Chapitre X. x
tourna franchement au sud; il suivit les côtes escarpées de la mer d'Hudson, traversa une contrée sauvage et déserte, assez boisée cependant, mais couverte de marais tourbeux et de fondrières mouvantes ; il passa au-dessus de quelques lacs et d'un grand nombre de torrents, de rivières qui déversaient en mugissant leurs eaux dans la mer et que l'hiver allait bientôt condamner au silence ; il arriva enfin à l'embouchure du Missinippi et s'abattit à cinq cents mètres environ du fort Churchill.
Pendant ce trajet, la nuit était survenue, et l'arrivée de Taéronef ne fut point remarquée. Nos voyageurs s'estimèrent heureux d'échapper à la curiosité que leur passage suscitait toujours.
f Nous n'avons point perdu notre temps, dit Valdy ; depuis notre départ d'Upernawick^ c^està-dire depuis trente-six heures , nous avons franchi plus de six cents lieues !
— Je veux bien que le diable m'emporte, a)oiafa Cardounet, s'il existe un clipper ou un steamer capable d'en faire autant. »
Les voyageurs, excessivement fatigués par la veillée de la nuit précédente, éprouvaient le besoin du repos. Ils prirent à la hâte le repas da soir et se préparèrent au sommeil. Pickerredt, aidé de Cardounet et de Dernghuiz disposa sur le pont du Céleste la voile donnée par le capitaine Knox, en forme de tente, l'assujettit solidement et s'écria :
j^ La Conquête de l'Air,
f Maintenant, nous avons on abri pour conjurer le froid. «
Du reste, en allant vers le midi, la ri^eur de la température s'affaiblissait et devenait fort supportable. Le thermomètre ne descendit qu'à plus 3 d^rès centigrades.
f Ma foi ! dit Iwan de Kisseloff en se roulant dans ses couvertures, je préfère coucher ici plutôt que d'accepter l'hospitalité qu'on nous aurait oâêrte au fort Churchill.
— Pourquoi cela? demanda Will Tooke.
— Parce que ceux qui habitent le fort Churchill sont des Anglais.
— Mais que vous ont fait les Anglais, dit M"' Valdy, pour que vous leur portiez une haine aussi vivace?
— Je vais vous le raconter : il y a quelques années, j'avais suivi à Constantinople le général Z... chargé par mon gouvernement d'une mission auprès du sultan. Un soir, je me trouvais dans un café du quartier de Péra et lisais les journaux européens. A côté de la table que j'occupais, des Anglais prenaient le thé et causaient de nos expéditions dans TAsie centrale. Malgré moi, je prêtai l'oreille à la conversation des insulaires britanniques, et jamais je n'entendis d'aussi grosses forfanteries que celles qu'un midshiptnan débita avec un aplomb imperturbable : c La Russie, disait-il, cette nation barbare, veut menacer les possessions anglaises de TAsie et nous effrayer, mais nous saurons mettre un terme à ses