Chapitre XIII
des huttes éparses d'Indiens, des troupeaux d'élans, de bisons, d'antilopes, de loups qui, avec quelques espèces d'animaux à fourrure, sont la faune de ces parages.
Les montagnes des Cascades doivent leur nom aux rapides du Columbia, grand fleuve qui s'est taillé un chemin dans.la masse granitique et coule souvent encaissé par des rivages coupés à pic, murailles gigantesques de 3 à 400 mètres de hauteur. Ces montagnes forment une région alpestre; leurs cimes sont couvertes de neiges, leurs flancs sont parsemés de pâturages et de forêts magnifiques. Les pics principaux sont : le Mac-Laughin, le Jefferson^ le Washington ou Hood j le Sainte-Hélène (volcan), le Harrison (volcan), le Mount-Baker^ etc.
Entre le JefFerson et le Hood (45° lat. N.), la chaîne subit une dépression ; pour la franchir, le Céleste ne monta qu'à une altitude de i , 500 mètres, puis il glissa obliquement vers Salem, où il arriva vers quatre heures du soir. Salem est une ville peuplée de quelques milliers d'habitants, située sur un affluent du Columbia, le Wallamate, qui arrose l'une des plus fertiles vallées de l'Amérique septentrionale.
Rien ne surprit tant nos voyageurs que la luxuriante végétation de cette contrée. Ils remarquèrent des arbres ayant des proportions colossales, géants auprès desquels nos chênes et nos ormeaux sembleraient des pygmées. La côte occidentale des États- Unis, comprise entre le 35* et le 45® degré lat. N.,
est admirablement favorisée par les conditions climatériques; les chaleurs excessives et les froids rigoureux y sont complélement inconnus. La bande de lerre bordée d'un côté par l'océan Pacifique, de l'autre par les montagnes des Cascades, le Sacramento et le Sainl-Joachiin, fleuves tributaires de la baie de San-Francisco , jouit d'un printemps perpétuel, interrompu, ou du moins amoindri par la saison pluvieuse qui commence en novembre et dure jusqu'à la lin d'avril; maïs les pluies ne présentent pas la continuité de celles des tropiques ; après une ondée de plusieurs jours, le ciel reprend sa sérénité el la température sa douceur habituelle. Ce climat exceptionnel explique la vigueur de la végétation; en certains endroits, on trouve ces cyprès gigantesques que les Américains nomment mammoîh trees. Les plus remarquables sont ceux de la vallée de Yosemity (Californie). Quelques-uns ont plus de loo mètres de hauteur et lo mètres de diamètre; leurs premières branches sont à 70 mètres du sol. Le nombre des couches concentriques du tronc prouve qu'ils ont plus de quatre mille ans d'existence. Quatre générations de Mathusalem n'auraient pu les voir naître ni les voir mourir!
Dans rOrégon, on remarque peu de végélatui J aussi extraordinaires, mais il n'est pas rare d'eï renconu-er ayant une hauteur de 60 à 80 mètres^l Nos platanes et nos chênes les plus élevés 004 dépassent point 30 mètres!
Les voyageurs séjournèrent fort peu de temps .1
Ckj.pitre Xlll. H"
Salem; ils renouvelèrent à la hâte le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique, et résolurent de meltre à profit le reste de la journée en se rendant à Olympia, capitale de l'Etat de Washington, éloignée d'une cinquantaine de lieues. Le Céleste reparlit, s'éleva à une faible altitude et suivit la riche vallée du Wallamale. A l'est, on dislinguait la mer sans limites qui s'empourprait sous les rayons du soleil couchant, et à l'ouest on apercevait les neiges éclatantes qui couronnent éternellement les pics des montagnes des Cascades. On passa sur Orégon-City, Portland, Columbia-City, Sainte-Hélène, villes déjà importantes et appelées à un brillant avenir. Le Coiumbia fut franchi à Monlicello, gros bourg peu distant de son embouchure, et l'on arriva à Olympia au déclin du jour.
Olympia, excellent port sur le Puget-Sound, fiord du golfe de Géorgie, présente, comme la plupart des villes nouvelles de la jeune Amérique, un aspect bizarre et pittoresque. Des baraques en planches sont attenantes à des édifices bien consiruils, des rues à peine tracées aboutissent à des places publiques irrégulières, des hôtels, des cafés splendides sont voisins de bouges et de tripots abjects. Tous les contrastes s'y étalent et s'y coudoient. Mais toutceia n'aura qu'un temps; l'activilé américaine réalisera là, comme ailleurs, des prodiges et transformera la capitale naissante du Washington qui, en attendant, s'enrichit en exportant des céréales, des farines et des bois de construction.
242 La Conquête de VAir.
Les habitants d'Olympia firent à Téquipage du Céleste Taccueil le plus sympathique. Le gouverneur du territoire offrit Thospitalité. Valdy l'accepta, à la condition que la réception serait tout intime ; car les longues veillées, les fêtes tumultueuses fatiguent et énervent. Le gouverneur s'empressa de satisfaire le désir de son hôte et ne rassembla chez lui que ses amis. On dîna simplement t à la bonne franquette •, pour nous servir de l'expression de Cardounet; on prit le thé, puis vers dix heures chacun se retira pour dormir.
Le 16 septembre, vers six heures du matin, le Céleste, abondamment ravitaillé , reprit sa route aérienne. Un brouillard épais couvrait la terre, et Péquipage ne put distinguer les contours accidentés du golfe de Géorgie, Victoria, le cheflieu de rîle Quadra-et-Vancouver, le fort Bellingham, New- Westminster, la capitale de la Colombie anglaise, villes voisines entre elles.
L'aéronef allait de nouveau s'aventurer dans les régions où la barbarie, sauf de rares exceptions, trône en maîtresse absolue. Vers dix heures, les rayons du soleildissipèrent la couche des brouillards, et les voyageurs aperçurent le pays sur lequel ils passaient. En ce moment, ils remontaient le cours du Frazer, fleuve qui descend des montagnes Rocheuses, et auquel la récente découverte de placers a donné une réputation universelle. Le Frazer, la voie fluviale la plus importante des possessions anglaises du nord-ouest, coule dans une contrée couverte de forêts dont il facilite