nord du Betchouanaland s'étend une nouvelle région depuis longtemps connue et parcourue par les traitants portugais, mais qui n'a pas été déclarée officiellement colonie portugaise. Les Anglais la convoitent. Ils ont déjà élevé leurs prétentions à la possession de certains districts. lisse sont même établis à Walfish-Bay, à HoUamsbird, à Ichaboé dans le désert de Ealahari et dans ce qu'ils nomment le
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Damaraland. LesPortugais ont aussitôt revendiqué leurs droits. Le conflit est en ce moment à l'état aigu. En résultera-t-il une guerre, ou une nouvelle délimitation de territoire, c'est le secret de l'avenir. La tradition, l'histoire, le droit sont pour le Portugal. L'Angleterre a pour elle la force et la volonté. Aussi est-il probable qu'elle ne s'arrêtera plus dans sa marche envahissante, et que, province par province, elle annexera tous les pays qui, d'un océan à l'autre, s'étendent depuis le Cap jusqu'au Zambèze.
En résumé, les progrès de l'Angleterre dans l'Afrique australe ont été continus. Aux anciens comptoirs hollandais elle a joint le Natal, le Bassoutoland, le Griqualand, le Zoulouland, le Betchouanaland. Elle a soumis à son protectorat les républiques fondées par les Boers; elle a brisé la résistance des indigènes, elle entame les territoires portugais; et voici qu'elle s'eiTorce d'initier à la civilisation tous ces peuples brusquement rapprochés les uns des autres, et de les fondre en un corps de nation. Réussira-t-elle dans cette grande œuvre? Ce ne sont ni les ressources qui lui manquent, ni les scrupules qui l'arrêtent. Aussi est-il probable que nous assisterons quelque jour à la création de cet empire Anglo-Africain.
On sait déjà que les Anglais occupent l'Egypte ou plutôt qu'ils y sont campés. Ils auraient voulu s'établir dans un pays voisin de l'Egypte, en Abyssin ie, mais ils se sont jusqu'à présent contentés de battre le souverain de cette région, qui avait essayé de leur résister, et se sont retirés après lui avoir imposé le respect de leurs armes.
L'Abyssinie, le Kouch des Égyptiens, l'Ethiopie des Grecs et des Romains, le Habesch des Arabes, l'Itiopavian des indigènes, a, dans les temps modernes, été visitée et décrite par les voyageurs portugais. Bruce la parcourut à la fin du xvm' siècle, Henri Sait en 1805 et 1809, Edouard Ruppell en 1833, et de 1838 à 1848 Antoine et Arnaud d'Abbadie. Ces deux derniers, avec une persévérance que rien ne lassa, consacrèrent toute leur activité à une exploration que l'importance de ses résultats met au rang des plus remarquables de notre époque. Citons à côté d'eux nos compatriotes Rochet d'Héricourt, Théophile Lefebvre, Ferret et Galinier, Guillaume Lejean, les Anglais Charles Beke, William Harris, les deux missionnaires Krapf et Isenberg, ainsi que l'Allemand von Heugliri. Tous ces explorateurs avaient signalé la dissolution politique et l'anarchie sociale dans laquelle se débattait l'Abyssinie. L'ancienne dynastie des négtiSy ceux que jadis l'Europe connaissait sous le nom de Prêtre Jean, n'avait plus que l'autorité nominale. De toutes
MORT DE TUEODOROa
paris s'élevaient des compétiteurs, et les prétentions rivales amenaient des luttes intestines. C'était la féodalité qui, en plein tlx^ siècle, renais* sait en Afiique. Au milieu de ces désordres, l'empire se démembra. A côté du négus qui résidait à Gondar dans l'Amhara, deux royaumes indépendants se formèrent dans le Tigré et le Choa. Dans TAmhara même, en 1855, le dedjaz ou duc du Kouara, Kassaï, se révolta, massacra ses rivaux et se fit couronner empereur sous le nom de Theodoros. Il était jeune, énergique, vigoureux. 11 eut bientôt rassemblé une forte armée, parcourut les provinces à la tête de ses soldats, et arrêta le morcellement féodal : mais l'exercice du pouvoir absolu le grisa. Il ne se contenta plus de soumettre les chefs révoltés : il les égorgea. Il eut en outre le tort de s'attaquer aux résidents européens, et, sous prétexte d'un manque d'égards, d'arrêter' et de conduire dans sa forteresse de Magdala le consul anglais Duncan Cameron (1862). Le gouvernement anglais protesta. Theodoros, aggravant ses torts, emprisonna l'envoyé extraordinaire de la reine, Hormuzd Rassam. La guerre fut déclarée à ce fou couronné. La difficulté n'était pas de vaincre Theodoros, mais de l'atteindre à travers \ei ravins du Tacazzé, de la Djidda et du Baschilo, dans sa redoutable forteresse de Magdala. Abandonné par ses partisans, en guerre ouverte avec Menelik, le petit-fils du négus qu'il avait détrôné, réduit à quelques milliers de soldats dévoués à sa fortune, Theodoros n'avait rien perdu de son énergie. Sir Robert Napier dirigea cpntre lui une armée anglo-indienne de 12000 hommes. De nombreux chefs abyssins se joignirent à lui. Trois camps retranchés avaient été construits, à Senafé, ddhigerat et Antalo, pour assurer la retraite des Anglais. Ils s'avancèrent péniblement avec les lourds bagages et l'énorme attirail que toute armée traîne toujours après elle; mais une route construite par les soins de Theodoros lui-même les mena sur le plateau de Talanta, en face de Magdala. La bataille s'engagea le 10 avril 1868. Grâce à leurs carabines rayées, les Anglais remportèrent une victoire complète. Theodoros délivra Rassam et l'envoya au camp de Napier en qualité de parlementaire. Le général anglais, oubliant que le négus n'avait qu'un signe à faire pour exterminer tous les captifs, exigea qu'il se rendît à merci. Theodoros refusa, renvoya tous les prisonniers, et se prépara à mourir en brave. Seulement seize de ses compagnons d'armes lui étaient restés fidèles. L'artillerie battit en brèche pendant deux heures le réduit où ils s'étaient enfermés. Theodoros se tua au moment où le premier soldat anglais escaladait le rempart. Les vainqueurs firent sauter les murailles de la forteresse et évacuèrent le pays. Ils auraient pu s'y établir en
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maitrenSy mais cet acte de vengeance leur suffit. Us ne demandèrent rien aux Âhyssins et se rembarquèrent. Ils auraient peut-être mieux fait d'exiger des garanties et d'occuper la contrée, car l'Abyssinie fut de nouveau livrée aux dissensions intestines, et, ce qui était plus grave, aux convoitises des Turcs et des Égyptiens.
Après quatre ans de luttes acharnées entre les divers compétiteurs qui se disputaient à main armée la succession ainsi ouverte par l'Angleterre, l'un d'entre eux, Kassaï, roi de Tigré, s'empara d'Axoum, la capitale religieuse de la contrée, et s'y fit couronner négus sous le nom de Jean (1872). Les Égyptiens protestèrent contre cette restauration de l'empire abyssin. Encouragés par les Turcs, ils déclarèrent la guerre.au nouveau souverain. Jean prêcha contre eux une sorte de croisade, et les vainquit deux fois, mais il ne put les empêcher d'occuper les importants* débouchés de Massaouah sur la mer Rouge et du Harar dans le golfe d'Aden. L'Abyssinie se trouvait dès lors entourée et pressée de toutes parts par les provinces égyptiennes. On pouvait la considérer comme une enclave des possessions du Khédive. Elle aurait été fatalement annexée à la vice-royauté d'Ismaïl, si ce dernier n'avait été renversé du trône par la révolution de 1879. Nous avons raconté plus haut comment les Anglais, maîtres de l'Egypte, se heurtèrent à l'insurrection mahdiste, subirent de graves échecs et furent obligés de renoncer à toutes les provinces récemment annexées. L'Abyssinie se trouva dès lors dégagée, mais pour retomber dans l'anarchie. A l'heure actuelle c'est un des anciens ennemis de Theodoros, Nenelik, roi du Ghoa, qui parait le maître de la situation. Il s'est même fait couronner roi d'Ethiopie le 5 novembre 1889.
L'insurrection mahdiste, en forçant les Anglais à se renfermer en Egypte, non seulement les a détournés de l'Abyssinie, mais encore les a empêchés de réalise^ leur grand projet, l'union de l'Egypte au Cap par une immense chaîne de possessions à travers le continent africain, le long des côtes de l'océan Indien et de la région des grands lacs. D'ailleurs deux peuples qui, jusqu'alors, n'avaient pris aucune part à la conquête de l'Afrique, les Italiens et les Allemands, ont subitement élevé des prétentions à la possession de certains territoires. Ils se sont même installés à poste fixe, et cela justement dans la contrée dont l'Angleterre méditait l'annexion. Fort occupée à surveiller les Égyptiens et à contenir les Abyssins, menacée et humiliée par les Mahdistes, inquiétée par les Zoulous et les Boers- qui n'avaient pas renoncé à leurs haines nationales, l'Angleterre senoble avoir renoncé pour le moment à son projet de
création d'un grand empire africain ; mais elle a su ménager ses intérêts et préparer- sa future domination. Elle a déclaré prendre possession, sous le nom d'Afrique Anglaise Orientale, de TOnnyoro et de l'Ouganda, c'est-à-dire du pays entre l'Ukérévé, le M'voutan et le Lula Nzighé, et du Soudan Oriental sans limites précises. C^est ce qu'on appelle en ce moment la « sphère des intérêts anglais ». Voici déjà qu'une société anglaise fondée en 1886, le British East Âfrican Association, a obtenu de la reine Victoria une charte impériale lui octroyant de grands privilèges, et s'est constituée pour exploiter cet immense territoire. En vertu d'une convention conclue en juin 1890, elle a obtenu le protectorat du Zanzibar, à l'exception d'une zone latérale concédée à l'Allemagne, et a annexé l'immense région connue sous le nom de pays des Gallas et des Somâlis. C'est, à vrai dire, une nouvelle entrée en campagne. On dirait que, vaincue au nord, l'Angleterre cherche à préparer sa revanche par le sud, et prend ainsi à revers les troupes mahdistes qui avaient arrêté sa marche en avant. Que deviendra l'Afrique orientale sous cette formidable pression? Nul ne le sait, mais il est facile de le conjecturer. Sauf événements imprévus, le xix* siècle ne se terminera pas sans que l'Angleterre ait réduit en provinces anglaises, à Texception de quelques enclaves portugaises, italiennes ou allemandes, l'immense région littorale qui' s'étend à l'est du continent depuis le Delta jusqu'au Cap en passant par les grands lacs équatoriaux.
L'Angleterre n'a pas dit non plus son dernier mot dans l'Afrique occidentale. Elle y possède, enclavées dans les possessions et protectorats français du Sénégal, la Gambie et Sierra Leone, d'où elle surveille nos progrès avec une jalousie inquiète et cherche par tous les moyens à arrêter ou à entraver notre action. En Guinée elle est maîtresse de la Côte de l'Or et du Lagos, et étend son protectorat sur le delta du Niger et sur le cours inférieur du fleuve et de son affluent, la Bénoué. Au large de l'Atlantique, Sainte-Hélène et l'Ascension lui appartiennent encore. Sans doute ces possessions sont éparses, et, en cas de guerre, il ne serait pas difficile de s'en emparer, mais ce sont comme autant de foyers d'oii rayonne au loin l'influence anglaise. Aussi bien le gouvernement bri-» tannique a grand soin de faire respecter ses droits. Malheur aux indigènes qui essaieraient de les contester ou de s'y soustraire! En 1871, les Achantis de Sierra Leone ayant protesté contre la cession faite par les Hollandais aux Anglais de tous leurs comptoirs sur la Côte de l'Or et ayant jeté en prison un certain nombre de résidents eiiropéens, la guerre fut résolue. Le général en chef, Garnet Wolseley, la prépara avec un soin
extrême. Aucune précaution ne fut négligée pour assurer le bien-être des soldats. Il est vrai qu'ils s'engageaient dans la partie la plus malsaine de TAfrique, mais jamais armée ne fut munie d'autant de préser* vatifs. On n'avait oublié aucun détail. On n'avait laissé de côté aucun auxiliaire, blanc ou, noir. Une route large et commode fut construite pour le' transport des canons, et on marcha sur Goumassie, la capitale des Achantis, à travers les forêts vierges, les marécages et les plateaux couverts de lianes. Les Africains avaient fait le vide autour d'eux, mais les Anglais déblayèrent les ruines, établirent des camps retranchés qu'ils relièrent par des fils télégraphiques, et ne marchèrent qu'à coup sûr. Une première bataille s'engagea en avant de la forteresse d'Amoafuel (30 janvier 1874). Les Anglais furent vainqueurs et se portèrent sur Coumassie, dont ils s'emparèrent. Le roi Kalkalli, privé de sa capitale et de ses trésors, menacé dans son dernier refuge, Juabin, par une seconde colonne anglaise, se décida à traiter. Par la convention de Fomanah, il renonça à tous ses droits sur les royaumes de Denkera, Assin, Akin et Adonsi, et à ses prétentions sur les stations de la côte, paya une indemnité de guerre et promit la libre entrée à Coumassie des marchandises anglaises et l'entretien d'une route donnant accès dans sa capitale. Depuis cette époque, les Achantis, affaiblis par la guerre civile, n'ont pas essayé de secouer la domination britannique. L'Angleterre d'ailleurs ne l'aurait pas supporté. En 1883, quelques chefs nègres ayant maltraité des négociants anglais, l'amiral Brooke remonta le Niger et bombarda les villes rebelles, Aboh et Ijah. Dès 1887 l'Angleterre possédait sur le Niger cent cinquante comptoirs et une flotte de vapeurs remontant le fleuve jusqu'aux chutes de Bousah, à 756 kilomètres de la mer, et la Bénoué jusqu'à 720 kilomètres. Il paraîtrait même qu'elle a réussi à dépasser les chutes de Bousah, et qu'elle a installé un agent à Sokoto. Elle a en outre proclamé son protectorat sur les royaumes riverains de Bidda et de Noupé, et, par la Bénoué, se propose de pénétrer dans le Baghirmi et le Bornou. Sur certaines cartes anglaises ne voit-on pas déjà les couleurs britanniques s'étendre sur tout le royaume de Sokoto, et eng/ober au nord le Damergou et le pays d'Aïr, pendant qu'elles partent du cap Juby au sud du Maroc et entament fortement le Sahara : c'est-à-dire que toutes les routes d'Algérie et du Sénégal vers le Soudan seraient coupées, et que nous serions réduits à ne plus posséder sur les côtes d'Afrique que des comptoirs sans issue, véritables impasses d'où se détournerait le commerce de l'intérieur. Ce ne sont là, il est vrai, que des velléités d'annexion, mais on
sait que la politique anglaise a pour règle absolue de ne reculer deyant aucune prétention. « Pourvu que les circonstances en fournissent ie plus léger prétexte, les autorités britanniques n'bésitent pas à revendiquer les droits les moins soutenables, sans d^ailleurs insister» au cas où les objections contraires sont explicites et reposent sur un fondement
sérieux. »
L'Angleterre est donc la maîtresse incontestée des régions où elle a planté son drapeau, et, si elle ne cherche pas pour le moment à annexer de nouveaux territoires, c'est qu'elle réserve son action et entend choisir son heure. En résumé, ses progrès en Afrique ont été rapides. Servie par d'habiles administrateurs et de bons généraux, ne reculant devant aucun moyen pour réaliser un programme nettement déûni et soigneusement étudié, soucieuse de l'honneur national, et aidée par les circonstances, elle n'a cessé d'augmenter ses domaines et d'étendre son influence. On dirait qu'elle pressent le jour où les Indes lui échapperont et qu'elle cherche à se ménager dans l'avenir un grand empire africain. Cette politique impitoyable mais habile a produit d'heureux résultats. Il serait puéril de se le dissimuler, mais la lutte que jadis elle engagea avec la France pour lui disputer l'empire des Indes, peut-être la reprendra-t-elle au xx* siècle pour assurer sa prépondérance en Afrique!
Il est en efiet évident que la répartition actuelle des territoires africains n'est que provisoire. Trop d'intérêts et trop d'ambitions sont en jeu pour que nous n'assistions pas à quelque nouveau partage du continent noir. Puisse la France être prête pour ce grand jour! Puissent les autres nations de l'Europe ne pas oublier qu'il ne s'agit pas seulement de conquérir l'Afrique, mais aussi de la civiliser !