VULNÉRABILITÉ DU DIRIGEABLE
En résumé, il n'existe aujourd'hui aucune sorte de pièces capables de tirer avec une efficacité certaine sur nos dirigeables, mais il est possible qu'il en naisse un jour ou Tautre-
Dès maintenant, un coup heureux peut abattre le précieux aéronat.
Si cela lui arrivait, il ne ferait que subir le sort auquel tout le monde est exposé à la guerre.
En tous cas, ce risque, très limité, comme nous venons de le voir, ne peut nullement être un argument capable de faire hésiter dans l'emploi si avantageux de ces nouveaux engins. La perte de l'un d'eux ne serait pas en soi un événement très grave, car un de ces instruments ne risquera jamais que trois ou quatre passagers et 3oo ooo fr. de matériel. Qu'est-ce en regard des incalculables services que le dirigeable est susceptible de rendre ? Qu'est-ce en regard des quelque quarante millions que coûte un cuirassé à la merci d'une torpille !
Cette vulnérabilité, au contraire, n'est qu'un argument de plus en faveur de son emploi sur un grand pied. Si, au lieu de dirigeables isolés, les armées étaient dotées, comme nous l'avons déjà proposé, de flottilles d'aéronats, au moins par groupes de deux, leurs services perdraient une partie du caractère un peu aléatoire qu'ils auraient aujourd'hui ; on pourrait réellement compter sur eux.
Pourquoi alors l'État n'est-il pas entré plus franchement dans la voie de la construction du dirigeable en en commandant cinq ou six au lieu d'un ? Sans être dans le secret des dieux, il est permis de supposer qu'on a jugé prudent d'attendre encore un peu, car nous sommes à un tournant de page: demain peut-être, comme nous l'avons fait prévoir, des progrès importants seront réalisés. On a peut-être voulu ne pas trop les devancer.
Il est permis néanmoins de supposer que nous garderonsl'avance que nous avons actuellement. C'est en France qu'est née Taérostation avec les Montgolfier; c'est en
France que s'est développé le dirigeable ; c'est en France qu'a été établie la première solution pratique. La France saura sur ce terrain rester à la tête des nations.
Cet élément de supériorité dans les mains du pays qui, malgré sa grandeur et sa force, est devenu un des plus pacifiques, sera donc pour lui une puissante garantie d'indépendance et de paix.
Fig. i36. — L'escadre des dirigeables Lebaudy et Patrie.