Chapitre VI
j'ai remarqué qu'en abandonnant le port, le navire prend presque toujours la lame debout et marche tout de même; mais nous n'avancerions pas aussi vite en louvoyant qu'en prenant la ligne droite.
— Pick , interrompit Cardounet , tu parles comme M. de la Palisse.
— •• C'est possible, mais ce qui est dit est dit, et à la place du capitaine, je sais bien ce que je ferais.
— Que feriez-vous? demanda Valdy.
— Je mettrais le cap sur la terre ferme et ne m'éloignerais pas des côtes.
— Votre conseil est bon, mais aujourd'hui il nous est impossible de le suivre. Nous n'avons pas de temps à perdre, et il faut que ce soir nous soyons en Islande après avoir touché aux îles Shetland et Faeroé. Notre traversée sera longue.
— Eh bien , capitaine , je crois qu'il est prudent de ne pas toucher aux Sethland et de filer droit sur les Faeroé. Combien y a-t-il de lieues de North-Ronaldshay aux Faeroé?
— De 60 à 70.
— Rarement les tourmentes commencent dans la matinée; nous avons toutes chances d'aborder aux Faeroé avant d'être inquiétés par le grain.
— Alors en route. »
Les préparatifs du départ s'exécutèrent immédiatement. Iwan de KisselofF remarqua que Dernghuiz déployait une activité qui ne lui éta* familière et que, sortant de son mutisme h
io6 Lu Conquête de l'Air,
il parlait et chantonnait en sa langue. Un rapide coup d'œil jeté sur le panier aux bouteilles lui fît comprendre que Pickerreek et Cardounet, pour combattre le froid de la nuit, et commencer Téducation de son serviteur, avaient dégusté deux fines fioles d'un excellent médoc.
Cédant aux exigences de ses deux camarades, Dernghuiz avait bu en faisant la grimace, mais enfin il avait bu, et le vin le rendait tout guilleret. Pickerreek, enchanté des bonnes dispositions de son élève^ poussa la condescendance jusqu'à lui offrir une chique monstrueuse, mais le Tatar la refusa poliment.
Les chronomètres marquaient sept heures du matin lorsque le Céleste^ abandonnant North- Ronaldshay^ s'éleva dans les airs. D'abord il rencontra des courants contraires, mais à une altitude de 1,500 mètres environ, il trouva une couche aérienne d'un calme presque complet et put avancer avec une vitesse de 100 kilomètres à l'heure. Cependant la température se refroidissait, et les voyageurs, éprouvés par ce brusque changement, se couvrirent de couvertures et de fourrures.
Ce fut avec un vif sentiment de plaisir que l'équipage, après une navigation assez pénible, distingua les Faeroé, reconnaissables aux monts Skalingefield (680 mètres) et Slattaretind (900 mètres), situés, le premier dans l'île Strœmoé, et le second dans l'île OEsteroé, les deux plus grandes du groupe. Le Ce/^^^e s'abattit dans l'île Strœmé, près