chapitre VI
de Thorshawn, capitale des Faeroé. Mais peut-on donner le nom de capitale à une bourgade composée d'une centaine de maisons en bois? Cependant, Thorshawn, la résidence des autorités civiles et militaires que le Danemark envoie pour gérer sa colonie, passe pour une grande cité si on la compare à Westmanshawn et Kongshawn qui revendiquent le titre de ville et qui ont bien une cinquantaine de maisons.
L'arrivée inattendue du Céleste produisit dans Thorshawn une véritable révolution. Le bailli, le sénéchal* endossèrent leurs habits de cérémonie, vinrent, suivis d'une partie de la population, audevant des voyageurs et leur souhaitèrent cordialement la bienvenue. Parmi ceux-ci,' personne ne comprenait le danois; heureusement, les fonctionnaires écorchaient l'anglais et l'on s'entretint en cette langue.
Lorsque les insulaires eurent complètement satisfait leur curiosité, la réception devint des plus courtoises et des plus amicales. Le bailli offrit galamment son bras à M"® Valdy, conduisit nos explorateurs aériens dans sa demeure et ordonna de dresser une table copieusement servie. Le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique déposés chez un membre de la noble corporation des épiciers (le seul, sans doute, de l'île) passèrent de son humble boutique abord de l'aéronef.
Pendant que Ton préparait le repas, les voya-
I. Le bailli danois commande la force armée; 1 teur de la police.
io8 La Conquête de l'Air,
geurs visitèrent Thorshawn et furent fort étonnés de rencontrer, dans ce misérable coin de terre, tout ce qui constitue les éléments d'une civilisation avancée : un temple, plusieurs écoles, un hôpital, une bibliothèque de plus de trois mille volumes , un comptoir commercial dépendant d'une compagnie subventionnée, etc.
f Vraiment, dit M"® Valdy en s'adressant au bailli, tout ce que vous nous montrez ici tient du merveilleux ! Moi qui, sous votre ciel gris, pensais ne trouver que la monotonie des contrées hyperboréennes, je suis remplie d'admiration !
— Madame, répondit le bailli, les Fseroé sont bien tristes pour ceux qui, comme vous, arrivent sans transition des pays du soleil, de votre France si belle et si radieuse, mais elles plaisent lorsqu'on les a visitées, elles plaisent quand on connaît le caractère loyal, serviable et honnête des gens qui les habitent.
— Le froid doit être terrible ici ?
— Non, madame, Thorshawn est presque exactement sous le 62^ parallèle; cependant, la température s'abaisse rarement au-dessous de 32 degrés Fahrenheit (o degré centigrade) et la neige ne couyre nos campagnes que pendant une quinzaine de jours.
— Sans doute, cela tient à quelque branche du Gulf'Stream qui contourne votre archipel, dit Will Tooke.
— Oui, répliqua le bailli, mais en revanche, si les grands froids nous sont épargnés, Thumidité