Chapitre XV
Les Tatars dressèrent leurs yourtes (tentes de de cuir ou de feutre) entre le Céleste et leurs prisonniers et se préparèrent au sommeil. Pour éviter une évasion, le chef confia la garde de Valdy et de ses compagnons à quatre de sqs hommes. Dernghuiz s'offirit volontairement pour veiller avec eux. Sa proposition fut acceptée.
Deux à trois heures se passèrent. Dernghuiz causait de choses indifférentes avec ses nouveaux amis ; tout à coup, il leur offrit un gobelet du breuvage des houris. Par hasard^ il avait trouvé deux bouteilles intactes. Les gardiens ne se fixent pas prier et savourèrent à longs traits le délicieux Champagne, enchantés de ne point partager cette bonne aubaine avec leurs camarades. — L^égoïsme est de toutes les nations.
Dernghuiz vint se coucher aux pieds de M™* Valdy toujours attachée par le cou et pleurant silencieusement. La jeune femme eut un geste de répulsion, mais Dernghuiz prit ses mains et les porta à ses lèvres avec respect. Puis il attendit et observa. — Les sentinelles ressentirent bientôt les effets du vin de Champagne, leurs paupières s'alourdirent, leurs idées devinrent vagues, leurs tètes s^inclinèrent sur la poitrine et enfin, elles s'endormirent profondément^
La nuit était toujours noire et le brouillard plus dense et plus froid. Dernghuiz délia M"® Valdy, lui mit un pistolet entre les mains, l'engagea par des chutl répétés à ne point bouger et il la quitta.
Les prisonniers grelottaient. Comprenant qu'ils
n'avaient rien à espérer des pillards, croyant être trahis par le serviteur d'Iwan de Kisseloff, ils se résignaient et songeaient... Valdy surtout. Sa découverte allait donc être inutile! Le fruit de ses études et de son travail allait servir de hochet à des barbares ! Et lui qui avait rêvé la gloire et les applaudissements des nations, il devait mourir sans rien laisser après lui, en emportant le secret de la navigation aérienne !...
Tout à coup, Iwan de KisselofF sentît un souffle chaud caresser son visage et une main s'appuyer sur son épaule.
« Silence! maître, c'est moi! dit une voix.
— Dernghuiz }
— Oui ; ne parle pas... de notre silence dépend le salut. Donne-moi tes bras que je coupe les cordes qui les attachent... Bien!... maintenant, prends ce couteau, délie tes jambes et suis-moi. •
Les deux hommes se dirigèrent vers le Céleste en rampant et en s'arrêtant toutes les fois qu'ils entendaient du bruit. Après un détour, ils arrivèrent enfin derrière Taéronef. — Là ils purent parler doucement sans crainte d'être entendus.
« Et nos amis? demanda Iwan de KisselofF.
— Maître, commence à préparer la machine afin que nous puissions partir sans retard. Je me charge de vous délivrer tous. »
Iwan de KisselofF inspecta au toucher, car la nuit était trop noire pour distinguer, et il s'assura qu'il n'y avait rien d'enlevé ni rien de cassé dans le mécanisme chargé de la transmission du mou-